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Nous avons lu pour vous

René Cassin

de Antoine Prost & Jay Winter
 


René Cassin

par Antoine Prost & Jay Winter

Edition Fayard 2011

Né à la fin du siècle dernier, en 1887, René Cassin aura connu comme tous les hommes de sa génération au cours de la première guerre mondiale l’épreuve du feu qui allait donner, comme à la plupart de ceux qui en furent victimes, un sens différent à sa vie. Soldat de la Grande Guerre, il le restera tout au long de son parcours exemplaire en s’engageant au service d’une idée « effacer toute frontière entre les hommes, reconnaissant à chacun d’entre eux les mêmes droits inséparables à la dignité ». Dans la très complète biographie sur René Cassin, qui vient de paraître aux Editions Fayard, Antoine Prost et Jay Winter professeurs d’histoire à la Sorbonne et à l’Université de Yale démontrent la cohérence des actions et des engagements du futur Prix Nobel aux idées de priorité qu’il donna aux droits des hommes, au cours des différentes étapes de son parcours qui traversa la plus grande partie du 20ème siècle. Après de brillantes études de droit et une première vie universitaire, mobilisé le 1er août 1914, il est très grièvement blessé en octobre de la même année. Décoré puis réformé il retourne à l’enseignement en mars 1916. La fin du conflit voit l’émergence d’un tissu associatif de mutilés et d’anciens combattants, tourné vers l’aide à toutes les victimes de guerre. Invalide – sans rien laisser paraître, toute sa vie il portera un bandage orthopédique – René Cassin y apportera de manière désintéressée, « aidant sans briller » son expérience de juriste. Reconnu pour ses très larges compétences, homme de synthèse tourné vers les humbles et les plus vulnérables, au sein du monde des anciens combattants il est à la fois le porte-parole des « Rescapés du massacre » et aussi « le soldat d’une autre guerre : celle livrée à la guerre elle-même ». A Genève, par le biais du monde associatif des A.C. où il avait acquit une grande notoriété il intègre en 1924 la jeune Société des Nations (SDN). Tribune internationale dont il forme l’espoir qu’elle permette de conjurer à gauche le communisme et à droite le nationalisme agressif, y nouant des amitiés qui lui seront d’une grande importance à Londres puis à l’O.N.U. Sa déception sera à la hauteur de ses espérances quand la S.D.N s’effondrera à partir de 1935 sous les coups de boutoirs des dictateurs. Il en retira une expérience qui le « conduira à une nouvelle façon de penser l’Etat, et, par là, à la future Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 ». Juin 1940, refusant l’armistice « le saut dans l’inconnu, sans espoir de retour » qu’il fait, le conduit à Londres pour devenir à cinquante-cinq ans le « Légiste de la France Libre ». Parmi les premiers civils à rejoindre Charles de Gaulle, il est l’un des pères fondateur de la France Libre et à ce titre l’un des huit membres du Comité National Français. Si il eut un rôle marquant dans l’équipe réunit autour du général, René Cassin « homme de compromis plus que d’affrontements » fut parfois, au cours de ces années, à son grand regret, quelque peu marginalisé tout en restant toujours très digne et très fidèle au chef de la France libre. C’est à Londres « sous le Blitz », rappelle les auteurs de cet ouvrage, qu’en opposition au « nouvel ordre » européen hitlérien, qu’allaient être élaborés des projets d’avenir dans lesquels Cassin et quelques autres grandes figures européennes exilées sur les bords de la Tamise prirent part. Si depuis Londres ou Alger, avec énergie et fermeté, il se consacre à la restauration de la légalité républicaine sous toutes ses formes pour le jour où la France sera libérée, il entre en parallèle dans une nouvelle vie pour œuvrer à la construction d’un régime international fondé sur les droits de l’homme. C’est une grande figure à la fois nationale et internationale qui rentre à Paris en septembre 1944. En France pour occuper sous la IV° et V° République quelques postes prestigieux comme celui de la vice-présidence du Conseil d’Etat jusqu’en 1960 et présider en 1958 le comité chargé de préparer la constitution de la V° République. Au plan international, il sera l’un des rédacteurs majeurs de la Déclaration des Droits de l’Homme votée en décembre 1948 au Palais de Chaillot par l’Assemblée générale des Nations Unies, puis présidera la Cour européenne des Droits de l’Homme et entre autres institutions l’Alliance israélite universelle (AIU). Il recevra le Prix Nobel de la Paix en 1968. Les auteurs de cette très belle biographie, sans cacher leur respect et leur admiration pour « ce défenseur des droits de l’homme » ont su dessiner à la fois le portrait d’un homme au grand cœur, républicain intransigeant et montrer la continuité de sa pensée et l’unité de ses différentes actions, tout au long d’une vie riche au service des hommes afin qu’ils puissent vivent dans la paix, la dignité et la justice universelle. Le 5 octobre 1987 à l’occasion du transfert des cendres de René Cassin au Panthéon, dans son hommage le Président François Mitterrand a prononcé ces mots : « ...Il est des hommes...dont la grandeur est d’avoir su anticiper sur leur temps en y semant les germes du futur... »


par

Jean Novosseloff