Nous avons lu pour vous   |   Bulletins   |   Manifestations   |   DVD

Nos manifestations

Programme des cérémonies, conférences et expositions.

> Prochaines manifestations
> Archives des manifestations

Les midis de l’histoire

Ils sont organisées en coopération entre le Mémorial Leclerc - Musée Jean Moulin et l’Association Mémoire et Espoirs de la Résistance, un jeudi par mois à 12h30. " midis " au cours de laquelle un auteur présente et dédicace l’un de ses ouvrages récents.

Le " midi de l’histoire " débute à 12h30 heures, dure 1 heure 30, avec un échange avec l’auteur.

- Parallèlement à ces soirées un samedi par mois en matinée, Christine Levisse-Touzé, directrice du Mémorial Musée organise une conférence " Point de vue du Conservateur " qui commence à 10 heures et qui dure 2 heures.

Mémorial du Maréchal Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris / Musée Jean Moulin
23 allée de la 2e DB
Jardin Atlantique
75015 Paris
Tel : 01.40.64.39.44
fax : 01.43.21.28.30

Manifestations

Allocution de Raymond Aubrac aux Jardins du Luxembourg

DISCOURS DE Raymond AUBRAC aux Jardins du Luxembourg, 3 mai 2007

Raymond Aubrac prononçant son discours.

La campagne électorale à laquelle nous assistons et parfois participons est ce genre d’évènements qui peuplaient, pendant l’occupation, nos rêves individuels et collectifs, quand nous n’étions plus citoyens mais sujets. Lucie Aubrac et, comme elle, les anciens résistants, en face des jeunes, nf manquent pas de leur dire : "le vrai héritage de la Résistance, c’est ce petit carton que vous recevez quand vous atteignez l’âge de 18 ans, votre carte d’électeur, symbole de la Liberté et de la Démocratie pour lesquelles nous avons combattu". C’est ce discours qu’il faut tenir aux lycéens et aux étudiants.

Nous sommes ici pour commémorer le souvenir des étudiants dans la Résistance. Qu’ont-ils fait ?

Certaines organisations ont été crées par des étudiants, et ont poursuivi leur développement dans leur propre milieu. Le cas le plus illustre est celui de Défense de la France, créé dès la rentrée de 1940 par deux étudiants en philosophie, Philippe Viannay et Robert Salmon. Ils ont produit et distribué un journal dont le tirage atteignit 450.000 exemplaires. Leur Mouvement finit par adhérer en 1943 au Mouvement de Libération Nationale, avec d’autres organisations des z8nes nord et sud. Le groupe des Volontaires de la Liberté fuir créé en mars 1941 par des étudiants-de khâgne des lycées Henri IV et Louis le Grand. Il était dirigé par Jacques Lusseyran et fusionna, début 1943, avec Défense de la France.

Mais il faut se souvenir qu’à l’époque dont nous parlons les lycées et les universités, et les grandes écoles recevaient des jeunes, en général issus d’un milieu social beaucoup plus étroit que de nos jours. Même si la jeunesse a toujours moins bien supporté l’oppression que d’autres couches de la société, même si la contestation est une vieille tradition de l’Université, ces jeunes filles et ces jeunes gens, lorsqu’ils choisissaient la transgression et la résistance, se trouvaient parfois en contradiction avec leur milieu social et avec leur famille. Ils ont pu souvent l’influencer, car ils n’étaient jamais seuls. Ils se groupaient avec des camarades, souvent sous l’influence de leurs professeurs. Ils entraient dans des organisations, dans des Mouvements, participaient au recrutement, à l’élargissement, à cette marche vers l’unité de la Résistance qui fut une des caractéristiques essentielles de la Résistance française et qui fut sa force. Pour les jeunes, à cette époque, la Résistance intérieure comme les Forces Françaises Libres du Général de Gaulle a été une merveilleuse école de connaissance de l’autre, de respect et de solidarité : jeunes des villes et des campagnes, jeunes intellectuels et jeunes ouvriers, jeunes français et jeunes étrangers, jeunes d’ici et jeunes d’ailleurs, tous unis contre un même adversaire. Même si les règles de la sécurité limitaient les contacts, ils savaient qui étaient leurs amis.

Dans ce grand rassemblement du patriotisme et du courage, les étudiants apportaient leur dynamisme, leur sensibilité, leur ouverture d’esprit et leurs connaissances : pensons aux étudiants en médecine, ou aux élèves officiers dans les maquis. Nous savons qu’ils ne revendiquaient aucune responsabilité particulière, et acceptaient les missions les plus humbles, souvent les plus dangereuses.

Dans la Résistance, les étudiants ont apporté toutes leurs qualités, et ils ont partagé la fraternité et la solidarité. Ils ont hélas parfois terminé ce chapitre de leur vie par la rencontre avec la répression. Les auteurs de cette répression, surtout dans les camps, leur ont donné la rude confirmation de ce qu’ils avaient déjà appris dans les organisations de la Résistance : aucun de nous ne peut vivre sans les autres. Je n’ai pas été déporté, mais j’ai fait la même expérience dans ma cellule de la prison de Montluc.

Patriotisme, respect de l’autre, fraternité, ce sont des mots-clef de cette époque et de ces jeunes. Même si la Résistance n’a réellement rassemblé qu’une minorité dans notre pays, au lendemain de la guerre ses valeurs ont été largement acceptées et adoptées en France. Elles ont sans doute influencé l’opinion publique. Il est donc légitime et sans doute utile que les vieux résistants les rappellent et souhaitent qu’elles perdurent.

Beaucoup de ces étudiants furent tués ou blessés en France ou ailleurs, en civil ou en uniforme. Nous leur devons plus que le souvenir, nous leur devons la mémoire et notre reconnaissance. Lucie aimait à citer les derniers mots d’un camarade de Résistance, le professeur Jacques Decour, fusillé par les nazis :

"Je me considère un peu comme la feuille qui tombe de l’arbre pour faire du terreau. La qualité du terreau dépendra de celle des feuilles. Je veux parler de la jeunesse en qui je mets tout mon espoir."

Raymond AUBRAC mai 2007