DIDIERJEAN Jean-Paul

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DIDIERJEAN Jean-Paul

Né le 26 avril 1923 à Marckolsheim (Haut Rhin)

 Dès octobre 1940, âgé de 17 ans, après son retour forcé en Alsace annexée à l’Allemagne, après avoir été évacué en Dordogne avec ses parents en septembre 1939, il s’est immédiatement fait remarquer par son attitude antiallemande et antinazie. Fanatique francophile, il a résisté par tous les moyens à la germanisation de l’Alsace. Rejetant toute collaboration avec les nazis, il a immédiatement refusé d’adhérer « aux jeunesses hitlériennes », malgré les menaces et les pressions de l’occupant. En représailles, il lui a été interdit d’exercer le métier de boulanger qu’il avait appris en Dordogne. Ayant refusé d’aller travailler en Allemagne, il a immédiatement été requis par les autorités allemandes et obligé de travailler comme manœuvre à la réfection du pont du canal du Rhône au Rhin situé entre Marckolsheim et Heidolsheim, travail qui se faisait sous la surveillance de l’organisation nazie « Todt ». Tout en effectuant son pénible travail, il n’a jamais cessé de combattre systématiquement l’idéologie nazie et de manifester son attitude francophile (port du béret basque, refus de faire germaniser son nom de famille, chants patriotiques français sur la voie publique avec d’autres camarades, aide occasionnelle à des prisonniers de guerre évadés d’Allemagne, sabotage de matériel militaire allemand et de véhicules etc… appartenant à la garnison allemande stationnée à Marckolsheim jusqu’en 1941 et provocations envers ces militaires ennemis – sabotage du matériel (bicyclettes) appartenant à la Gendarmerie allemande et à la police auxiliaire allemande chargée de la garde du pont du Rhin à Marckolsheim, avec provocations et bagarres etc…). En même temps, il a tenté à plusieurs reprises de quitter frauduleusement l’Alsace pour se soustraire à l’incorporation forcée dans les camps de travail en Allemagne (R.A.D.) et dans l’armée allemande et dans le but de rejoindre les Forces Françaises Libres. Ainsi son attitude et ses tentatives d’évasion d’Alsace provoquèrent une surveillance particulière de la part de la Gestapo et de la Gendarmerie allemande de Marckolsheim.

 A nouveau arrêté à la frontière suisse au début de 1942, il a été transféré à Montreux-Vieux (Haut-Rhin) où il a dû subir pendant trois jours d’interminables interrogatoires par des agents du service de sécurité de la Gestapo (Sicherheitsdients – dit « S.D. »). Finalement incarcéré à la, prison de Mulhouse, il a été transféré au camp de Schirmeck, de sinistre mémoire. Pendant son séjour dans ce camp, il a dû être hospitalisé à la suite des mauvais traitements infligés. Par la suite, transféré par la police allemande dans un camp de travail en Allemagne (R.A.D.), il a à nouveau dû être hospitalisé pour soigner les blessures consécutives aux divers mauvais traitements subis lors de ses interrogatoires et de sa détention. Libéré début octobre 1942, il a été incorporé de force dans l’armée allemande le 17 octobre 1942. Pour protester contre cette atteinte au droit international, aidé d’un camarade, il a hissé le drapeau français sur la croix du cimetière militaire français de Marckolsheim. Surveillé de près par la police allemande, il n’a plus eu les moyens, ni le temps nécessaire pour tenter une nouvelle évasion d’Alsace. Ne voulant admettre l’inévitable et donner suite à l’ordre d’appel, il a quitté son domicile pour éviter des ennuis à sa famille. Finalement arrêté par des policiers allemands en patrouille, il a été conduit sur les lieux de rassemblement prescrit. Certains de ses copains s’étaient mis dans la même situation. Lors de son départ de Marckolsheim, avec ses camarades d’infortune, il s’est à nouveau révolté, d’abord lors du transfert de Marckolsheim à Sélestat, puis dans cette ville avant et pendant l’embarquement de force dans un train qui les transportait en Allemagne (bris de vitres, mise en action du système d’alarme etc…). Affichant ostensiblement leur hostilité à l’Allemagne nazie et leurs sentiments pro-français (chants patriotiques français, refus d’obéir aux injonctions des autorités civiles, militaires et aux policiers allemands présents sur les lieux, exhibition de drapeaux français etc…), ils ont été sanctionnés par l’intervention de la police et de soldats allemands armés en les séparant de leurs parents et amis et en les conduisant dans une caserne où ils ont été consignés avant leur embarquement définitif.

 Dès son arrivée en caserne à Erlangen (Allemagne), Jean-Paul DIDIERJEAN n’a pas pour autant abandonné son attitude antiallemande et pro-française et diverses sanctions ont été prises contre lui (suppression de sorties, consigné à la caserne, corvées supplémentaires etc…). En outre, malgré l’interdiction formelle des autorités militaires, il a fréquenté régulièrement des ressortissants français (prisonniers de guerre, travailleurs du S.T.O. etc…).

 Arrêté par la police alors qu’il s’entretenait sur la voie publique avec les personnes françaises précitées, il devait être traduit devant un tribunal militaire. Cette décision ayant été annulée par le Commandement allemand pour une cause inconnue, il a néanmoins été séparé immédiatement de ses camarades alsaciens et transféré par un gradé dans une autre unité en instance de départ pour la Russie. Affecté dans une unité combattante stationnée dans ce pays, il a réussi à s’évader dans des conditions particulièrement dangereuses, en juillet 1943 et cela dès son arrivée au front. Interné en Russie, dans divers camps de prisonniers dont celui de Tambow, il a signé un engagement volontaire pour reprendre volontairement la lutte contre les nazis dans ce pays.

 Le 17 juillet 1944, il a été remis aux Autorités Françaises à Téhéran et rapatrié en Afrique du Nord. Après avoir signé un nouvel engagement volontaire, il a été affecté sur sa demande dans une unité combattante française. Il a ainsi participé à la campagne d’Allemagne au sein de la Première Armée Française, puis toujours volontaire, à la campagne d’Indochine au sein du Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient. Démobilisé en 1947, il a été admis dans la Gendarmerie Nationale dans la même année. Volontaire, il a encore effectué un deuxième séjour en Indochine et il a terminé sa carrière militaire comme Adjudant de Gendarmerie.

 

Jean-Paul DIDIERJEAN avait un frère prénommé Joseph, né en 1922 et décédé en 1987, qui était déporté-résistant et Chevalier de la Légion d’Honneur.