HONIGSBERG Josette

Auteur de la fiche : Source : La Voix de la Résistance n° 276

Josette HONIGSBERG

Josette  nous a quittés à l’issue d’une longue maladie. Elle était depuis longtemps porte-drapeau du CAR. Je tiens, au nom de nous tous, à lui rendre un hommage particulièrement ému et dire combien sa disparition nous touche profondément. Ancienne résistante, Josette accordait une place prépondérante aux actions en faveur de la mémoire. Elle était toujours là à l’Arc de Triomphe et aux cérémonies diverses de commémoration des actions de la Résistance. Elle y apportait sa présence. Nous appréciions son franc-parler, ses jugements souvent un peu abrupts, sa fidélité au souvenir. Les inoubliables chapeaux qu’elle portait en la circonstance étaient pour nous un appel constant au souvenir.

Son ardeur la portait vers des domaines privilégiés ; l’un des principaux étant l’Indochine, le sacrifice trop souvent oublié de nombreux résistants français à la domination japonaise dans les années 1940-1945. Née au Maroc en 1927, puis ayant suivi son père industriel au Tonkin, où il dirigeait à Haïphong une fabrique de tapis, elle avait été très marquée par son séjour là-bas. Son père sera massacré par les japonais en novembre 1945 après la reddition du Japon. Elle ne pouvait l’oublier. Cet amour pour le Tonkin la conduisait à intervenir au cours des réunions du CAR ou ailleurs,  dès que l’on parlait mémoire. Elle tenait à s’assurer que les résistants d’Indochine ne seraient pas oubliés, rappelant que la guerre y avait duré jusqu’en 1945. Elle luttait contre un oubli très fréquent.

Revenue en France en 1936, mariée à un résistant qui fut lui-même l’un des premiers porte-drapeaux du CAR, résistante elle-même, elle avait fait partie du groupe Estienne d’Orves du mouvement Résistance et avait reçu à ce titre la Croix du Combattant Volontaire de la résistance. Elle avait continué après la mort de son mari à porter toute son attention au devoir de mémoire par fidélité à son époux, aux idéaux de la Résistance, au devoir de mémoire. Elle nous frappait par la force de ses convictions, par son ardeur à poursuivre le combat.

Ce tableau ne saurait faire oublier l’importance de son parcours professionnel. Josette était une femme cultivée, pupille de la nation, douée pour les études. Elle avait été reçue très jeune à l’agrégation de grammaire. Jeune professeur, elle s’était spécialisée dans l’étude du grec ancien. Professeur de khâgne au lycée Victor Duruy puis au lycée Fénelon de Paris, elle s’était faite l’avocate auprès de ses élèves du maintien du latin et du grec ancien dans le programme des lycées et bien sûr de la défense de la langue française. Très puriste, elle nous amusait par son intransigeance dans la rédaction de textes ou de recommandations  administratives. Elle combattait avec vigueur toute expression contestable comme s’il s’agissait de textes littéraires. Ses mérites avaient été reconnus par l’Etat. Elle avait été nommée Chevalier de la Légion d’Honneur au titre du ministère de l’Education Nationale et Officier de l’Ordre du Mérite national au titre du Ministère des Anciens Combattants.