Simone et Claude Ducreux

Simone et Claude Ducreux

Simone était agent de liaison dans le  mouvement « Libération-Nord ». Son époux Claude agent de liaison dans plusieurs mouvements de Résistance, arrêté, emprisonné, il s’évadé  et participe à la libération d’Orléans et à l’Ecole Militaire à Paris.

Vidéo

Durée : 55:21

Simone et Claude DUCREUX

Simone

« A époque, il n’était pas question de s’engager. Quand j’ai commencé, j’avais 17 ans et j’étais simplement… écœurée, ulcérée, de la façon dont les Allemands se comportaient chez nous, ça a été une première de mes motivations d’engagement. Je trouvais insupportable d’être occupés par de gens qui…qui nous bousillaient toute notre vie. Et je me suis engagée tout à fait incidemment grâce, par une amie de lycée qui un jour m’a dit « j’ai besoin d’une carte d’identité, mais je ne sais pas à qui m’adresser ».

Pourquoi s’est-elle adressée à moi, je…. Je ne l’ai pas su mais je lui ai demandé pourquoi, elle me dit « parce que je suis Juive ».

 Et je n’ai … je n’avais pas encore conscience à cette époque de l’étendue du problème. Donc j’en ai parlé à mon père qui m’a dit, « c’est tout à fait facile de lui procurer une carte ». Et à partir du moment où j’ai réussi, …. je vais pas rentrer dans tous les détails mais à partir du moment où j’ai réussi à lui procurer une carte, d’autres amis me l’ont demandé. Et c’est comme ça que, inconsciemment au départ et après volontairement, je me suis trouvée engagée dans un mouvement de Résistance. »

Claude

« Moi j’avais un sentiment de révolte d’autant plus grand que j’avais confiance dans le pays où j’étais. Je croyais que nous étions dans un grand pays qui avait eu la victoire en 1918, que je connaissais par mon père, et qu’on avait une grande confiance dans l’armée française.

Alors la débâcle du 10 juin 40 a été … une énorme déception, comprenant pas que les gens comme ceux qu’on citait à la tête de l’armée et Gamelin et autres n’avaient pas pu faire face à cette situation catastrophique. Et j’ai été en état de rébellion tout de suite et en 1940, je me suis fait embarquer par mes camarades à la manifestation du 11 novembre 40, où nous étions d’ailleurs très nombreux… moi j’ai fini par prendre un coup et pour ne pas à la fois avoir les reproches de ma mère parce que j’avais l’arcade sourcilière ouverte et ne pas l’affoler non plus, je suis allé me faire soigner à, ce qui est resté dans les annales, à l’infirmerie du lycée Henri-IV

Je n’ai repris des voies dans la Résistance qu’en 19

42, par un de mes camarades qui lui était victime du STO, il était plus vieux que moi, il était donc des années où on envoyait en Allemagne les étudiants de la classe 22, Pierre Hébert qu’avait passé sa philo en même temps que moi et alors que moi j’étais en classe préparatoire, lui il était à la fac de droit.

Il a donc pu voler les listes de STO à la fac de droit que beaucoup plus tard, donc il était dans les gens coincés et il s’est engagé dans un mouvement qui était celui de Médéric, Ceux de la Libération-Vengeance, Ceux de la Libération étant le titre qu’on a donné au mouvement et Vengeanceétant un groupe d’action

Quand moi j’y suis arrivé sur les incitations de Pierre Hébert que j’allais voir, il était caché à Vincennes, dans une cave double… deuxième sous-sol. Il était bien caché là, pour aller le voir, il fallait bien évidemment déjà faire de la clandestinité et c’est quand j’ai été le voir qu’il m’a convaincu qu’il fallait faire quelque chose. J’avais mis en avant qu’il y avait des études en classe prépa, et que bon ce n’était quand même pas bon, … et il m’a fait rejaillir en moi ce que j’avais éprouvé l’année, les deux années d’avant. Et j’ai été pris en charge par…Mutter, André Mutter qui devait devenir, par la suite un membre important du CNR »

Simone

« Donc ayant pris contact avec mon père et sachant que lui était dans un mouvement de résistance, à ce moment-là, ça ne s’appelait pas encore mais c’est devenu Libération Nord… je l’ai suivi

Et alors j’avais entre autres activités, j’étais considérée comme agent de liaison, c’est-à-dire que je transmettais les journaux qui étaient imprimés, les petits journaux, les petits formats. Comme petit à petit, je suis allée à la fac de droit, je transportais ces journaux dans ma serviette, je les déposais… dans une boutique qui n’existe plus, qui s’appelait « Lucien Dalsace » qui était une boutique de parfumerie, j’arrivais, jeune, en disant « je veux des crèmes », on me disait… « mademoiselle venez derrière, on va vous montrer ça », et là je déposais tout mon courrier et je reprenais les messages que je devais emmener ailleurs.

Je ne savais jamais avant où j’allais ou ce que je devais faire. Mon point c’était la parfumerie « Lucien Dalsace ». Et puis par la suite, je suis entrée, j’habitais l’Haÿ-les- Roses et dans la roseraie de l’Haÿ-les-Roses, il y avait dans la cabane du jardinier toute une réserve de petites armes qu’on avait, surtout des briques de plastic. Les filles avaient des charges tout à fait précises, nous devions manipuler et former ces blocs de plastic pour leur donner la forme nécessaire pour que les garçons les transmettent à ceux qui devaient les mettre sur les rails pour faire sauter les trains.

Et puis j’ai également fait par… toujours quand on est jeune et un petit peu jolie, on obtient beaucoup plus de choses que d’autres., et je… en particulier, je faisais, je procurai des cartes d’identité, d’alimentation et toutes les cartes nécessaires à des Anglais ou des Américains ou des Canadiens dont les avions avaient été abattus et que nous gardions dans la cave de notre maison.

Et en général, ils étaient grands et forts, mon père étant grand et fort, c’était facile de leur trouver des vêtements puis je devais les emmener depuis l’Haÿ-les-Roses jusqu’à la Préfecture de Police, dans… dans le métro, et en leur disant surtout, vous ne dites rien. En général, ils étaient grands, blonds, ils pouvaient passer facilement pour des Allemands, il n’y avait pas de problème.

Donc j’avais l’air de tout à fait collaborer, ce qui ne me gênait absolument pas et je les emmenais à la Préfecture où là il y avait un homme que j’ai malheureusement jamais retrouvé, qui était absolument merveilleux, qui nous préparait les cartes mais de vraies fausses cartes et, parce qu’il fallait les photographier aussi, donc il avait organisé un petit système dans un coin où on pouvait photographier ces gars.

Puis je repartais après, depuis la Préfecture de Police jusque chez moi, à l’Haÿ-les-Roses, par le métro, et ils étaient très curieux parce qu’ils voulaient toujours visiter Paris. Je leur disais « ce n’est peut-être pas tellement le moment, il vaut mieux être prudent ». Je pense qu’ils n’avaient pas tout à fait conscience des difficultés que nous avions.

Et puis j’ai fait encore mon Dieu, beaucoup d’autres choses. On remettait les Alliés et ces malheureux qui savaient pas où aller au boulanger qui se trouvait à Bourg-la-Reine… On suivait le boulanger, dès que le boulanger avait une possibilité, alors on les accompagnait mais pas, jusqu’à la… à ce moment-là il y avait encore et après il n’y a plus eu du tout, la zone nono,  qu’on appelait la zone nono, la zone non occupée, bon alors là, on les accompagnait jusqu’à là et après on s’arrêtait, parce que la filière de mon père et la mienne avait beaucoup d’importance parce que c’était à peu près la seule qu’il y avait dans le coin et elle n’était absolument soupçonnée par personne.

Personne ne pouvait soupçonner qu’une petit peu gamine, un petit peu légère que je pouvais paraître, je pouvais faire quelque chose comme ça. Donc j’avais toute liberté et j’en profitais et cette filière était très, très importante pour tous ces naufragés, si je puis dire ».

Claude

« Alors moi j’ai commencé à Ceux de la Libération-Vengeance par la presse clandestine, alors il y avait une presse clandestine qui était imprimée soit dans les sous-sols de certaines facultés, faculté de droit et faculté des sciences et également et à un moment donné au lycée Henri-IV.

Alors il fallait, distribuer cette presse clandestine au point d’échange où il y avait un dépôt et puis quelqu’un qui venait chercher ensuite ce qui avait été déposé qui se situait dans une des chapelles de l’église Saint-Etienne-du-Mont. Ca a duré, ça a duré un certain temps pour la distribution de presse clandestine, puis après ça, s’est étendu et il a fallu en distribuer par d’autres moyens, notamment par une filière de l’École Polytechnique qui avait l’avantage de ne pas se trouver très loin, ni d’Henri-IV, ni de Louis Legrand, où il y avait des départs de presse clandestine destinée à une distribution ben agrandie.

Surtout avec le temps, il y a eu de plus en plus de presse clandestine et on était presque dépassé par les évènements. Et puis pendant cette période-là où Pierre Hébert était en formation militaire, alors lui, intensive, il était destiné à commander un maquis ou un groupe de maquis et on faisait participer les nouveaux arrivés également à une partie de formation militaire.

Si bien que moi j’ai reçu, toujours dans la fameuse cave, celle de Vincennes, une petite instruction sur le fusil P.M Sten, P.M Sten, la fameuse mitrailleuse, mitraillette plutôt, parce que c’était un truc très léger et nous n’avons pas pu aller alors que Pierre Hébert y est allé à des formations qui étaient le dimanche ou même d’autres jours dans la forêt de Fontainebleau, à des endroits très cachés.

Moi je n’ai pas pu à ce moment-là accéder à cette formation-là mais j’y ai accédé quand je me suis trouvé dans un autre réseau en 1943-44.

Et puis alors, j’ai eu l’hébergement comme Simone, mais pas, pas aller chercher des cartes, ni rien, ils avaient ça par une autre filière, mais les héberger. Alors j’avais, j’avais une location de deux pièces, de deux chambres différentes rue Laromiguière, juste une petite rue qui donne sur la place du Panthéon.

J’ai eu pendant longtemps des gens qui étaient hébergés là et à qui tous les deux jours je portais un ravitaillement que mon père la plupart du temps payait et m’aidait à soustraire à la vision de ma maman à qui on ne voulait pas trop dire que je prenais des risques.

Ça, y’en a d’ailleurs eu un pépin et ce pépin a fait partie d’une série d’arrestations qui ont été faites après la fin de l’année scolaire de juin 43, juin-juillet et il y a eu des ennuis qui font que j’ai été obligé de me cacher. Et comme j’étais protestant, j’ai été caché par la CIMADE, une organisation qui était née en 1938-39 par là pour certaines œuvres et la CIMADE. On avait persuadé ma mère qu’il fallait que j’aille en montagne parce que j’étais un montagnard, j’aimais la montagne, j’aimais le ski, j’aimais tout ça et on m’a envoyé à Argentière à côté de Chamonix, soi-disant au vert, au repos, on peut appeler ça comme on veut, et là j’ai eu une rencontre assez curieuse, c’est que les gens de la CIMADE m’ont dirigé vers une dame qui s’appelait madame Dessonaz, c’est un nom bien savoyard. En fait, j’ai su beaucoup plus tard qu’elle était une bonne Juive et qu’elle organisait pour l’O.S.E., l’organisation pour les enfants, qu’elle organisait les passages en Suisse. 

Alors la plupart des passages se faisait à Saint-Laurent-en-Genevois. Les gosses n’avaient qu’à traverser la rue, mais c’était très surveillé par les Allemands et les Italiens et les grands, on n’arrivait plus à les faire passer. Alors y’a eu l’idée de les faire passer par la montagne. Et comme moi j’avais fait deux / trois fois le Mont-Blanc

 je sais plus, avec un guide qui s’appelait Maffioli, qu’était un homme que j’avais beaucoup apprécié dans les courses en montagne que j’avais pu faire… à 16 ou 17 ans. On m’a adjoint à ce guide et puis à un autre dont le nom m’échappe, pour faire passer des enfants qui avaient 8-10 ans, c’est-à-dire les plus grands, par rapport aux plus petits et il fallait les faire partir à 4 heures du matin, plus tôt même …, s’occuper de leur ravitaillement, les faire marcher et les réconforter parce qu’il y avait pas mal de larmes et on arrivait à les amener au col de la Forclaz, par des itinéraires qu’il fallait changer à chaque fois. Les guides étaient là pour ça et l’encadrement aussi. Arrivé au col de la Forclaz, alors là, on était délivré parce qu’il y avait de l’autre côté de charmantes jeunes filles suisses, des Vaudoises qui venaient chercher les enfants.

J’ai dû faire ça 6 ou 7 fois pendant le courant du mois d’août, avant de rentrer à Paris pour la rentrée scolaire. Et à ce moment-là, j’ai été dirigé non plus par Pierre Hébert mais par un professeur du lycée vers Charles Verny. Charles Verny qui devait devenir dans cette occasion un très grand ami à moi, avec lequel j’ai travaillé depuis au C.A.R. notamment et à la Fondation, et Charles Verny était devenu par suite de certaines arrestations le grand patron de l’OCM, organisation civile et militaire qui était une organisation dans des plus importantes de la Résistance. Et Charles Verny a créé à la rentrée scolaire de 1943, il a créé l’OCMJ, l’organisme civil et militaire des jeunes et je me suis trouvé alors très impliqué dans ce système de l’OCM avec un certain nombre de camarades… importants « 

L’arrestation de Claude Ducreux

« Ah bah l’arrestation, elle a été très curieuse parce que j’avais apporté du ravitaillement à un Canadien qui vit toujours d’ailleurs… qui est beaucoup plus, qui est plus âgé que moi, enfin beaucoup, les marges sont devenues très faibles, et c’était son anniversaire. Alors « Birthday to him », mon père m’avait donné un spiritueux qui était dans la cave, je crois que c’était un Cognac ou un Armagnac, et il en a bu un peu trop et un beau jour, un soir, il s’est mis à la fenêtre, ce qui fallait surtout pas faire, rue Laromiguière, et il a chanté « Tipperrary »ou autre chose et comme je suis allé pour le ravitailler, on m’a… on m’a arrêté et c’était la police française du commissariat du 5ème, et j’habitais moi dans le 5èmeet mon concierge était agent de police alors, et j’avais dans mon immeuble un procureur de la République, d’origine corse, monsieur Favalelli qui faisait partie d’un mouvement dont un des organisateurs principaux était Parodi, de Corse, qui s’arrangeait pour faire disparaître les dossiers ou protéger plus ou moins tout ce qui était de la Résistance. Alors l’affaire, au lieu d’être transmise immédiatement à la police allemande, la Gestapo ou même à une juridiction, l’affaire a réussi grâce à cette conjonction-là à être quasiment étouffée. Ce qui fait que on nous a dit de pas bouger… de pas avoir de colis, de visite, rien et quelques semaines après sans, sans qu’il y ait de prétexte… le Canadien en question, Eastwood, il s’appelait Eastwood, Benjamin Eastwood a été libéré et moi aussi, on s’est retrouvé à la sortie de la prison de Frèsnes, sans ticket de métro, sans rien, bon comme ça, alors on est venu bêtement à pied. Et mon plus grand souci ça a été de savoir ce que j’allais en faire. Moi j’étais scolarisé et bon le lycée tout ça, j’avais une surface mais lui il n’avait rien du tout, alors j’ai eu beaucoup d’ennuis parce que j’ai essayé de rejoindre madame Jeannin-Garreau, à cette époque-là, je la connaissais à peine, j’en avais juste entendu parler tu vois et j’étais pas encore inscrit vraiment dans l’OCM… je savais pas quoi faire. J’ai eu de la chance, c’est… je suis allé au lycée et j’en ai parlé à un prof dont je savais qu’il avait des idées bien et qu’il devait collaborer avec un autre professeur qui s’appelait Lacroix, qui était grand professeur de latin et de l’hypokhâgneet qu’était un résistant. Et c’est par eux et chez eux qu’on a caché le Canadien. Il a été cache chez ce professeur ou chez Lacroix, je sais plus lequel des deux. »

Retour à l’OCM. L’expérience du maquis et La libération d’Orléans et de Paris

Claude

« Dans l’OCM si tu veux, bon, j’ai refait un peu de distribution de presse, j’ai arrêté la cache des aviateurs abattus, j’ai fait de la distribution d’argent, parachuté par les containers du SOE et j’ai été, alors je faisais ça pendant des périodes de vacances, en vélo, dans la région qui va si tu veux… Chartres-Orléans et c’était un… un français qu’on appelait commandant Saint-Paul… qui menait toutes les questions concernant les parachutages, les distributions d’argent et j’étais destiné à rejoindre un maquis quand il y aurait le Débarquement. J’avais été programmé par celui qui était chargé de ça mais je ne le savais pas à l’époque, c’était Henri Lerognon… polytechnicien de son état, qui était chargé de faire, tout au moins une partie de, des affectations dans les maquis.

Et moi j’étais, j’ai su au 6 juin que j’étais destiné au maquis de Chambon. Mais quand je suis parti, j’avais encore de la distribution d’argent à faire et je suis parti après les autres. Si bien que je n’ai pas été dans ceux qui ont été au By où c’était notamment des camarades de Stanislas qui ont été pris de Cerbois et ils ont été fusillés et j’ai été arrêté en route, oh non, on m’a dit, tu vas plus loin et je suis resté là à attendre ce qui allait se passer et par l’intermédiaire d’un autre camarade qu’était dans les gens un peu plus âgés donc qui avaient des pouvoirs directionnels, on m’a dirigé vers le maquis de Lorris.

Alors j’étais dans une annexe à, où il était prétexté que l’on, on remettait en état une partie de la forêt.… Et en fait, bon on a fait partie du maquis et on a été en opération à partir des environs du 20 juillet ou par là. Et moi j’ai été dans un groupe qui s’appelait le groupe Robert qui était un Joinvillais qu’on avait parachuté à Nohant le Fuzelier, aux environs du 15-20 juillet quoi.

Et on a, à ce moment-là été opérationnel et on a eu des parachutages par containers. Il y en a eu en réserve, et puis il y en a eu de nouveaux… pour vraiment participer à des opérations autour d’Orléans d’abord… on a eu, on a eu d’ailleurs d’énormes difficultés. On a participé à la libération d’Orléans où là on a été assez bien traité par les gens, les Orléanais, les Américains qui sont arrivés, où il y a pu avoir pour certains des, du matériel ou tout au moins des habillements… un peu meilleurs que ce qu’on avait.

Et puis bien le 24 août après avoir, autour d’Orléans, fait un peu de nettoyage, moi j’ai été à Saint-Cyr-en-Val, des… des villages comme ça. Y’a eu des camions qu’avaient été pris aux Allemands ou des camions qui avaient été requis par les maquis, pour emmener plusieurs centaines de maquisards sur Paris. Le tout ayant été mis au point par notre chef qui s’appelait Marc O’Neill, chef militaire, ancien saint-cyrien qui avec les saint-cyriens de la 2èmeDB de Chartres avait été en contact, et on nous a dirigé au petit-matin sur Paris.

Et moi j’ai fait partie de là, du groupe avec Robert, toujours, j’ai fait partie du groupe qu’a été dirigé sur la prise de l’Ecole Militaire où il y avait quand même plusieurs centaines d’Allemands qui ont essayé beaucoup de se défendre, qui voulaient pas se rendre parce qu’ils avaient affaire à des va-nu-pieds et quand notre chef est venu et qu’il s’est présenté à eux en disant « Saint-Cyr, telle promotion », les officiers allemands l’ont salué et se sont rendus dans les conditions normales d’une reddition ».

Hommage aux Femmes Résistante.La libération de l’Haÿ-les-Roses et de Paris

Simone

« Quand les Allemands ont quitté l’Haÿ-les-Roses, ils ont tiré dans tous les coins, on a encore dans la maison de mes parents, des traces dans les volets des… et mon père est monté à la mairie et a pris la mairie.  Et pendant ce temps-là, moi je suis, j’allais avec mon réseau qui, on apprenait que la 2èmeDB montait, avec mon réseau, je montais sur Paris et je me suis retrouvée…place de… place du Panthéon et j’ai rencontré cet individu ! »

La rencontre de Simone et Claude

 Claude

« Si tu veux, il y a eu donc la prise de l’École Militaire par un des groupes dont je, le groupe Robert, dont je faisais partie et il y avait 1 ou 2 autres groupes et on était, on était les fantassins des chars de, des chars Leclerc, qui étaient arrivés par une autre route…et qui devant l’École Militaire, y’avait eu la division, ceux qui prenaient l’École Militaire et de ceux qui allaient attaquer l’Assemblée Nationale et le Ministère des Affaires Étrangères, où ils ont eu d’ailleurs beaucoup plus de mal et beaucoup plus de morts que nous. Après ces… après cette prise avec les prisonniers, dont on ne savait pas trop quoi faire mais c’est les Américains qui s’en sont occupés, on s’est rassemblés de l’autre côté de la Seine. Et là, ceux qui, ceux du maquis Lorris qui étaient originaires du coin de Lorris, ont décidé qu’ils retourneraient le lendemain à Lorris et les quelques-uns qui étaient comme moi des étudiants parisiens et maquisard, on nous a remis à la disposition du Comité de Libération de Paris, à la place Denfert. Et là, moi j’ai demandé à aller voir mes parents qui ne m’avaient pas vu depuis un bon moment mais qui étaient tout près puisqu’ils étaient près du Panthéon et pour faciliter les choses, on m’a dit, « on t’affecte au second rideau du Luxembourg ». Il y avait dans le Palais du Luxembourg encore énormément d’Allemands, notamment dans les combles et il fallait les déloger, ce n’était pas très facile. Alors il avait été prévu un groupe numéro 1 qui… et des groupes numéro 1 qui allaient les déloger et il y avait le long du boulevard Saint-Michel des gardes qui devaient avoir une double fonction, être le second rideau s’il fallait faire appel à eux et être également des gens qui veillaient à ce qu’il n’y ait pas trop de cafouillage… ou de confusion ou même de malversations qui puissent se commettre, en profitant évidemment de l’euphorie de la Libération. Et je me suis trouvé affecté au coin de la place de la Sorbonne et du boulevard Saint-Michel… à un établissement qui était devenu pendant l’Occupation la librairie franco-allemande. Alors j’étais là, j’étais affecté là avec un, une mitraillette Sten pour monter la garde ou m’apprêter à répondre à un appel des gens du Sénat. Et on m’avait dit, « on t’enverra quelqu’un pour que tu sois pas tout seul » et j’ai vu arriver, avec un brassard FFI, une charmante demoiselle »

Simone

« Parce que j’étais montée avec mon réseau, tout mon réseau de la roseraie, on était tous monté dans une euphorie totale et on arrivait au Luxembourg, donc on s’est retrouvé place de la Sorbonne »

Claude

« Et bon on a parlé pratiquement toute la nuit »

Simone

« C’était notre première nuit commune ! »

Claude

…     « Comme moi j’étais plutôt un littéraire, j’avais trouvé des bouquins dans la cave de la librairie franco-allemande, notamment… un bouquin qui s’appelle « les quatre jeudis » qui était un bouquin de recueil de critiques littéraires de Brasillach qui est évidemment un auteur complètement honni mais dont les critiques sont d’un niveau absolument extraordinaire. Et moi je m’en servais beaucoup en classe prépa. Alors avec les bouquins, on a beaucoup parlé et à un moment donné, j’ai parlé poésie et je lui ai récité le poème principal d’Albert Samain « mon âme est une infante en robe de parade, dont l’exil se reflète »… Excusez-moi… « éternel et royal, dans les miroirs déserts d’un vieil Escurial, ainsi qu’une galère oubliée en la rade » !

Ce que la Résistance a changé dans notre vie

Simone

« Et je pense que si tu t’es plutôt orienté vers une profession libérale que vers une profession préfectorale, c’est qu’on avait un sens tous les deux de l’indépendance et de la liberté que Claude n’aurait jamais pu rentrer dans un système administratif, quel qu’il soit, aussi honorable soit-il.

–     C’est peut-être en ça que ça vous a changé votre… existence

Certainement

–     C’est peut-être ça, un esprit d’indépendance et de volonté de réaliser quelque chose et de ne pas obéir aveuglément aux ordres

Et de compter sur uniquement sur nous-mêmes ».

Message aux jeunes générations

Claude

« Ben la Résistance a compté énormément dans notre… dans notre vie à chacun et dans notre vie commune et on a vécu avec le souvenir de ceux que j’appelle… « ceux de l’autre rive  »… si tu veux… chaque année je vais où les copains ont été fusillés, et parmi les fusillés il y a des gens qui étaient tous les jours à côté de moi, dans la même classe, avec les mêmes profs… et quand je vais sur… ces tombes… je relis leurs dates de naissance et je me dis « mort à 19 ans, 20 ans,18 ans »… Ils n’ont rien connu… ni la vie, ni l’amour, ni les filles, ni la musique…et… nous avons tendance tous les deux à être des très fidèles… de tout ce qui est… je dirais pas la mémoire avec un grand M mais déjà le souvenir. Et le souvenir engendre la mémoire ».

Simone

« Oui mais alors pas forcément des radoteurs, pas forcément en parlant tous les jours du passé. On a plutôt une projection, enfin moi tout au moins et Claude aussi je pense, sur l’avenir parce que c’est l’avenir qui compte. Si tout ce qu’on a souffert ne sert à rien, ne se projette pas dans l’avenir, si c’est pour en reparler 60 ans après, ça sert à rien, c’est pas la peine ».