Les Marches de la Mort / La dernière Étape du Génocide nazi, été 1944-printemps 1945, de Daniel Blatman,
Fayard, Paris 2009.
Professeur d’Histoire à l’Université HébraÏque de Jérusalem, Daniel Blatman écrit une histoire qui, en dépit des très nombreux témoignages, n’avait jamais encore été écrite. L’évacuation par les nazis des camps de concentration dans les derniers mois de la seconde guerre mondiale a donné lieu au massacre de 250.000 à 300.000 détenus sur les 700.000 qui y étaient encore internés en janvier 1945.
L’immense travail du Pr. Blatman a consisté à analyser, depuis les origines mêmes du nazisme, la singularité de ces massacres massifs. Les marches de la mort s’inscrivent, nous le savions déjà, dans l’entreprise génocidaire et exterminatrice nazie. Mais elles offrent aussi un aspect singulier : un des points les plus remarquables est que la population civile allemande s’organise en communauté criminelle, jusqu’au dernier jour de la Guerre.
En ce temps là, il n’y a plus guère de distinctions faites par les bourreaux entre déportés raciaux et politiques : tous sont réduits à l’anonymat "d’ennemis du peuple allemand". Les analyses du Pr. Blatman permettront notamment de comprendre ce contre quoi luttaient les Résistants internés qui, nombreux dans les évacuations, furent assassinés dans les derniers mois et les dernières semaines de la guerre : la folie criminelle de l’entreprise nazie, dont Daniel Blatman analyse de manière synthétique et pluridimensionnelle la logique interne.
J’ajouterai que, pour moi comme pour nombre d’autres lecteurs, la rigueur historique de ce livre s’est accompagnée, à la lecture, d’une intense émotion au souvenir de la cruauté inouÏe dont ont été victimes ceux qui subirent ces marches de la mort, dont l’histoire, grâce à l’auteur, a enfin été écrite.
Jean-Claude Giabicani