COUTENCEAU Robert André

Auteur de la fiche : Renée Wathier

COUTENCEAU Robert André

(Biographie établie à partir des dossiers conservés au Centre National des Archives Contemporaines (C.N.A.C) de FONTAINEBLEAU :

– carrière : numéro d’article 19790846/100

– commission d’épuration 1985371/28 et des renseignements fournis par YAD VASHEM département des JUSTES de JÉRUSALEM)

 

Né le 24 septembre 1895 à ORLEANS (Loiret) ; fils d’un agent de police, il entre lui-même  dans la police comme secrétaire puis est admis, après sa réussite à l’examen professionnel réservé aux candidats militaires, comme COMMISSAIRE  (aucune précision sur sa date d’incorporation dans l’armée ; son dossier de policier fait apparaître seulement qu’il a « 1 an 3 mois 85 jours… temps de guerre, 3 ans … temps de paix » qu’il est titulaire de la Médaille Militaire et de la Croix de guerre et qu’il a une pension d’invalidité de 10% pour blessure de guerre). Il est catholique.

Nommé à LAIGLE (Orne) le 15 octobre 1925 dans la police municipale, il reste dans cette résidence, où il donne satisfaction(1), jusqu’au 15 août 1934 date à laquelle il est affecté a VIENNE (Isère). Il y séjourne jusqu’au 11 mars 1938 ; où il est nommé à LYON.

Le 1er septembre 1943, il est affecté à ANNECY et y reste jusqu’au 22 novembre de la même année, date de son arrestation par la police allemande en même temps que le Préfet de la Haute-Savoie ; interné  au camp de COMPIEGNE – ROYALLIEU, et déporté à celui de BUCHENWALD le 29 janvier 1944. Décède le 18 mars 1944…(2). Il laisse deux enfants orphelins(3).

Reclassé à titre posthume comme commissaire divisionnaire par ordonnance du 15 juin 1946.  Titulaire de la Médaille d’Honneur de la Police.

Déclaré « Juste parmi les Nations’ », ainsi que sa belle-sœur (sœur de son épouse) par l’Institut YAD-VASHEM-Département des Justes-de JERUSALEM.


Notes :

(1) Les notations dans ce poste et celles qui suivent dans ses autres affectations font l’objet d’une annexe en deux parties (1/1923-1939 et 2/1940-1943).

(2) Fiche individuelle incluse dans bulletin de notes 1943 du 19 janvier 1946.

(3) L’épouse du commissaire, phtisique, est morte le 12 mars 1942.


Note de l’auteure :

L’étude de ce dossier a été commencée en décembre 2002. Sa consultation étant soumise à l’obtention d’une dérogation, il était interdit de photocopier les documents contenus dans le dossier. Cependant, je tenais à ce que les enfants du commissaire COUTENCEAU, et surtout ses petits-enfants qui ne le connaitraient jamais, puissent avoir une image de lui. J’ai donc recopié intégralement les fiches de notations dans lesquelles apparaît avec une grande précision la physionomie d’un fonctionnaire de police. Cet  exercice oblige à une attention bien plus grande que la simple lecture. On y découvre alors une différence évidente entre deux périodes : avant 1940 puis après cette date.

1) 1926-1940 : Il est apprécié très vite malgré sa jeunesse pour ses qualités de rédaction et le sérieux de ses informations, aussi bien par ses chefs directs que par les Procureurs de la République. Très vite, on le considère comme capable de diriger un service plus important.  Il est décrit : « Bien sous tous rapports… »

2) 1940-1943. L’engagement dans la Résistance de Robert Coutenceau  est un fait avéré, même si en dehors de son arrestation et de son décès en camp de concentration aucune mention n’est faite dans son dossier de carrière. En revanche, dans celui-ci et pour cette période, il est décrit comme « … fonctionnaire d’aspect extérieur MODESTE…(1941) » ; en 1942 « … fonctionnaire d’extérieur MODESTE… » ; en 1943, même jugement quoi qu’on le reconnaisse ‘’de grand mérite’’ ; mais le Préfet régional de LYON le considère comme « … un peu effacé… » .

Il semble donc bien que le commissaire de police Coutenceau ait adopté ce qu’on appelle aujourd’hui un ‘’profil bas’’. Malgré cela, ce ‘’père tranquille’’(1) ne put échapper au destin tragique des Français et Françaises qui ne courbèrent pas la tête ni les genoux devant l’ennemi, à ce moment-là. L’appartenance de Robert Coutenceau à un réseau de résistance important, le N.A.P(2) est attesté par des documents produits pour constituer un dossier en vue de l’attribution du titre de ‘’JUSTE parmi les NATIONS’’(3) par l’Etat d’ISRAËL ( Institut YAD VASHEM). Il y était agent P1(temps partiel) puis P2(temps complet).

Ce réseau de renseignements ne comportait pas dans ses attributions et ses buts la sauvegarde des Juifs pourchassés, celle-ci relevant de réseaux spécifiques tels que l’O.S.E. (4). Néanmoins, beaucoup de résistants – et en particulier parmi les « forces de l’ordre » (policiers et gendarmes) et les ordres religieux, (catholiques, protestants, orthodoxes et musulmans)(5) – apportèrent  leur soutien à ces réseaux particuliers. Ce fut le cas du commissaire Coutenceau. On ne peut qu’émettre des hypothèses en la matière.

Néanmoins, après avoir voulu rester à Lyon, proche de la région où son épouse résidait atteinte d’une affection pulmonaire, le commissaire Coutenceau rejoint très vite un nouveau poste à ANNECY, ville proche de la frontière suisse. Dans son dossier, un nom apparaît à plusieurs reprises : celui du docteur TROCME, pneumologue réputé soignant Mme Coutenceau et membre de la famille du pasteur du  même nom qui, avec sa femme Magda et son neveu Daniel (mort en déportation), organisèrent au CHAMBON-sur-LIGNON, un ‘’bastion’’ de la résistance, dédié à la sauvegarde des Juifs. L’Institut Yad Vashem  ne décerne pas son diplôme à la légère ; la désignation comme ‘’Juste’’ du commissaire Coutenceau, à titre posthume est sans équivoque. ‘’ Mort pour la France’’ certes, mais aussi pour son Honneur et sa fidélité aux termes de sa devise ‘’ EGALITE’’ et ‘’FRATERNITE’’.

Notes :

(1) Titre du film de « NOËL-NOËL et Jean-Paul LE CHANOIS, dans les années 1945 décrivant un chef de réseau de résistance dissimulé sous l’apparence d’un petit bourgeois, père de famille et apparemment pétainiste ».

(2) Noyautage des Administrations Publiques

(3) Signification exacte ‘’ Demeure et Nom’’. Fondation de l’Etat d’Israël dans les années 1950, institut de recherches destiné à perpétuer le souvenir de la SHOAH et de ceux et celles qui s’y opposèrent.

(4) Organisation de Secours aux Enfants composée de résistant(e)s JUIFS dans leur grande majorité.

(5) Le Livre des JUSTES (Lucien LAZARE)


Image : Plaque située à l’entrée du commissariat du 8e arrondissement de Lyon