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Soirées Auteur

Elles sont organisées en coopération entre le Mémorial Leclerc - Musée Jean Moulin et l’Association Mémoire et Espoirs de la Résistance, un jeudi par mois. « Soirée » au cours de laquelle un historien présente et dédicace l’un de ses ouvrages récents. La « Soirée Auteur » débute à 17 heures, dure 1 heure 30, avec un échange avec l’auteur.

Parallèlement à ces soirées un samedi par mois en matinée, Christine Levisse-Touzé, directrice du Mémorial Musée organise une conférence « Point de vue du Conservateur » qui commence à 10 heures et qui dure 2 heures.

Mémorial du Maréchal Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris / Musée Jean Moulin
23 allée de la 2e DB
Jardin Atlantique
75015 Paris
Tel : 01.40.64.39.44
fax : 01.43.21.28.30

Manifestations

Présentation du thème du Concours National de la Résistance et de la Déportation 2010

16 novembre 2009 à 14 heures précises

Présentation du thème du C.N.R.D. 2010 dans le Grand amphithéâtre de la Sorbonne

« L’Appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle et son « impact » jusqu’en 1945 ».

Témoins : Mmes Rosette PESCHAUD et Odile de VASSELOT, MM.Yves GUENA et Pierre LEFRANC ; historiens : Mme Joëlle DUSSEAU et M. Jean-Louis CREMIEUX-BRILHAC .

Co-organisation : six Fondations et trois associations.

Palmarès des C.N.R.D. précédents :

http://www.fondationresistance.org/...

Voici la Présentation historique : de Jean-Louis CREMIEUX-BRILHAC

LE 18 JUIN 1940 ET SES PROLONGEMENTS

L’acte du 18 juin 1940 est un phénomène extraordinaire. Au lendemain du jour où, dans une France en déroute, le chef du gouvernement, un maréchal couvert de gloire, a appelé les Français à cesser un combat sans espoir, un général inconnu du grand public, le plus jeune de notre armée,( il n’a reçu les étoiles à titre temporaire que depuis trois semaines), ose lancer sur la radio de Londres un appel à poursuivre la guerre. Audace et sacrilège ! Il rompt avec la tradition qui veut, depuis Danton, qu’on n’emporte pas la patrie à la semaine de ses souliers, il rompt avec le devoir militaire de discipline ; il sera, pour des mois, le seul officier général d’active à choisir l’insubordination puis la rébellion, et sans aucun dirigeant de la IIIe République pour soutenir son action. L’acte du 18 juin est extraordinaire à un autre titre. Il l’est par le contenu de l’appel. Car cet appel n’est pas seulement le cri du patriotisme outragé, c’est une démonstration en forme de syllogisme. Deux sortes de raisons, explique le Général, commandent de poursuivre le combat. Des raisons tactiques et stratégiques d’abord : nos armées ont été vaincues par la tactique allemande et par l’emploi massif des chars et des avions ; l’Allemagne pourra être vaincue, sera vaincue par deux ou trois fois ou dix fois plus d’avions et de chars. Des raisons géopolitiques ensuite : cette guerre est bien plus que le troisième acte d’une querelle franco-allemande comme le croient la plupart des Français, elle est une guerre mondiale qui ne fait que commencer et des forces immenses n’ont pas encore joué. De Gaulle est convaincu, sans le dire publiquement, que les Etats-Unis et l’Union soviétique entreront dans le conflit. Il pourra affirmer que « La France a perdu une bataille, mais la France n’a pas perdu la guerre. La phrase lapidaire n’appartient pas au texte de l’appel, elle figure en tête d’une affiche en forme de manifeste qui fut placardée en Grande Bretagne à partir du 3 août 1940 et qui est souvent confondue avec l’appel et même souvent reproduite comme étant l’appel. Elle n’en est pas moins imprimée à juste titre dans les mémoires. Ce raisonnement dont la lucidité paraît plus stupéfiante avec le recul du temps, de Gaulle est en mesure de le tenir d’abord parce qu’il est de Gaulle, je veux dire parce qu’il est de longue date un officier non-conformiste qui n’a pas peur de dire non, parce qu’il croit à l’efficacité de la volonté humaine en histoire, et parce qu’il a un culte quasi religieux pour la France et se sent un devoir impérieux de responsabilité envers elle. S’il se croit en mesure d’anticiper l’issue de la guerre, c’est parce qu’il a lutté vainement pendant six ans pour faire accepter une réforme de l’armée. Depuis 1934, il a écrit et répété que, grâce à la motorisation, la guerre à venir ne serait plus une guerre immobile comme celle de 1914 et qu’il fallait donc nous doter d’une force de frappe sous la forme d’un corps motorisé et blindé puissant et rapide : les Allemands l’ont fait, nos généraux s’y sont refusés. La défaite lui a donné dramatiquement raison. Ainsi le 18 juin 1940 est la rencontre d’un homme et d’un évènement. De Gaulle ne craint pas s’opposer au Maréchal parce qu’il le connaît bien et le considère comme un grand homme mort en 1926, mais aussi parce qu’il a été membre du gouvernement Reynaud depuis le 5 juin -onze jours seulement qui lui ont fait connaître Churchill et lui ont donné l’assurance que l’Angleterre ne cèderait jamais. L’Angleterre relevant le défi d’Hitler, la guerre ne faisait que commencer. L’appel du 18 juin a une dernière vertu. Il affirme que notre défaite est due avant tout à des causes de technique militaire et non à la trahison, à la Ve colonne, au Front Populaire, à l’esprit de jouissance de la population ou à la lâcheté des soldats. Pour de Gaulle, les déplorations et flagellations où se complaît le nouveau gouvernement français ne sont pas de mise. Les Français ne doivent pas avoir honte d’eux-mêmes. Ce n’est pas eux qui sont coupables comme on l’affirme en France, c’est au contraire le Maréchal qui est le premier responsable de la défaite, lui qui n’a rien fait pour changer un système militaire mauvais. De Gaulle n’hésite pas à le mettre explicitement en cause dans un nouvel appel radiodiffusé en date du 25 juin. Je mentionne cet appel, car si celui du 18 est le commencement de tout, les appels des jours suivants n’en sont pas séparables. Ils forment un tout. Chacun accentue la rupture avec le gouvernement de Bordeaux. Ainsi le 22 juin, de Gaulle affirme « nécessaire de grouper, partout où cela est possible, une force française aussi grande que possible » afin que la France reste présente au combat : « Moi, général de Gaulle, j’entreprends ici, en Angleterre, cette tâche nationale ». Le 28 juin, il est reconnu par le gouvernement britannique en tant que chef des Français .Libres ». Il peut annoncer la création d’une force française terrestre, aérienne et navale, il invite tous les Français qui le peuvent à s’y joindre. Et désormais il ordonne. L’impact : une opinion à conquérir Quel impact cet appel ou ces appels ont-ils eu ? Par « impact », j’entends leur retentissement dans l’opinion publique. Il a été très limité sur l’instant. Le contraste est immense entre l’écho immédiat et l’importance que nous y attachons. Un journaliste qui allait devenir le plus brillant commentateur de Radio Londres pendant quatre ans, Pierre Bourdan, a écrit que l’appel aura été comme la pierre que lance un montagnard sur un névé : la surface neigeuse frémit à peine et c’est ensuite, très lentement qu’elle s’ébranle et glisse, dans un mouvement qui lui-même s’étend et se propage jusqu’à provoquer une avalanche dans un bruit assourdissant. Il voyait juste. Combien de Français de France ont entendu l’appel ? Difficile à dire. Les journaux de la moitié sud du pays l’ont mentionné et en partie reproduit ; le bouche à oreille a joué. Le fait est que la majorité des Français en ont eu connaissance. Parmi les soldats épuisés et démoralisés qui l’ont connu, la première réaction a été souvent mauvaise, violente parfois : « Il veut qu’on continue à se faire casser la gueule » entend-on. Les traînards de la débandade n’en peuvent plus et ne voient pas plus loin.. Quant à la masse des civils, elle s’en remet à Pétain : qui pourrait mieux juger la situation que lui, le vainqueur de Verdun. Chacun pense qu’il résistera de son mieux aux Allemands. Pour quelques uns, cependant, l’appel a ranimé l’espoir : Daniel Cordier, dans son livre magnifique On l’appelait Caracalla retrace la réaction d’une famille patriote et raconte comment il a aussitôt décidé de rejoindre Londres en entraînant 16 de ses camarades. De jeunes Bretons et les marins de l’île de Sein font de même, et de même des isolés au Maroc, à Chypre, en Egypte, au Liban. En Angleterre 900 soldats de la 13e demi brigade de Légion étrangère optent pour de Gaulle. Mais tout compte fait, les ralliés sont bien peu nombreux. Sur la quarantaine de milliers de militaires français présents en Angleterre à la fin de juin, la plupart choisissent d’être rapatriés. A la mi-août, les volontaires en Grande Bretagne ne sont que 6 000. Dans l’Empire, aucun des grands chefs militaires n’a répondu aux appels de De Gaulle. Néanmoins de petits groupes de patriotes au Tchad, à Brazzaville, à Tahiti, en Nouvelle Calédonie, font appel à lui ; grâce à eux, une suite de coups de force hardis rallient ces territoires. Il y a ainsi à la fin d’août 1940 non seulement des Français Libres mais une base de terres françaises qui permettra de parler d’une France Libre. En France même, passé la vague de départs vers l’Angleterre de juin-juillet 40, les références à de Gaulle sont rares. On sait qu’il existe, mais la France est assommée par le désastre et la puissance allemande est écrasante. Les rapports de police font mention de faits isolés. Des foyers écoutent le soir le programme de la BBC « Les Français parlent au Français » et les cinq minutes du porte-parole de la France Libre, Maurice Schumann. Le 11 novembre 1940, les étudiants qui manifestent à l’Arc de Triomphe portent deux gaules symboliques ; en décembre, une classe d’un école de Pau est signalée comme ayant répété en chœur le slogan de la BBC « Radio Paris ment, radio Paris ment, Radio Paris est allemand » ; en janvier 1941, le journal clandestin de Paris Libération fondé par Christian Pineau s’affiche comme organe des Français Libres et dans son numéro 5 il se fait l’écho d’un appel de De Gaulle invitant les Français à manifester le 1er janvier en faisant le vide dans les rues de 15 à 16 heures : on saura que la consigne a été largement suivie en Bretagne et dans le Nord. En janvier-février 1941 se produit un phénomène étrange et généralement ignoré, l’exode massif de 5000 habitants du Pas-de-Calais qui fuient la zone interdite et viennent passer la ligne de démarcation près de Châteauroux avec des visas ou en fraude pour se réfugier en zone dite libre ; parmi eux la police rend compte au ministre de l’Intérieur que plusieurs centaines de jeunes veulent rejoindre de Gaulle. En février 1941, toujours d’après la police, une plaisanterie court dans Marseille : les tramways marseillais seraient gaullistes, car ils ont deux gaulles et quatre roues. En mars, la campagne des V lancée par la BBC a un large écho : des écoliers tracent à la craie sur les murs le signe V encadrant parfois une croix de Lorraine. Fait plus significatif, le 2 avril 1941, le gouvernement de Vichy décide qu’une série d’émissions de radio officielles clôturée par Pétain lui-même dénoncera le général félon et les crimes du gaullisme ; c’est bien la preuve qu’il ne laisse pas indifférent. Dans le même temps, toutefois, le journal clandestin du parti communiste L’Humanité stigmatise de Gaulle comme le laquais de la City, et les journaux clandestins qui apparaissent en 1941, Les Petites Ailes, Défense de la France, Combat, Franc-Tireur, Libération de zone sud, manifestent une indifférence totale à l’égard de De Gaulle et les ralliements à la France Libre sont minimes. C’est au printemps 1942 que tout change avec la rencontre entre la France Libre et les mouvements de résistance. L’artisan en est Jean Moulin. De Gaulle tient à renforcer son autorité face aux grands alliés anglais et américains en s’appuyant sur les mouvements ; eux ne peuvent se développer davantage sans appui extérieur. Le ralliement des mouvements de résistance de zone non occupée, Combat, Libération, Franc-Tireur, et du parti socialiste clandestin se fait sur la base d’un document capital, la Déclaration aux mouvements que de Gaulle leur a fait parvenir à la fin d’avril 1942. Ce ralliement est concomitant avec un basculement de l’opinion publique déjà sensible au printemps 1942 et qui va se précipiter dans les mois suivants au rythme des premières grandes défaites allemandes, puis en novembre, sous le coup de l’occupation totale de la France. Lorsque de Gaulle appelle les Français de la zone non occupée à manifester dans les rues le 14 juillet 1942, le mot d’ordre est suivi de façon voyante dans vingt-sept ville et massivement à Lyon et à Marseille. Dès lors, tous les journaux clandestins saluent de Gaulle pour leur chef, l’Humanité clandestine elle-même se réclame de la France Combattante et reprend son mot d’ordre, « La libération nationale est inséparable de l’insurrection nationale ». La conjonction France Libre-Résistance devient totale en mai 1943, toujours grâce à Jean Moulin, quand est institué le Conseil national de la Résistance. C’est désormais fort du soutien unanime des formations résistantes et d’une opinion patriote qui ne croit plus à une victoire allemande que de Gaulle peut opérer la conjonction dans la guerre de toutes les terres françaises libres et de toutes les forces françaises en constituant avec le général Giraud à Alger le 3 juin 1943 le Comité français de la libération nationale, un gouvernement d’unanimité nationale qui se proclamera le 3 juin 1944 Gouvernement Provisoire de la libération. Quand les alliés débarquent en Normandie, la grande majorité de l’opinion publique est acquise à de Gaulle. De larges zones du territoire dans le Jura, les Alpes et le Massif central sont contrôlées par des autorités résistantes qui se réclament du CFLN. Quelque semaines encore et l’insurrection nationale embrasera la France, une armée française reconstituée débarquera en Provence, la division Leclerc et les résistants parisiens libèreront Paris. Un million de Parisiens acclament de Gaulle quand il descend les Champs Élysée le 26 août 1944. Les prolongements : dus à une action exceptionnelle au service d’un dessein politique Si ces succès éclatants sont bien consécutifs à l’appel du 18 juin, il faut comprendre qu’ils n’étaient nullement acquis au lendemain de l’appel. Il a fallu pour que la prédiction du 18 juin devienne réalité l’énergie farouche de De Gaulle et l’esprit passionné qui fut celui des Français Libres et c’est l’histoire de la France Libre qu’il faut ici retracer. : « Non, vous n’êtes pas la France, vous êtes la France combattante », dira Churchill à de Gaulle en septembre 1942 . Pour prouver que la France Combattante était bien la France et que lui-même et les siens étaient en mesure d’assumer les pouvoirs de la République, de Gaulle a mené pendant quatre ans une action multiforme, militaire, diplomatique, administrative, législative et de propagande, au service d’un dessein politique poursuivi hors de France qui était de restaurer l’indépendance, la souveraineté et la grandeur françaises. Il a fait en sorte d’abord, on l’a dit, que pas un seul jour des Français soient absents des combats, c’était le sens des appels de juin 1940. Puis il s’est acharné à « faire rentrer morceau par morceau l’Empire dans la guerre ». D’un mouvement patriotique au départ, il a fait une entité politique sous l’autorité du Comité national français, un quasi gouvernement ayant son journal Officiel, de présentation identique à celui de la République française, et ses timbres frappés du monogramme RF et de la Croix de Lorraine, un gouvernement devenu l’incarnation de la légalité républicaine face au gouvernement de Vichy dont il a dénoncé le caractère inconstitutionnel. Ainsi s’est amorcée dès 1941, loin de la métropole, une reconstitution de l’Etat Il n’a pas craint de s’opposer à ses grands alliés, à Roosevelt surtout, qui croyant voir en lui un aspirant dictateur et à coup sûr un gêneur, ont tenté de le brider, puis de le briser, en lui opposant le général Giraud. Il leur a tenu tête. Il a fait du Comité d’Alger un gouvernement de guerre incontournable qui, flanqué d’une Assemblée consultative provisoire largement représentative de la nation résistante, a restauré la légalité républicaine en Afrique du nord puis méthodiquement préparé les voies du retour à la démocratie dans métropole libérée. Ce gouvernement, maître de la totalité de l’Empire colonial français sauf l’Indochine et soutenu par la Résistance intérieure, a acquis toutes les apparences de la légitimité, bien que ne pouvant avoir la sanction des urnes. Dans le même temps, il s’était imposé aux mouvements de résistance ; il a pu dire que sans lui et sans Moulin, il y aurait eu des résistances mais non la Résistance. Entre le printemps 1943 et le débarquement en Normandie, les délégués de la France Libre ont créé en France occupée, en liaison avec le Conseil de la Résistance, ce qu’on a pu appeler un Etat clandestin prêt à prendre le pouvoir sur le territoire libéré au nom du Gouvernement provisoire ; les délégués de la France Libre dans la clandestinité ont regroupé sous un même commandement toutes les formations combattantes de la résistance dans le cadre des Forces françaises de l’Intérieur. A l’appel du commandement londonien de l’Etat-major FFI, elles ont contribué vaillamment à la Libération. De Gaulle lui-même, débarquant à Bayeux le 14 juin 1944, coupe court aux velléités alliées de superviser l’administration du territoire libéré. y installe un commissaire de la République, symbole de l’autorité incontestée de son gouvernement. Après avoir affirmé, incarné, imposé pendant quatre ans la souveraineté française, il peut déclarer le 26 août 1944 à l’Hôtel de ville de Paris qu’il n’y a pas lieu de proclamer la République car elle n’a pas cessé d’exister. Au terme de tant de combats et d’épreuves, le résultat est éclatant. La France vaincue de 1940 fait en 1945 partie des puissances victorieuses. Elle est présente et signataire lors de l’acte de capitulation de l’Allemagne et du Japon, elle bénéficiera d’une zone d’occupation en Allemagne et en Autriche et d’un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies. Rien de tout cela, n’était acquis au soir du 18 juin 1940, mais tout cela en est le prolongement. Comme l’a dit Maurice Schumann, lors du concours de la Résistance de 1988, sans de Gaulle et sans le 18 juin 1940, les alliés auraient gagné la guerre, mais il n’y aurait pas eu Bir Hakeim, il n’y aurait pas eu Leclerc entrant victorieusement dans Paris, il n’y aurait pas eu LA Résistance , mais des résistances, il n’y aurait pas eu, au lieu de la France coupable et honteuse du maréchal Pétain, la France victorieuse de 1944 dont nous gardons avec fierté l’image. Il n’y aurait pas eu chaque année depuis 70 ans la commémoration du geste rebelle du 18 juin 1940 où l’on peut symboliquement reconnaître, conjointement avec le 14 juillet 1789, l’acte fondateur de notre France d’aujourd’hui.

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CONCOURS NATIONAL DE LA RÉSISTANCE ET DE LA DÉPORTATION 2009-2010


CONFÉRENCE DU 16 NOVEMBRE 2009 GRAND AMPHITHÉÂTRE DE LA SORBONNE


Joëlle Dusseau

Mme Joëlle DUSSEAU, Inspectrice Générale d’Histoire - Géographie remercie les professeurs et leurs élèves présents.

En qualité de présidente du jury national elle rappelle les raisons qui ont prévalu au choix du thème de l’année 2009-2010 : 70ème anniversaire de l’appel du 18 juin 1940 du Général De Gaulle, mais aussi l’impact de cet appel, qui, au travers de la France Libre et de la Résistance a fait passer la France du camp des vaincus à celui des vainqueurs. Elle cite ensuite les fondations et associations associées dans cette présentation, salue leurs représentants avant de présenter les témoins :
- M. Yves GUÉNA : ancien des F.F.L., ex ministre du Général de Gaulle, président de la Fondation de la France Libre.
- M. Jean-Louis CRÉMIEUX – BRILHAC acteur et historien de la France Libre
- Mme Rosette PESCHAUD
vice-présidente de la Fondation du Maréchal Leclerc
- Mme Odile de VASSELOT
engagée, ex professeur d’histoire
- M. Pierre LEFRANC président de l’Amicale des Anciens Cadets de la France Libre

Sur grand écran, sont présentées pendant leur intervention, les photos des témoins à l’époque de leur engagement.

Yves Guéna

Témoignage de M. Yves GUÉNA

Depuis 1939, l’Angleterre et la France ont déclaré la guerre à l’Allemagne qui attaque la France le 10 mai 1940 et, horreur, le 14 juin Paris est tombée : c’est la défaite la plus terrible de notre histoire et la plus honteuse. Le Maréchal Pétain qui a pris la présidence du gouvernement de la France le 16 juin, annonce aux Français dans la journée du 17, qu’il a demandé l’armistice. Le Général DE GAULLE qui avait bien combattu, à Montcornet, au mois de mai avec sa division cuirassés, qui a été un moment sous-secrétaire d’État à la guerre mais qui n’appartient plus au gouvernement Pétain, prend l’avion pour Londres où il décide d’appeler les Français à poursuivre le combat. C’est l’appel du 18 juin où il dit : « Nous avons perdu les premières épreuves de cette guerre, mais nous avons encore tout notre empire colonial et en plus un allié qui continue la guerre, c’est la Grande Bretagne qui possède la maîtrise des mers ». Donc il dit : « Continuons la guerre » et invite ceux qui pourraient le rejoindre à le faire. Il lance à la fin un superbe appel en donnant une force à un mot qui en prendra de plus en plus « Quoique qu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas ». Au début, il y a autour de lui 2 à 3000 hommes. Il faut qu’il attende que le Cameroun et l’Afrique Equatoriale se rallie à lui pour pouvoir parler sur un ton plus élevé en disant qu’il prend en mains les destinées de la France qu’il mènera dans l’honneur jusqu’à la victoire. De 1941 à 1942, les FFL continuent de se battre. A la fin de 1942 nous sommes à un tournant de la guerre ; les Américains commencent à remporter des victoires dans le Pacifique, les Russes résistent victorieusement à Stalingrad et les Américains débarquent en Afrique du Nord sans se soucier du Général de Gaulle et de ceux qui ont combattu avec lui. Le Général comprend que ce n’est pas possible dans l’intérêt de la France que les Américains traitent éventuellement avec Vichy et le Général de Gaulle se dit, je dois rallier autour de moi toute la Résistance. Il fait parachuter en France son collaborateur, Jean Moulin, qui réussira à rallier toute la Résistance en mai 1943, il y laissera sa vie. Grâce à la Résistance, aux efforts et à la gloire des Forces Françaises Libres, le Général DE GAULLE réussit à prendre la direction de tout l’empire français à Alger en 1943, et en 1944, le 6 juin il lance un appel en disant c’est la bataille de France, c’est la bataille de la France. Ce sera effectivement la bataille de la France, comme dira Eisenhower, les maquis auront représenté l’équivalent de 14 divisions, la division Leclerc a débarqué fin juillet en Normandie et a libéré Paris et Strasbourg, la 1ère DFL après avoir combattu en Italie a débarqué en Provence avec l’ensemble de la 1ère armée française et est arrivée à Rhin et Danube. Ainsi, la France a été présente à la victoire, à la signature de la capitulation de l’Allemagne, le 8 mai 1945. Grâce au Général DE GAULLE, aux FFL, à la Résistance, à tous les Déportés, à tous ceux des maquis, la France était présente à la victoire. Quant à moi, nous étions réfugiés à une vingtaine de km de Brest qui commençait à être bombardée. Le soir du 18 juin, quelqu’un vient à la maison nous dire : « Il y a à Londres un général qui appelle à le rejoindre pour continuer le combat. D’ailleurs, des troupes anglaises et françaises embarquent à Brest. N’ayant pas de moyen de transport, je me dis « je rate l’occasion de ma vie ». Le lendemain matin, je suis parti au Conquet, à 5 km, et j’ai sauté dans un bateau qui partait pour Ouessant. A Ouessant, j’ai sauté dans un bateau qui partait pour l’Angleterre et lorsque nous sommes arrivés, nous avons vu dans la presse anglaise le nom et la photo de ce général. Les jeunes qui étaient là, âgés de 17 à 20 ans ont été regroupés dans des lieux de regroupement et, à la fin du mois de juin, un officier français nous a dit : « le Général DE GAULLE a créé les Forces Françaises Libres, vous pouvez vous y engager ». Nous nous sommes engagés comme un seul homme, et regroupés à l’Olympia Hall à Londres où se tenaient les premiers engagés. Sur les quelques 80 000 soldats qui se trouvaient en Angleterre en juin 1940, seuls 2 à 3000 avaient rejoint le général De Gaulle. Le 6 juillet, le Général DE GAULLE nous a rendu visite, je le voyais pour la première fois et nous nous sommes dit : « Voilà, c’est notre chef, et pendant tout la guerre, nous n’avons pas un seul jour douté de lui. Nous l’avons beaucoup entendu en Angleterre pendant notre entraînement et ensuite sur nos radios de bord ; on savait qu’il allait prononcer un discours et on savait qu’il était toujours sur le bon chemin. J’ai fait mes classes en Angleterre, ensuite on a été envoyé en Afrique. J’ai subi mon baptême du feu à El Alamein le 23 octobre 1942 au sein de la 1ère Division Française Libre de Koenig, auprès de la 1ère Légion Étrangère dont j’avais vu les premiers ralliés le 6 juillet 1940. J’ai donc eu le bonheur de recevoir mon baptême du feu dans une bataille qui fut une victoire, puisque Rommel a battu en retraite et que nous l’avons poursuivi jusqu’en Tunisie. En Tunisie nous avons été rattachés à Leclerc qui remontait du Tchad et nous avons terminé la bataille de Tunisie victorieusement. Nous avons vu nos camarades de l’armée d’Afrique, dont certains étaient hésitants vis-à-vis de nous et ne sont pas entrés dans la bataille tout de suite, mais à la fin de la campagne de Tunisie, ce qui nous a beaucoup frappés et émus, c’est le nombre de soldats et d’officiers de l’armée d’Afrique qui sont venus vers nous en disant : « on préfère se battre dans l’armée de De GAULLE plutôt que dans celle qui était avec Vichy ». Le Général Leclerc a constitué la 2ème DB au sein de laquelle j’étais avec mon régiment, le 1er Régiment de Spahis Marocains. Nous avons quitté l’Afrique du Nord pour rejoindre l’Angleterre dans la perspective de participer à la campagne de France. Le Général DE GAULLE a réuni tous les officiers de la 2ème DB pour leur dire « Vous allez participer à la campagne de France » et quand je pensais au Général De Gaulle tout seul derrière son micro, le 18 juin, alors que là, il avait à sa disposition une quinzaine de divisions sans oublier la marine, qui allaient participer à la libération de la France, j’ai eu vraiment encore plus d’admiration pour lui. Nous avons débarqué le 31 juillet et avons été engagés contre l’armée allemande. Le parcours de la 2ème DB a été extraordinaire, puisqu’elle a contribué à la libération de Paris, libéré Strasbourg, pour terminer à Bergsten-Gaden ce qui est particulièrement significatif. Je n’ai pas fait tout le parcours puisque à l’entrée d’Alençon une balle allemande m’a terrassé dans ma tourelle, mais j’ai pu rejoindre en Alsace. J’ai été de ceux qui ont vu dans le courant du mois de mai, le Général de Gaulle qui nous avait rejoints en Bavière pour remercier ceux qui avaient combattu à ses côtés et qui a demandé aux officiers de rester dans l’armée car il y aurait beaucoup à faire pour les militaires dans le monde qui se prépare. C’est la seule fois de ma vie où je n’ai pas suivi le Général DE GAULLE, je suis rentré dans la vie civile, et j’ai retrouvé le Général en 1958.

Odile de Vasselot

Témoignage de Mme Odile de VASSELOT :

J’ai eu cette chance assez exceptionnelle d’entendre l’appel du juin et je pourrais situer les réactions des gens autour de moi. Autre particularité, je connaissais déjà ce colonel alors que beaucoup de Français se demandaient qui était ce petit général. Ce colonel était en garnison à Metz colonel du 507, régiment de chars. Mon père était également en garnison à Metz où se trouvaient 30 régiments avec plusieurs généraux dont on a parlé plus tard. J’ai passé mon bac en juin 1939, nous étions partis chez mon grand-père paternel du côté de Poitiers. Mon père qui était en vacances avec nous a été mobilisé quelques jours avant la déclaration de guerre ainsi que mon frère. Évidemment nous ne pouvions retourner à Metz et nous avons passé l’année de la drôle de guerre à Poitiers où je pouvais aller à la faculté. Ce fut une année assez calme pour nous où nous avons fêté mes 18 ans. Le 10 mai 1940, l’invasion a eu lieu, nous répétions comme tout le monde « nous allons vaincre car nous sommes les plus forts » persuadés que nous allions arrêter les Allemands en Belgique et au moins à la Meuse et à notre grande stupéfaction, les Allemands avançaient, avançaient. On suivait ça sur une carte avec consternation on avait l’impression que rien ne les arrêterait. Les Allemands sont arrivés le 14 juin à Paris. Nous sommes retournés dans la propriété de mon grand-père à proximité de Poitiers. Tous les soirs, nous entendions un communiqué de recul stratégique. Le 17 juin au soir, j’ai également entendu la voix cassée du Maréchal Pétain qui annonçait avoir demandé l’armistice dans l’honneur. Tout le monde était abattu, consterné. Le 18 juin, dans la chambre que j’occupais avec ma sœur âgée d’un de plus que moi, nous avions un poste à galène que nous avait fabriqué notre frère. C’est par hasard que je suis tombé sur une radio que je ne pouvais identifier et que j’ai entendu l’appel du général de Gaulle. Je crois même que je n’en ai entendu qu’une partie. Je n’ai pas réalisé que j’entendais un appel historique. Le plus surprenant était d’entendre quelqu’un que je connaissais parler à la radio. Descendant au salon, j’ai annoncé ce que j’avais entendu.

Mme de VASSELOT évoque alors la discussion opposant ses deux grands pères paternels et maternels quand à la position du Général de Gaulle ce qui crée une division dans la famille. Elle conclut :« Je n’ai pas eu le courage de partir ? D’ailleurs cela ne m’a pas effleuré l’esprit, pensant que les femmes ne pouvaient combattre. Je me suis engagée ensuite dans un réseau de renseignement où je convoyais des messages puis dans une filière de passage des aviateurs alliés. Mme DUSSEAU Au travers de l’histoire de cette jeune fille, Joëlle DUSSEAU souligne le fait que l’appel du 18 juin a bien été entendu par certains entraînant souvent des clivages familiaux entre ceux qui souhaitaient se réfugier sous le parapluie d’un vieux maréchal et ceux qui voulaient continuer à se battre. Ainsi, même si l’appel n’a pas été entendu, rapidement des Français se mettent à écouter Radio Londres à des heures régulières données par la BBC, aux Français, en Français, en direction de la France. D’une manière générale, il va y avoir une voix de la France, celle de Maurice Schumann en particulier, et de temps en temps, le général De Gaulle lui-même, vont appeler à des manifestations pour les grands moments de l’histoire de la France : le 14 juillet et le 11 novembre, notamment le 11 novembre 1940 où un certain nombre de jeunes parisiens ont décidé dans Paris occupée, de transformer cette journée en grande manifestation patriotique.

Pierre Lefranc

Témoignage de M. Pierre LEFRANC

Personne ne peut imaginer quel choc, quel traumatisme nous avons ressenti au moment de la chute de la France en juin 40. C’était l’anéantissement de toutes les structures qui représentaient notre nation. Comment un jeune va-t-il réagir devant ce désastre ? Le premier a été la révolte, mais comment s’y prendre, que faire ? Alors ces jeunes au fond de leur désespoir entendent une voix pour leur assurer que tout n’est pas perdu. Cette voix était totalement inconnue, aucun d’entre nous ne connaissait Charles de Gaulle qui en plus parlait de très loin, mais elle a fait comprendre qu’il y avait mieux à faire que de pleurer. Une fois que l’espoir a remplacé le désespoir, que faire face à l’armée allemande qui occupait les deux tiers de la France ? Malgré ces questions, beaucoup de jeunes se sont alors levés, n’acceptant pas la déchéance de leur pays mais aussi la déchéance de leur avenir. C’est ainsi que, touchés par des tracts polycopiés ou par le bouche à oreilles, des jeunes lycéens et étudiants décident de se réunir, le 11 novembre, sur les Champs Elysées et la tombe du soldat inconnu. Nous nous sommes retrouvés quelques milliers parmi l’occupant et les badauds sous un ciel gris de novembre. C’est là qu’a retenti la voix de la France inanimée qui a montré qu’elle n’était pas morte. Mais à l’appel de Charles de Gaulle, d’autres jeunes se sont levés eux aussi dans le monde entier. Semaine après semaine, mois après mois, de nombreux jeunes sont arrivés, souvent en éprouvant de grosses difficultés pour rejoindre l’Angleterre et s’engager. De Gaulle, surpris par ces arrivées dont la plupart n’avait pas l’âge d’être engagés a créé l’École Militaire de la France Libre. Cette école qui a accueilli tous les jeunes de 16 à 20ans a formé 5 promotions d’élèves aspirants qui ont participé par la suite à tous les combats et un sur quatre est tombé. Mais ces jeunes d’alors qui sont aujourd’hui de vieux messieurs, le jour le plus beau de leur vie, c’est celui de leur engagement, celui où ils ont su dire non à l’inacceptable. Vous jeunes ici, souvenez-vous de ça.

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Rosette Peschaud
Rosette Peschaud

Mme Rosette PESCHAUD

Après avoir montrer une photo d’une "Rochambelle" de la 2ème DB, explique l’histoire de la fondation de son groupe d’ambulancières, les diverses péripéties de sa formation, leur débarquement en Angleterre puis en France. Puis elle évoque les suites de son combat avec la 2ème DB.

Mme DUSSEAU

Remercie Jean Louis Crémieux BRILHAC d’avoir apporté une longue conclusion à ces témoignages qui par rapport à cette question délicate de l’appel du 18 juin et de son impact a rappelé qu’il y avait bien sûr un aspect militaire, qu’il y avait bien entendu un aspect diplomatique, qu’il y avait bien entendu aussi une dimension politique et de la question du rétablissement de la république et quelle république rétablir et comment. Au-delà et pour vous aujourd’hui, la question de l’appel du 18 juin soulève la question sur la légalité et la légitimité, sur la question de l’engagement, sur la question de la rébellion face à un ordre qui pourtant parait légal. Toutes ces questions sont aujourd’hui d’actualité, et dans ce concours, on ne fait pas que de l’histoire mais aussi de la réflexion civique.

Questions :des lycéens et collégiens

- Comment contacter les Résistants quand on souhaitait agir ?
- Comment les Résistants et les engagés vivaient au quotidien ?
- Comment sortir de l’état de guerre et de résistance pour retrouver une paix légale ?
- Quelle était la situation en Afrique du Nord notamment au Maroc ?
- Quelles motivations pour pencher en faveur de De Gaulle plutôt que Pétain ?

M. Yves GUENA :

Je suis incapable de répondre sur la motivation. Comme la plupart de mes camarades, j’ai répondu à une évidence. Lorsque vous apprenez que l’ennemi le 14 juin est entré à Paris et que le lendemain, il descend les Champs Élysées l’arme à la bretelle, si vous avez le sentiment d’appartenir à une nation, de faire partie d’une patrie, vous dites ce n’est pas possible et vous décidez de continuer la guerre. C’est une évidence, sinon la France n’est plus la France, la patrie n’est plus une patrie, la France n’est plus une nation.

M. Pierre LEFRANC

Je voudrais ajouter, il y a un problème d’ambiance familiale. Nous étions tous très jeunes, et la réaction de la famille devant la catastrophe était très importante dans la réaction. On pouvait avoir une famille qui vous retenait ou une famille qui vous encourageait. C’était très important au moment de l’engagement. Toutes les institutions avec lesquelles nous avions vécues avaient disparu et comme l’a dit Yves Guéna il y a un réflexe qui joue.

Au Maroc comme en France, le gros de la population était pétainiste, comme en France d’ailleurs. Les réflexes gaullistes étaient exceptionnels.

Au cours de mes pérégrinations pour passer de Lyon en Angleterre, je suis passé par le Maroc. Nous avons vu un grand portrait du général Giraud, institué par les Américains d’un titre extraordinaire : « Commandant civil et militaire d’Afrique du Nord ». Quand nous avons fait part de notre volonté d’aller en Angleterre, on nous a enfermés dans un camp à Marrakech. Par miracle, un officier de l’état major de De Gaulle est passé par là, nous en a sortis et nous avons pu regagner l’Angleterre.

Jean-Louis CREMIEUX-BRILHAC

Je voudrais faire quelques observations sur la motivation. Il faut se rendre compte que, au départ le maréchal Pétain était une figure unanimement respectée et dont personne n’imaginait qu’il ne pourrait pas être le bouclier face aux Allemands. J’étais donc à la fin des années 40 dans un camp d’officiers prisonniers en Allemagne. Une des personnalités de ce camp était le général Billotte qui allait s’évader d’Allemagne, après un parcours compliqué rejoindre le général de Gaulle, être le chef d’état major du Général de Gaulle et entrer dans Paris à la tête d’un des groupements blindés du général Leclerc. En septembre 1940, dans le camp où nous étions, le général Billotte a donné une conférence pour expliquer pourquoi, un débarquement en Angleterre était impossible. Le capitaine Billotte en s’évadant d’Allemagne, qui connaissait très bien de Gaulle et les thèses de De Gaulle, souhaitait rejoindre de Gaulle ou se mettre à la disposition de l’amiral Darlan pour résister aux Allemands. Il n’avait pas de doute sur le fait que le maréchal Pétain, l’amiral Darlan résistaient et résisteraient aux Allemands. En France même, il y a eu une maturation très lente pour se détacher de la croyance en Pétain ? Il a fallu toute une série d’accrocs, le premier étant la main dans la main, la rencontre de Montoire, lorsque le maréchal a décidé de s’engager dans la collaboration. Ca a été un choc pour l’opinion. Puis il y a eu les premières fusillades d’otages en septembre octobre 1941. Un acte qui a été déterminant pour le basculement de l’opinion française, ça a été la déclaration de Laval du 22 juin 1942 disant je souhaite la victoire de l’Allemagne et enfin, il y a eu le fait du STO, appelant les jeunes en service obligatoire pour aller servir en Allemagne. Cette institution du STO par Laval a déterminé la fuite massive des jeunes vers les maquis et un véritable retournement de l’opinion publique paysanne qui avait été favorable au maréchal Pétain. A travers cette évolution, il y a eu divers stades de l’adhésion à De Gaulle. De Gaulle représente quelque chose de respecté, même chez ceux qui restent fidèles à Pétain, il est un symbole. Mais il y a toute une série de niveaux. Le fait d’écouter la radio est une chose, mais écouter la radio dans son fauteuil ce n’est pas faire de la Résistance. Partir au maquis, c’est un acte, mais partir au maquis ne signifie pas qu’on est prêt à s’engager dans la lutte armée et de nombreux maquis ont été de simples refuges. Cette multiplicité de nuances est difficile à comprendre, mais dans le contexte d’une France qui est devenue entièrement gaulliste. Au printemps 1944, un sondage d’opinion publique clandestin a mis en évidence que 70% des foyers français qui possédaient une radio écoutaient la radio de Londres. C’est extraordinaire. Si 1 million de Français ont acclamés De Gaulle à sa descente sur les Champs Élysées, c’était je crois le sentiment unanime des Français à ce moment là, mais au terme d’une réflexion qui s’est avérée lente et longue, au terme de laquelle il n’y a guère eu plus de 3% des Français qui se sont engagés dans une résistance active. Il était important que l’opinion soit progressivement acquise car il fallait que les résistants se sentent comme des poissons dans l’eau, c’est-à-dire sûr d’être aidés par les autres, par la population et ils l’ont été. Un second point sur lequel je voudrais donner un détail, c’est le passage de l’illégalité à la légalité institutionnelle. Comment le gouvernement constitué à Alger par le Général De Gaulle, le Comité de la Libération nationale a pu prendre le pouvoir en France. Comment cette transition a-t-elle pu se faire ? Il faut se représenter que c’est un ensemble d’actes très peu connus et qui échelonnés dans les années 43/44 sont d’une intelligence politique et d’un courage remarquables. Il a fallu pour y parvenir, pour que la prise du pouvoir se fasse sans accroc, sans trop de bouleversement civil, il a fallu d’abord qu’il y ait eu un gouvernement d’union nationale à Alger, donc que toutes les forces politiques soient d’accord, ce qui a été le cas à partir de janvier 43, y compris le parti communiste, que toutes les forces politiques reconnaissent que ce serait le Général De Gaulle qui serait le chef du pouvoir exécutif à la libération. Cela était acquis quand Fernand Grenier est arrivé à Londres le 15 janvier 1943. Ensuite il a fallu constituer dans la clandestinité une délégation générale étoffée, une espèce de relais clandestin du comité national, il a fallu que dans la clandestinité, en accord avec le Conseil de la Résistance on désigne les préfets qui prendraient le pouvoir à la libération, les commissaires de la république régionaux, les secrétaires généraux qui s’installeraient dans les ministères avant que le Général de Gaulle et le gouvernement provisoire ne puisse s’installer. Il a fallu dans tous les départements de France constituer des comités de la libération qui à côté des préfets désignés ont pris le pouvoir civil et des décisions au moment de la libération. Il y a là un ensemble d’actes d’une prévision et d’une intelligence en même temps une coordination dans l’esprit national absolument exceptionnel. Des actes comme ceux là sont de première importance pour cette transition qui a valu à la France de ne pas avoir de guerre civile ni de troubles graves au moment de la libération.

Mme Joëlle DUSSEAU :

Insiste sur l’importance des propos de M. Crémieux Brilhac. Effectivement ce qui s’est passé, en accord avec Londres devenu Alger plutôt, en accord avec le Conseil National de la Résistance, préparé par un conseil général d’étude mis en place par Jean Moulin, prend place une administration parallèle, qu’il a fallu constamment réajuster, car les gens étaient arrêtés, les futurs préfets, les futurs présidents de tribunaux, les futurs maires des grandes villes de telle sorte que au fur et à mesure que l’armée de libération arrivait en France, se mettait en place comme une espèce de tapis roulant l’administration, ça a été quelque chose d’extraordinaire. Il faut quand même rappeler que jusqu’au mois d’août 1944, les Américains hésitent et se demandent s’ils ne vont pas faire de la France une administration des territoires occupés mise en place par les Américains. Il y a un combat de De Gaulle pour expliquer que tout est prêt, administré localement dès libéré et que tout est prêt pour que la République Française gouverne dès la libération, c’est un passage très court qui met en place pendant la libération de Paris des ministères avec des secrétaires généraux qui vont être remplacés par le gouvernement provisoire de la République Française. Quelque chose qui est extraordinaire qui a permis de passer à la république tout de suite, à une république complètement confortée, victorieuse signataire en temps que vainqueur de l’acte de capitulation.

La transcription des propos des intervenants a été faite par Monsieur Michel DOUARRE de l’AFMD que nous remercions vivement.