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Nous avons lu pour vous

PERSONNE NE M’AURAIT CRU, ALORS JE ME SUIS TU

de Sam BRAUN entretien avec Stéphane Guinoiseau
 


PERSONNE NE M’AURAIT CRU, ALORS JE ME SUIS TU

Sam BRAUN entretien avec Stéphane Guinoiseau

Albin Michel janvier 2008

Le 12 novembre 1943, Sam Braun et sa famille sont arrêtés à Clermont-Ferrand et déportés à Auschwitz, via le camp de Drancy. Sam a 16 ans, il reviendra seul. Ses parents et sa sœur de 10 ans 1/2 seront gazés dès le premier jour. Sam Braun a passé deux hivers à Auschwitz, il devra encore survivre à la « marche de la mort », errance infernale sur les routes d’Europe jalonnées de corps. Lorsqu’il est enfin libéré, il pèse 35kg pour 1,77m.

De retour en France, il préférera se taire, occultant son passé douloureux pour se tourner vers la vie. Jusqu’au jour où une étincelle rallume le souvenir et où il décide de raconter son histoire à ses enfants et petits enfants.

C’est ce récit d’une densité extraordinaire qu’a recueilli Stéphane Guinoiseau. Sam Braun raconte avec précision et sincérité son expérience des camps et son difficile retour à la parole, retenant le flot terrible de l’émotion pour mieux nous parler d’humanisme.

Il aura fallu 40 ans à Sam Braun pour témoigner. Une traversée du silence précieuse pour sortir d’Auschwitz et revenir à la vie. Une prise de parole vécue comme une seconde libération qui au fil du temps a forgé une certitude : la nécessité du « travail de mémoire » pour que la vie et l’espérance triomphent de la barbarie.

Son approche « pédagogique » de la Shoah est novatrice, car Sam Braun nous enseigne le pardon et non la colère ou l’oubli. Il explique que chacun possède en lui une part d’ombre qui peut, dans certaines circonstances exceptionnelles, fabriquer des bourreaux. Et – ce qui peut paraître choquant – que ces mêmes bourreaux sont aussi des êtres ordinaires comme chacun d’entre nous. Au-delà d’une magnifique leçon d’humanité, le lecteur est sous le charme de cet homme véritablement remarquable qui du haut de ses 80 ans a su redonner vie à l’enfant mutilé.

Ce livre éclairé par sa forme dialoguée m’a beaucoup ému. Au delà de ce communiqué de presse je voudrais insister sur l’extraordinaire leçon de vivre ensemble de Sam BRAUN. Voici quelques phrases au milieu de beaucoup d’autres qui me donnent envie de crier : "que tout le monde lise ce livre, c’est nécessaire" si l’on ne fait pas sien l’univers d’amour envers tous les autres que propose Sam Braun le monde de demain n’existera pas.

"Je sais au moins (dans le camp) que j’ai appris la tolérance, le respect de l’autre, la valeur de la vie, l’espérance,. J’ai appris que la vie cadeau inestimable ne dois pas être gâchée et que les êtres humains doivent tout faire pour la réussir"

A la question il a fallu combien de temps pour se libérer du sentiment de honte (d’être revenu) :Sam répond "longtemps, bien longtemps, plusieurs années...... J’étais assailli par le sentiment de culpabilité, la difficulté de m’accepter comme juif, la difficulté de vivre avec l’indifférence des autres."

Sam dit "Je ne suis ni la victime, ni le héros d’une histoire malheureuse" et j’ajoute pour terminer cette phrase de Jean-Paul Sartre qu’il cite souvent " Je ne te demande pas ce qu’on t’a fait mais ce que tu en as fait"


par Marc Fineltin