Palmarès du Concours de la meilleure photographie d’un lieu de Mémoire 2016-2017

En 2017, 59 photographies ont été adressées au jury du Concours de la meilleure photographie d’un lieu de Mémoire qui au terme d’un examen attentif a décerné trois prix et deux mentions à l’occasion de cette dix-neuvième édition. 

En 1998, le Concours de la meilleure photographie d’un lieu de Mémoire est né du constat que de nombreux candidats du Concours national de la Résistance et de la Déportation étaient amenés à prendre des photographies de lieux de Mémoire lors de visites préparatoires sans qu’elles soient systématiquement valorisées dans ce cadre.

L’idée de ce concours était donc d’offrir aux élèves la possibilité d’exprimer leur sensibilité aux aspects artistiques et architecturaux des lieux de Mémoire relatifs à la Résistance intérieure et extérieure, à l’internement et à la Déportation situés en France ou à l’étranger au travers de la technique photographique.

Depuis lors, les Fondations de la Résistance, pour la Mémoire de la Déportation et Charles de Gaulle organisent chaque année, après les résultats du Concours national de la Résistance et de la Déportation, le concours de la meilleure photographie d’un lieu de Mémoire.

Réuni le vendredi 17 novembre dernier au 30, boulevard des Invalides (Paris VIIe), le jury de cette dix-neuvième édition avait à choisir entre 59 photographies présentées par 59 candidats (1).

Cette année, encore, le jury a dû écarter un certain nombre de travaux qui n’étaient pas conformes au règlement. Ainsi, quinze candidats ont présenté des photographies de lieux liés la mémoire de la Première guerre mondiale ce que ne prévoit pas l’article 2 du règlement. Au final, le jury a donc examiné 44 photographies.

Au terme d’un examen minutieux des réalisations et de nombreux échanges entre les membres du jury (2), le palmarès du concours 2016-2017 a été proclamé. Le jury a souligné que la qualité artistique des œuvres reçues ne peut qu’inciter à promouvoir plus largement ce concours. À ce titre, il faut rappeler le soutien précieux apporté par la Direction des Patrimoines, de la Mémoire, et des Archives (ministère de la Défense) mais également par l’Association des professeurs d’Histoire Géographie (APHG), qui par le biais de sa revue Historiens et Géographes, a diffusé auprès des enseignants du secondaire les informations concernant ce concours.

  • On comptait parmi eux 9 collégiens et 50 lycéens (40 filles et 19 garçons) issus de 10 établissements scolaires (6 lycées généraux, 1 lycée professionnel et technologique et 3 collèges).

Les 7 départements d’origine des travaux dont on a fait figurer entre parenthèses le nombre de candidats pour chacun d’entre eux sont : les Bouches-du-Rhône (9), l’Eure-et-Loir (1), le Gard (5), le Loiret (15), la Meurthe-et-Moselle (4), le Puy-de-Dôme (24), et la Somme (1).

(2) Les membres de ce jury sont : Aleth Briat, de l’Association des professeurs d’Histoire Géographie (APHG) ; Françoise Buffet, présidente de l’Association des Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, Hélène Pradas Billaud, chef du bureau des actions pédagogiques et de l’information à la Direction des Patrimoines, de la Mémoire, et des Archives ( ministère de la Défense) ; Yves Lescure, directeur général de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation ; Frantz Malassis, chef du département documentation et publications à la Fondation de la Résistance ; Jacques Moalic, résistant-déporté ; Jean Novosseloff, président de Mémoire et Espoirs de la Résistance ; Jacques Ostier, conseiller en illustration; Vladimir Trouplin, conservateur du musée de l’Ordre de la Libération, un membre du conseil d’administration de la Fondation Charles de Gaulle ; un représentant du musée du général Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris – musée Jean Moulin (ville de Paris) et le lauréat du concours précédent.

Les lieux de mémoire photographiés en 2016-2017

Sur l’ensemble des 59 photographies présentées cette année, 30 (soit 50,85%) ont été prises dans 6 départements français et 29 à l’étranger (soit 49,15%).

En France :

Bouches-du-Rhône : le camp des Milles (4).

– Haute-Marne : le mémorial Charles de Gaulle à Colombey-les-Deux-Églises (1).

– Meuse : l’ossuaire de Douaumont (7), la butte, le monument et les tranchées à Vauquois (4), le fort de Douaumont (4).

– Bas-Rhin : le camp de Natzweiler-Struthof (5).

– Paris : la crypte du mémorial de la Shoah (1).

Vaucluse : le mémorial du train fantôme à Sorgues (4).

À l’étranger :

– Allemagne : le camp de Buchenwald (3).

Pologne : le camp et le musée d’Auschwitz I (10), le camp d’Auschwitz-Birkenau (15), le camp du Stutthof (1).

 

Les chiffres entre parenthèses correspondent au nombre de photographies pour le lieu concerné.

 

Mémoire

Le premier prix a été décerné à Noémie DE SAINTE-CLAIRE, élève de première scientifique au lycée Fénelon de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) pour son cliché intitulé « Rémanences » pris au camp d’Auschwitz (Pologne) en avril 2017.

Cette candidate a accompagné sa création de réflexions que lui inspira ce lieu.

« Rémanence : terme qui qualifie la persistance d’un phénomène même après la disparition de sa cause.

J’ai choisi de photographier le camp d’Auschwitz II qui a survécu à la mort du nazisme. À travers ce cliché, mon but était de faire renaître des bribes du passé afin de rendre hommage à la mémoire de tous ceux qui ont vécu l’horreur. Je présente une photographie monochrome pour donner de la force à la douleur sourde qui habite ce lieu. Cette photographie, prise à l’intérieur du camp, a été sélectionnée pour placer le spectateur au cœur de l’histoire plutôt qu’à l’extérieur d’où il l’observerait d’un regard détaché. Un jeu sur la profondeur dévoile un camp imposant (2/3 – 1/3) pour que les regards convergent vers son entrée qui peut être apparentée à une gueule béante ouvrant sur l’enfer. Les portraits diaphanes qui s’élèvent vers le ciel, disposés de part et d’autre des rails, renforcent la symétrie déjà présente dans la photographie originale. Ils sont également agencés de façon à rappeler les trains qui défilaient inlassablement dans une routine infernale. On peut encore voir la rémanence de ces visages identiques à droite et à gauche qui se reflètent indéfiniment dans le miroir du temps.

La photographie a été prise à genoux sur les rails; par ce geste j’étais à mon insu dans une position d’affliction et de prière. J’ai également remarqué qu’il n’y avait jamais personne sur les rails. Est-ce l’expression d’un respect tacite ? En prenant ce cliché j’ai senti que j’apportais un témoignage différent, empreint de solennité. Les rails symbolisent également l’écoulement du temps. En effet, les visages les plus nets sont les plus proches du spectateur ce qui pourrait indiquer une proximité de la barbarie dans notre monde moderne. C’est pour cela que le travail de mémoire est nécessaire à chacun d’entre nous pour ne pas refaire les erreurs du passé.

N’oublions pas. Nie zapomnij. Nicht vergessen. Do not forget. Non dimenticare. Не забывайте.忘れてはいけません. »

 Mémoire

 

Le deuxième prix est revenu à Louise OLIVIER, élève de première économique et sociale au lycée Fénelon de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) pour sa photographie « Le bouquet de la mémoire » pris lors d’une visite du camp Auschwitz-Birkenau, en avril 2017, dans le cadre d’un voyage d’étude.

Cette candidate a fourni des éléments de compréhension de sa démarche artistique guidant la réalisation de sa photographie :

« J’ai choisi de présenter cette photo car elle réunit un lieu de mémoire symbolique et un signe de souvenir, de recueillement qui illustre le refus d’oublier ce qui s’est passé ici. J’ai essayé de rendre compte de la puissance de ce lieu en photographiant un message fort en émotions.

Cette photo, prise à hauteur du sol, est composée de trois plans : au premier plan le bouquet de roses et la bougie, au second les rails et au dernier le ciel. La ligne d’horizon est la séparation entre le second et le troisième plan. On a deux lignes de fuites qui se rejoignent au niveau d’une entrée du camp (réservée aux convois de juifs) qui est le point de fuite de la photographie. Cela permet d’accentuer la profondeur de la photo et de mettre en valeur la longueur de la ″Judenrampe″.

Le principe de ″noir et blanc″ est classique mais il donne un caractère intemporel à l’image. J’ai choisi cependant d’utiliser le principe ″d’éclaboussure″ (mettre une couleur en évidence) pour attirer l’œil du spectateur sur le rouge des roses. Cette couleur rappelle un moment intense et symbolise le danger, le combat, le sang, la douleur et le feu. L’effet du rouge sur un fond noir renforce le côté saisissant et contrasté de la photographie. La présence de trois couleurs (le noir, le blanc et le rouge) permet d’équilibrer la photo. Enfin le blanc de la bougie fait écho au ciel et s’oppose au noir. »

Mémoire

Le troisième prix a été attribué à Paul PATAULT, élève de première scientifique au lycée Marceau de Chartres (Eure-et-Loir) pour sa prise de vue du camp du Stutthof (Pologne).

Cet élève a joint à sa création un texte traduisant l’émotion ressentie dans ce lieu.

« À une cinquantaine de kilomètres de Gdansk dans un endroit retiré, humide, entouré de forêts, nous sommes au camp de concentration du Stutthof. C’est le premier camp construit en dehors du territoire allemand, sa construction prit fin le 2 septembre 1939. Il a le triste privilège d’avoir été le dernier camp à être libéré (10 mai 1945).

Les barbelés, la neige, les miradors, le vent, la grande porte dite ″de la mort″… le passé est partout. Nous visitons alors dans ce camp les baraquements, le réfectoire, les latrines, l’hôpital, la chambre à gaz, les fours crématoires où 65 000 personnes périrent. Il faisait -7°C ce jour-là, mais il est commun qu’il fasse -15°C. Nous pensons aux déportés dont les vêtements ne protégeaient que de la nudité.

C’est à travers mon objectif que je partage ce désastre. Nous sommes ici face à une chambre à gaz, les traces de griffures sur ses murs nous obligent à songer aux hurlements passés qui résonnent alors en nous. Le choix du noir et blanc est pour moi important, il témoigne de la froideur sévère et violente de ce lieu. Ce lieu sombre est aujourd’hui et à jamais une preuve de la négation de l’Homme dans l’univers concentrationnaire nazi. Ce cliché témoigne de l’atrocité d’une époque vécue par un immense nombre d’innocents.

Lieu de Mémoire, le camp du Stutthof est aujourd’hui un musée qui nous permet d’appréhender l’horreur difficilement imaginable vécue par les détenus. La visite vient percuter le rapport au temps : ce qui paraissait lointain, enfoui dans le passé fait soudain irruption. »

 

Deux mentions spéciales du jury ont été décernées à :

 Mémoire

Faustine FIALET, élève de première scientifique au lycée Arthur Varoquaux de Tomblaine (Meurthe-et-Moselle) pour sa photographie intitulé « Dernier regard » prise au camp de concentration de Buchenwald (Allemagne), en février 2017.

Voici son commentaire :

« J’ai toujours été passionnée par la photographie et par l’histoire. Lorsque je fis la découverte du camp de Buchenwald lors du voyage scolaire organisé par mon lycée, je pris avec moi mon Reflex Nikon afin de prendre quelques clichés qui pouvaient être intéressants, d’autant plus que le site avait été recouvert par la neige ! Dès l’entrée, je fus très impressionnée par les cellules du « bunker », la prison du camp, si étroites et inconfortables, dans lesquelles les déportés étaient emprisonnés et torturés. Au bout du couloir se trouve une fenêtre par laquelle on voit l’enceinte du camp. Et je me mis à songer au prisonnier qui était sorti de sa cellule…

Me voici là où il se trouvait. Chaque jour il voyait ce paysage, les barbelés, le mirador.

Mais peut-être voyait-il plus que cela : au-delà des pierres et des arbres de la forêt son âme voyageait librement, retrouvait la vie d’avant, rêvait encore, même un instant, qui sait ? Après, il serait trop tard : tout regard est éphémère. Reste le paysage malgré le temps qui passe. Me voici là où il se trouvait. Mon regard ne peut être le sien, mais par l’image et la pensée je le rejoins.

Je pris alors cette photo, en noir et blanc afin de faire ressortir les contrastes, photo qui symbolise bien ce camp avec une vue oblique sur l’enceinte donnant sur le mirador, dans un paysage enneigé, afin de figer le paysage glacé. »

Mémoire

 

Axelle MAGNAC, élève de troisième au collège Jean Bernard à Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône) pour son cliché du mémorial du train fantôme à Sorgues (Vaucluse).

Ce monument lui inspira ce poème :

Nous sommes dépouillés

Car nous portons une étoile,

Nous sommes déportés

Car on nous veut du mal.

 

On nous choisit et on nous case,

Comme du simple bétail.

Nous mourrons au travail

Ou dans les chambres à gaz.

 

Notre douleur est accentuée,

Nos corps sont décharnés,

Et nos teints maladifs.

 

Du jour au lendemain,

Nous n’avons plus rien

Parce que nous sommes Juifs.