QUILLENT Marcel

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Marcel QUILLENT

La recrue de la Résistance qui a fait couler le plus d’encre est membre d’un autre réseau que Béarn : l’inspecteur Marcel Georges Quillent, né le 13 mai 1908 à Paris, est gardien de la paix en avril 1931 et inspecteur spécial depuis octobre 1942 ; il est alors père de trois enfants. Il a d’abord traqué les porteurs de croix de Lorraine et les communistes, puis il a adhéré à Patriam Recuperare en octobre 1942, recruté par Robert Masspacher, une relation d’avant-guerre. Parmi les coups portés par Quillent à sa propre « maison » figure la transmission à la Résistance de la liste des inspecteurs des BS, qui est lue à la radio de Londres en 1942. Il fournit aussi les résultats des interrogatoires, ce qui permet par exemple d’épargner une partie du groupe Valmy de l’Armée Volontaire, dont il sauve aussi la documentation.

Quillent livre à Patriam un réseau d’espionnage allemand composé d’agents de l’école de TSF envoyés ensuite en Afrique du Nord. Certaines de ses informations transitent par mademoiselle Imbert, qui travaille sur le Marché aux Fleurs ; toutes remontent au commissaire de police Gaston Pateaude la Police Nationale qui fait le tri et agrège d’autres éléments avant de transmettre les documents au Docteur René Quenouille, chargé par Jean Moulin des relations avec le FN et avec le PC. Pateau est d’ailleurs une plaque tournante du réseau : il reçoit nombre de résistants dans son bureau de la gare de Lyon. Grâce à Maurice Emile Nebred, commis au cabinet du préfet de police, Quillent a accès à des informations privilégiées et à des cachets qui proviennent de la Direction de la circulation et des transports. Il fournit également des fausses cartes d’identité pour les Juifs.

Le 27 février 1942, Lucie Gratadoux220, une militante communiste proche de Brossard, le responsable des cadres du parti, et agent de liaison du réseau Frédéric est arrêtée, porteuse de rapports dont il est vite établi qu’ils proviennent de la BS2. Les inspecteurs des BS identifient trois de leurs collègues comme suspects de la fuite, dont Quillent. Celui-ci est alors arrêté. Interrogé, il se dit à la fois

« anti-allemand » et « anti-communiste », puis parle parce que découvrant qu’il a travaillé en fait pour les communistes : le doute l’assaille. En outre, le voici face à la certitude que les enquêteurs trouveront chez lui, en évidence dans son entrée, les documents compromettants qu’il a tapés à son domicile sur sa machine personnelle. Il livre alors quelques noms de résistants, veillant à ne donner, à une exception près, que des gens qu’il savait à l’abri de l’arrestation si toutefois ils respectaient les règles de sécurité. Ces personnes échappent d’ailleurs aux investigations à la notable exception de son chef direct, Robert Masspacher, dont Quillent a hébergé le frère André durant plusieurs mois lors des rafes de juifs de 1942. Masspacher se trouve au confluent des réseaux Patriam et Frédéric. Il ne respecte pas pour autant les consignes de sécurité : il est arrêté par les BS à la brasserie Dreher, place du Châtelet., où il avait rendez-vous avec Quillent.

Celui-ci est condamné à la prison à perpétuité par le Tribunal d’Etat allemand de l’avenue Foch. Détenu un mois au Cherche-Midi, puis cinq mois à Fresnes, il part alors pour l’Allemagne, et emprisonné un mois à Sarrebrück. A la fin il sera déporté à Mauthausen pour ne rentrer en France que le 27 juin 1945. A son retour de déportation, Quillent est mis en accusation, arrêté et suspendu à nouveau, par la commission d’épuration pour avoir livré un large pan du réseau. De plus Robert Masspacher l’accusait de n’avoir servi la Résistance que pour de l’argent. Il fallut à Quillent un long combat judiciaire, les appréciations élogieuses du chef de Patriam, Albert Kirchmeyer et une enquête rigoureuse, pour être largement innocenté. Il est en effet et établi que c’est Masspacher lui-même qui avait abondamment parlé, livrant les membres du réseau, et détourné des fonds (20 000 francs) de son réseau, ne donnant à Quillent qu’un dédommagement de 3000 à 5000 francs pour les frais qu’il engageait aux fins de fourniture de faux-papiers. La solution de l’affaire mène Robert Masspacher au suicide en juin 1947. On sait aujourd’hui que c’est bien ce dernier qui a livré entre autres trois correspondants de Quillent : les commissaires Pateau, Aldou et Albouy , ainsi que ses propres chefs de réseaux, le colonel Henri Manhès et Kirchmeyer.

Un autre résistant de la Police Nationale, le commissaire Roger Revoil, échappe de peu à l’arrestation. Mais c’est Quillent qui dut se battre vingt ans en Justice pour se voir reconnaître la qualité de déporté-résistant ! Il est vrai que son collègue Dumaine fut la victime directe de sa déposition, mais Quillent pouvait-il l’éviter ? En dernier ressort, la commission compétente a jugé que non. Il prendra sa retraite en juin 1953.