Amaudruz Françoise

Auteur de la fiche : Les Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation

Françoise Amaudruz

Né à Albertville le 7 septembre 1926 dans une famille aisée (son père est haut fonctionnaire), François Amoudruz est âgé de 13 ans à la déclaration de guerre.

Après la défaite, il poursuit ses études au lycée à Clermont-Ferrand et adhère aux Eclaireurs de France.

En octobre 1943, son responsable de groupe est arrêté lors d’une tentative d’attentat contre le responsable de la Milice locale. Il parvient à s’évader.
L’université de Strasbourg réfugiée à Clermont-Ferrand est particulièrement surveillée par les Allemands depuis l’invasion de la zone sud en novembre 1942. Elle est considérée comme un foyer de résistance.

Le 4 novembre, Serge Fisher, le beau-frère de François Amoudruz, bibliothécaire de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg, est arrêté par les Allemands. Madeleine, sa sœur ainée, épouse de Serge, également résistante, doit se cacher dans la région d’Issoire.

Le 25 novembre 1943, François Amoudruz est arrêté à son lors d’une énorme rafle organisée contre l’Université de Strasbourg. Etudiant depuis quelques semaines seulement, il fait partie des 1200 personnes interpellées. 800 sont relâchées après contrôle de leur identité, mais 130, dont François Amoudruz, sont placés en détention. Interrogé par la Gestapo à Clermont-Ferrand, il est finalement transféré au camp de Compiègne. Le 17 janvier 1944, il est intégré à un énorme convoi de 1943 personnes à destination du camp de Buchenwald.

A peine âgé de 17 ans, François Amoudruz découvre l’univers concentrationnaire et se voit attribuer le matricule 40989. Il est placé en quarantaine dans le Block 52. Le 25 février, il est transféré par train jusqu’au camp de Flossenbürg et devient le matricule 43425. Il est affecté au Kommando de Johanngeorgenstadt, ouvert en décembre 1943. Le Kommando travaille à la fabrication d’éléments pour l’avion de chasse Messerschmitt 109.

François Amoudruz met à profit l’expérience acquise au sein des Eclaireurs de France. Il essaie de faire vivre l’esprit de solidarité et d’entraide au sein de la petite équipe de déportés qui s’est organisée au sein du Kommando. Les détenus partagent les quelques nouvelles qu’ils peuvent obtenir comme les rares colis, éventrés, qui leur parviennent. François Amoudruz met au service de ses camarades ses connaissances en allemand quand ils sont autorisés à écrire à leur famille ou pour comprendre les ordres donnés.

Au début du printemps 1945, les détenus du Kommando savent que les Alliés sont entrés en Allemagne et progressent rapidement. L’annonce de l’évacuation du Kommando est un choc. Le 16 avril, tous les détenus, malades compris, quittent le camp. François Amoudruz essaie de soutenir les camarades plus affaiblis que lui, mais il s’épuise lui aussi. Le 28 avril, la colonne des détenus fait halte dans le village de Lubenz (Lebenece, actuelle Tchéquie). Les déportés sont enfermés dans une grande. Dans la nuit, avec Achille Dupont, un camarade originaire de Saint-Nectaire, il parvient à s’évader et à se réfugier dans une ferme. Les autres détenus continuent leur route jusqu’au camp de Terezin où la plupart mourront du typhus.

François Amoudruz et son camarade ne profitent pas de leur liberté longtemps. Apeurée par leur apparence repoussante, une fermière les dénonce. Les deux hommes sont repris et enfermés dans une cellule de la police criminelle de Karlsbad (Karlovy Vary, actuelle Tchéquie). François Amoudruz est dans un état d’épuisement absolu.

Il est finalement libéré le 8 mai 1945 par les Soviétiques qui ont atteint Karlsbad. Libéré, il erre dans la ville et survit grâce à l’aide des troupes de choc soviétiques.
Il peut rentrer en France le 24 mai, en wagon à bestiaux. A Metz, il retrouve ses parents qui sont venus le chercher. Il ne pèse plus que 31 kg. Il retrouve sa sœur Madeleine et son beau-frère, lui aussi rentré vivant de déportation.

Après avoir repris ses études, il entame une carrière dans la banque. Il termine son activité professionnelle au Crédit Industriel d’Alsace et Lorraine.
A sa retraite, il s’investit dans le travail de mémoire au sein de la FNDIRP, dont il deviendra président d’honneur. Il intervient en particulier en Alsace mais parcourt la France pour apporter le témoignage de son expérience concentrationnaire, notamment aux plus jeunes.
Vice-président de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation et des Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, il était également vice-président de la délégation territoriale du Bas-Rhin.

Le 30 novembre 2013, à l’occasion de la journée de la mémoire du scoutisme laïque, François Amoudruz déclarait :
« Je m’adresse plus particulièrement à ceux qui ont l’âge que j’avais au moment de mon arrestation, 17 ans. La seule leçon à tirer de pareille épreuve est que, face à une résurgence de théories qui à nouveau répartiraient les êtres humains en catégories inférieures ou supérieures les unes aux autres, il faut refuser. Il faut résister physiquement et moralement à ceux qui, pour se sentir supérieurs, ont besoin de vous traiter en sous-hommes.
« En ce qui me concerne, j’affirme que le temps que j’ai consacré au scoutisme laïque m’a aidé grandement à rester un homme et à me comporter comme tel vis-à-vis de mes semblables.
« J’affirme aussi que ce que je dis ne prendra tout son sens que s’il attire l’attention sur le danger de toute résurgence et toute forme que pourrait prendre de nos jours une idéologie totalitaire, quel que soit l’aspect sous lequel elle pourrait se présenter. Une fois au pouvoir, elle tendra toujours vers l’humiliation de ses adversaires, et vers la destruction de ce qu’elle considèrera comme ce qu’ils ont de plus dangereux : leur dignité.
« Ce que nous avons vécu, mes camarades et moi, au cours de ce qui aurait dû être les plus belles années de notre vie, doit donc s’analyser comme une mise en garde, un appel à la vigilance contre l’inquiétante montée actuelle du populisme, attisé en France et en Europe par les milieux extrémistes.

 »
François Amoudruz était officier de la Légion d’honneur et médaillé de la Résistance