Programme des cérémonies, conférences et expositions.
Ils sont organisées en coopération entre le Mémorial Leclerc - Musée Jean Moulin et l’Association Mémoire et Espoirs de la Résistance, un jeudi par mois à 12h30. " midis " au cours de laquelle un auteur présente et dédicace l’un de ses ouvrages récents.
Le " midi de l’histoire " débute à 12h30 heures, dure 1 heure 30, avec un échange avec l’auteur.
- Parallèlement à ces soirées un samedi par mois en matinée, Christine Levisse-Touzé, directrice du Mémorial Musée organise une conférence " Point de vue du Conservateur " qui commence à 10 heures et qui dure 2 heures.
Mémorial du Maréchal Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris / Musée Jean Moulin
23 allée de la 2e DB
Jardin Atlantique
75015 Paris
Tel : 01.40.64.39.44
fax : 01.43.21.28.30
Il eu lieu au Lycée Janson de Sailly le 1er décembre 2011 de 14 à 16 heures
Texte d’introduction de Madame Christine Levisse-Touzé
Christine Levisse-Touzé
Directrice du Musée du Général Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris Et du Musée Jean Moulin de la Ville de Paris
Membre du jury de l’académie de Paris et du jury national du CNRD (directeur de recherche associé à Montepellier III).
Je vous prie de m’excuser de ne pouvoir être des vôtres et remercie Jean-Pierre Levert d’être mon interprète et d’avoir bien voulu accepter de lire mon texte.
« Résister dans les camps nazis » « On présentera les différentes formes qu’a pu prendre cette résistance et les valeurs qu’en transmettent les déportés par leurs témoignages » Ce thème montre un cas extrême de résistance, celui de femmes et d’hommes auxquels les nazis ont voulu enlever non seulement la vie mais aussi la dignité en les ravalant au rang d’ « animaux humains » (Himmler) et qui ont prouvé par leur action leur indéniable humanité. En choisissant ce thème les membres du jury national ont voulu susciter l’étude et la réflexion par les collégiens et les lycéens sur des aspects moins connus. On privilégiera la voix des rescapés-déportés qui ont leur propre perception de la résistance, chaque déporté ayant une expérience unique.
En effet, il s’est trouvé dans les pires circonstances, des êtres humains pour contrecarrer les desseins les plus odieux, pour préserver l’humanité, là où le système concentrationnaire mis au point par les nazis, a voulu broyer les âmes. Dans l’historiographie française ou allemande, il n’y a pas d’ouvrage synthétique sur la résistance dans les camps. Cependant, deux études de déportés s’en approchent, Hermann Langbein, La Résistance dans les camps de concentration nationaux-socialistes (édit all en 1980) et Germaine Tillion sur Ravensbrück.
Il faut aborder cette thématique par une approche de ce que fut le monde concentrationnaire qui par sa barbarie, est un monde à part. Résister à un système de terreur clos suppose d’autres ressources, d’autres moyens et génère d’autres types de conflit internes. La résistance organisée à l’exemple du comité international à Buchenwald, à Mauthausen .. ne représente qu’une part de cette résistance.
« Le risque encouru dans ces enfers oblige à reconsidérer l’étalon de mesure et à intégrer la « résistance civile » (entraide, solidarité) dans la Résistance. Tout acte qui tend à conserver au détenu son apparence d’humanité relève de la Résistance. En font partie : .la lutte quotidienne pour maintenir sur soi et dans la baraque un minimum d’ordre et de propreté ; . l’organisation solidaire des moyens de survie, nourriture et vêtements pris dans les stocks pillés par les nazis et triés par les détenus ; . le refus du travail, le sabotage en usine (dans la plupart des camps ou des kommandos annexes des camps, ont été installées des usines de production d’armement où les déportés travaillent à soutenir l’effort de guerre nazi contre les leurs) ; . le sauvetage des détenus directement menacés soit en les cachant comme « les lapins » Polonaises soumises aux expériences médicales de Ravensbrück soit en substituant leur numéro à celui de déportés décédés ; . le sauvetage d’enfants juifs à Buchenwald évacués d’Auschwitz fin janvier 1945 (plus de 900 enfants) comme des bébés nés à Ravensbrück ; . la. diffusion d’informations à l’intérieur ou captées de l’extérieur par des postes de radio pirates et l’arrivée des nouveaux déportés qui apprennent la nouvelle du débarquement allié le 6 juin 1944 ou l’annonce de l’insurrection parisienne ; . les photographies clandestines prises (enterrées et développées après la guerre) à Auschwitz ou par des déportés comme Georges Angeli à Buchenwald qui travaillait au service photo. . la production d’œuvres artistiques, pièces de théâtre (opérette de Germaine Tillion) ou concours de poésie organisé à Buchenwald par Julien Cain, conférences et réalisation d’objets – cadeaux pour les déportés à l’occasion d’anniversaires ou de fêtes..
Ce sont des faits de résistance au même titre que les évasions individuelles ou collectives des centres de mises à mort, (à Treblinka le 2 août 1943, 200 parvinrent à s’échapper ; le 14 octobre 1943 des prisonniers de Sobibor tuèrent 11 SS et auxiliaires de police et mirent le feu au camps ; 300 s’évadèrent plus de 100 furent repris ; le 7 octobre 1944 des prisonniers affectés au Sonderkommando du four crématoire IV d’Auschwitz Birkenau se révoltèrent et les deux évasions réussies d’avril 1944 des deux slovaques d’ Auschwitz-Birkenau Rudolph Vrba et Alfred Wetzler…L’insurrection et la libération du camp de Buchenwald (11 avril 1945) par le Comité international de Buchenwald est une exception.
Ces grandes lignes sont destinées à vous permettre de cerner l’ensemble du thème. Le croisement des monographies de camp, des récits et des témoignages des déportés, montrera l’extrême variété des situations. Par exemple Résister dans un camp de concentration n’a pas le même sens que résister dans un camp d’extermination. La Résistance ne se définit pas dans l’abstrait mais dans l’interaction avec le régime de terreur. En s’interrogeant sur les raisons de la déportation, il conviendra d’analyser les situations spécifiques et le mode de Résistance, organisée ou spontanée, collective ou individuelle. La Résistance a aussi impliqué des choix dramatiques avec des conflits d’ordre moral : le système de terreur en vase clos faisait peser sur les résistants les conséquences tragiques de leur action et les risques de punitions collectives ou de dénonciations des kapos généralement des déportés de droit commun (criminels). Dans la situation de la famine, l’aide apportée aux plus faibles, diminuait nécessairement la maigre portion des aux autres.
Comme l’ a écrit l’historienne Claire Andrieu « Résister dans les camps nazis élevait le moral, contribuait à la survie, compliquait le travail des bourreaux et plaçait des grains de sable dans la machine de guerre nazie. Mais les résistants des camps n’ont pas vraiment connu le bonheur de résister dont ont parlé ceux qui résistaient au sein de leur peuple opprimé ». Enfin pour terminer sur des propos de déportés laissons la parole à Hermann Langbein (1912-1995) résistant déporté autrichien arrêté en France, « Même dans une situation limite, l’Humanité est plus forte que l’inhumanité ». ANNEXE.
Site du Musée : sur Paris.fr ou directement www.ml-leclerc-moulin.paris.fr
Pour aider les collégiens et lycéens à écrire un devoir individuel ou élaborer un dossier collectif, le Musée du général Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris-Musée Jean Moulin (Ville de Paris) propose de mettre à leur disposition et à celle de leurs enseignants :
Pour aider les collégiens et lycéens à écrire un devoir individuel ou élaborer un dossier collectif, le Musée du général Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris-Musée Jean Moulin (Ville de Paris) propose de mettre à leur disposition et à celle de leurs enseignants :
■ une bibliothèque riche (ouvrages généraux sur la déportation, mémoires de déportés..
■ archives audiovisuelles
■ interviews de déportés.
André Bessière, Front National pour la lutte et l’indépendance de la France, Convoi des déportés tatoués du 27 avril 1944 à Auschwitz, puis Flossenburg, puis Terezin..
Henry Clogenson, Maquis Bussang, convoi des Vosgiens déporté à Dachau puis Auschwitz
Madeleine Dissoubray-Odru (Jacqueline), FTP, convoi du 24 janvier 1943 à Auschwitz ,
Lucien Ducastel, résistant syndicaliste, convoi des déportés du 6 juillet 1942
Pierre Mallez, réseau Turma-Vengeance, convoi des déportés tatoués du 27 janvier 1944 à Auschwitz.
Jacqueline Marié – Fleury, réseau Mithridate et mouvement Défense de la France déportée à Ravensbrück puis dans les kommandos de Buchenwald..
Lise London, résistante communiste, Mouvement des Femmes Patriotes, déportée à Ravensbrück puis dans les kommandos de Buchenwald
Suzanne Orts, résistante Réseau Marco-Polo, déportée à Ravensbrück puis dans les kommandos de Buchenwald.
Les lundi et mercredi, le professeur mis à disposition du musée peut aider les élèves, accompagnés ou non de leurs professeurs. Prendre RV au 01 40 64 39 42 ou 44
INTERVENTION DE Francine CHRISTOPHE
On se souviendra peut-être de ce petit groupe de 80 enfants juifs, gardés en France pendant quelques temps, avec le statut d’otages non « déportables », parce qu’ils étaient de pères prisonniers de guerre. Propagande ! * « Vous voyez, nous les mettons dans des camps, puisque nous arrêtons tous les juifs, mais comme nous respectons la Convention de Genève, nous ne les déportons pas. Ce sont des otages ».
Bref, en mai et juillet 1944, les otages furent enfin déportés, par les convois 80A et 80B, en direction de Bergen-Belsen, qu’on appelait à l’époque camp de séjour. On y envoyait souvent les rebuts des autres camps, ceux qui ne pouvaient plus travailler parce qu’épuisés par les conditions concentrationnaires. Bergen était, comme l’a dit le docteur Fréjafon un « bagne sanatorium » ; dans notre humour noirâtre. « C’est la vie qu’il fallait subir. La mort, c’était la liberté », a dit Louis Martin-Chauffier
Lorsque le 14 juillet arriva, nous prîmes une grande décision : chaque femme possédant un vêtement bleu, ou blanc, ou rouge, devait le prêter aux cinq femmes de tête. Le 14 juillet 1944 au matin, un groupe d’épouses de prisonniers de guerre français, décoré de l’infamante étoile jaune, partit au travail, sur la Lagerstrastrasse au pas cadencé, le premier rang nippé de bleu-blanc-rouge, en chantant la Marseillaise.
Ce souvenir nous émeut encore, les vieux enfants que nous sommes. Nous approchions du mois d’août. Plus tard, nous ne saurions plus rien, ni le jour, ni l’heure. En 1944, nous savions encore que nous approchions du mois d’août. Le 20, c’était l’anniversaire de ma mère ; elle avait dit, sans doute au cours d’un bavardage :
« Tiens, le 20, j’aurai 37 ans. Robert les a depuis le 12 juin. » (Elle ne l’oubliait jamais).
Claude Tcherka, l’un de nos aînés, dont le père était au Xc à Lubeck avec le mien, un grand garçon sympathique et souriant déclara : « Puisqu’elle a accepté d’être chef de baraque, faisons une fête pour son anniversaire. »
Ah ! Ça alors, quelle idée, mais quelle idée !
Pas de représentations sans répétitions. Les femmes partaient, ein, zwei, drei, vier, fünf, nous commencions.
Conciliabules secrets dans les coins les plus noirs de la baraque, phrases répétées brutalement coupées par un "loss-loss, raus", vite-vite, dehors, rires silencieux brusquement interrompus par un ordre aussi guttural qu’illogique, chanson murmurée soudainement étouffée par l’appel, ou la soupe, ou le coucher.
Mais vaille que vaille, par bribes, par à-coups, nous avancions. Le plus facile était encore d’aller aux latrines : nous étions sûrs de n’y voir aucun Kapo ! Alors, là, on s’en payait des répliques !
Au milieu de « sous-hommes », (peut-on dire sous-femmes ?), pliés de douleur par la dysenterie, nous avions du génie. La mémoire revenait ; ce que l’école de la République nous enseignait dans l’effort, ce savoir universel, qui devait faire de nous, filles et garçons « l’honnête homme » fleurissait comme le muguet en mai. Personne n’aurait pu imaginer une telle éclosion en un tel lieu. Et pourtant !
Pan ! pan ! pan ! Les trois coups du théâtre de Bergen-Belsen. Lever de rideau ! Comme me le rappelle Maurice Zylberstein, le rideau était une espèce de chiffon blanc (blanc douteux) qui ressemblait à un drap, peut-être une sorte de « sac à viande » apporté de Drancy, tenu de chaque côté de la « scène » par nos mains enfantines. On le levait, on l’abaissait au début et à la fin de chaque numéro. L’illusion fut parfaite. Elles étaient là, les femmes, sales, le cheveu court, tassées, pressées, dans un coin de la baraque puante ; impatientes, puis attentives... Pan ! pan ! pan !
CHŒUR DES PROVINCES FRANÇAISES .
Oui, nous étions patriotes, magnifiquement et naïvement patriotes, élevés par des parents patriotes et reconnaissants, par des « maîtres » et des « maîtresses » dévoués, pédagogues sans connaître le mot, respectueux de l’ordre établi respecté par tous, amoureux de la Liberté qui s’arrête là où elle dérange celle de l’autre, nous enseignant l’amour et l’admiration dus à la Patrie, avec des mots simples.
A l’école, ils nous faisaient chanter la Marseillaise en nous expliquant son origine et pourquoi on n’en chantait plus qu’une petite partie.
Après on chantait ! Rares étaient les écoles qui ne présentaient pas un chant de leurs terroirs. On apprenait ces chants folkloriques grâce à la maîtresse de musique, qui passait une fois par semaine dans chaque classe avec son harmonium portatif actionné par une manivelle et porté par deux élèves. Dans les petites écoles campagnardes, à une ou deux classes de plusieurs sections, le maître ou la maîtresse devenait maître de musique.
Nous connaissions donc tous ou presque tous au moins un de ces chants :
Le p’tit quinquin
J’irai revoir ma Normandie
Allobroges vaillants
La Paimpolaise
Montagnes Pyrénées
Au pays du Berry
La Bourrée Auvergnate
C’est à Loterbach
Sont les filles de La Rochelle
En passant par la Lorraine
Je suis fier d’être Bourguignon
(avec ma bonne mémoire, je les sais tous encore) .
Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine.
Et malgré vous, nous resterons Français.
Vous avez pu germaniser le plaine
Mais notre cœur, vous ne l’aurez jamais !
Ce chant là nous faisait trembler. Les femmes qui le pouvaient reprenaient les refrains avec nous. Nous avions appelé cette fin « chœur des Provinces Françaises » ; oui, tout le monde y mit son cœur. Quitte à en pleurer après.
Alors la fête... un moment éblouissant. Là dans la baraque .sombre, entre les châlits à trois étages, avec le banc et la table (qui seraient supprimés plus tard par faute de place, suite aux arrivées massives) une vingtaine d’enfants pouilleux de trois à quinze ans vont réciter, chanter, danser, se donner la réplique, la tête dans les nuages, même si les pieds scandaient les rythmes sur la terre battue, humide et sale.
. La fête inconnue, la fête ignorée, la fête cachée, la fête en douce, la fête secrète, la fête en fraude fut une vraie résistance d’enfants, au milieu des horreurs, et avant l’enfer.
Personne ne devait savoir ce que nous concoctions, car nous risquions des brimades, des punitions, la privation de soupe, l’appel de représailles de tant d’heures debout, des coups, l’agenouillement dans les pierres, la séparation d’avec nos mères !!
La fête fut peu bruyante, sans cris, sans haussements de voix. Même quand un numéro allait tout de travers, ou qu’on en oubliait la moitié, ou que l’on se cassait la figure, ce qui arriva plusieurs fois. Mais quelle importance. Pas même un Kapo ne l’entendit, ces Kapos terribles armés du Gummi, qui faisaient ripaille le dimanche en oubliant de temps en temps d’appeler pour la soupe, ou en gardant pour eux notre pain noir, aussi noir que leurs âmes.
Nous ressentions cette fête, et je me permets de parler au nom de mes camarades, comme un réel acte de Résistance.
Nos mères avaient défilé le 14 juillet, nous avions chanté le 20 août, date inconnue, qu’importe, nous pouvions l’oublier, puisque ce jour-là, nous, les enfants, dans la pénombre du « Block » venions d’affirmer notre force. Notre force de rire, de chanter, de penser.
Intervention de Jean-Louis CREMIEUX-BRILHAC
RESISTER DANS LES CAMPS DE PRISONNIERS DE GUERRE
Résister dans les camps nazis… Faut-il compter les camps de prisonniers de guerre parmi « les camps nazis » ? A coup sûr oui, au sens strict, car ils faisaient partie de la nébuleuse concentrationnaire du régime nazi, mais ils se différenciaient par un trait fondamental des camps de déportation : ceux-ci relevaient des SS qui avaient droit de vie et de mort sur les déportés, alors que les camps de prisonniers de guerre relevaient de la Wehrmacht qui, sauf dans des cas extrêmes, respecta les conventions de Genève.
Le rapprochement est malaisé aussi car la population des deux types de camps n’est pas la même : les déportés sont des opposants, des résistants ; les prisonniers de guerre sont une fraction du peuple français de 1940 incarcérée avant toute résistance et dont seule une avant-garde s’affirmera résistante. Ma propre expérience de 1940 comme prisonnier de guerre me laisse le souvenir d’une résistance quasi inexistante en dehors de rares évasions.
Mais l’historien que je suis devenu se doit de rappeler qu’il y eut parmi les quelque 1 600 000 militaires français prisonniers et transférés outre Rhin, dont un million y sont restés cinq ans, une résistance qui ne doit pas être méconnue. Sa forme la plus voyante, mais non la seule, fut l’évasion. A partir de 1’été 1942, sa répression fut, dans les cas extrêmes, voisine de celle des déportés.
Une expérience personnelle :
Etudiant mobilisé en 1939, aspirant d’infanterie, je me retrouvai fin juin 1940 avec 4 000 autres prisonniers entre les barbelés et les miradors de l’OFLAG 2D, en Poméranie, l’un des camps d’officiers répartis à travers le Grand Reich ; d’autres camps, les Stalags, accueillaient et géraient 1 500 000 sous-officiers et soldats, affectés, sous strict contrôle militaire, à des Kommandos pour travailler, dans des usines, des mines ou des fermes.
La masse des prisonniers, écrasée par la défaite, avait salué l’armistice avec soulagement ; elle rendait grâce au maréchal Pétain qui avait empêché l’occupation totale du territoire, qui saurait faire face aux Allemands et qui redresserait le pays ; l’Allemagne était invincible, la guerre serait vite finie et chacun rentrerait chez soi.
Une première occasion de résistance se présenta le 20 juillet : les Allemands demandèrent l’état numérique des officiers de race ou de religion juive, huit jours plus tard, ils réclamaient leurs noms et huit jours plus tard, envoyaient ceux qui s’étaient déclarés dans un camp disciplinaire. Dans quelques camps, le colonel porte-parole des officiers avait déclaré qu’il n’y avait pas d’officiers juifs dans le camp. C’était bien un acte de résistance. Ce ne fut pas le cas dans mon l’Oflag.
De ce premier été, je ne me rappelle que trois gestes d’insoumission : fin août, le capitaine Billotte, officier de chars breveté d’état-major décoré de la Légion d’honneur sur le champ de bataille, explique au cours d’une conférence intitulée « la pêche en haute mer » pourquoi un débarquement de vive force en Angleterre est impossible ; un prisonnier de ma baraque fait une chansonnette ridiculisant Hitler, ce qui à partir de 1942 lui eût valu l’envoi en camp de représailles, et un aspirant tente sans succès une évasion.
En septembre, voyant que l’Angleterre tient bon, je décide de m’évader. Vichy venait de préciser que les aspirants n’étaient pas des officiers, je me retrouve au Stalag 2B, qui gère 25 000 prisonniers français, belges et danois. Ma connaissance de l’allemand me vaut d’être affecté aux écritures à la Kartei, le centre administratif du camp. Je m’enquiers prudemment de candidats à l’évasion. Sur les 300 aspirants, regroupés dans un même hangar, j’en découvre quatre ; trois forment déjà équipe ; on me dit qu’un quatrième, un élève ingénieur, sait comment s’accrocher sous un wagon de chemin de fer. Nous nous associons.
Les préparatifs nous demandent trois mois. Comment dans un camp militaire trouver ou confectionner des vêtements d’apparence à peu près civile ? Où nous diriger ? Nous prévoyons de traverser l’Allemagne en train, mais dans quelle direction ? Franchir le Rhin à la nage est impossible en hiver, pour rallier la France, il faut passer par la Rhénanie et la Belgique, soit 1200 km et plusieurs frontières. La Lituanie que les Soviétiques viennent d’occuper est à 425 km, nous irons vers l’Est.
Mais comment sortir du camp ? Des prisonniers polonais dont quelques uns n’ont plus d’uniforme vont chaque jour travailler en ville. Ils sont porteurs d’un brassard timbré de l’aigle allemand et d’un laisser-passer. A la Kartei, les secrétaires français et polonais forment un groupe complice. Nous volons des brassards dans un bureau ; un camarade dessinateur nous fabrique de faux laisser passer signés du commandant du camp et timbrés de l’aigle à croix gammée. L’autre équipe part le soir du Noël. Elle est reprise. Le samedi 4 janvier 1941, mon camarade et moi, en civil, brassard au bras, une petite valise à la main, nous présentons aux deux contrôles successifs d’accès au camp, nous montrons nos laisser passer. Emotion. Nous passons.
Direction la gare. Pour éviter les rapides, sûrement plus contrôlés, nous prenons ds trains locaux. Ils sont archi pleins. Les escales dans les salles d’attente des gares. Bien des alertes, le cœur battant. Beaucoup de chance. Nous passons le dimanche à Koenigsberg. Il fait -15°, les bateaux sont pris dans la glace du port : nous nous réfugions pour la matinée dans un temple protestant, l’après-midi dans un cinéma. A 19 heures, à nouveau le train pour traverser la Prusse orientale. Il est plein de soldats qui rentrent de permission.
A une gare proche de la frontière, nous gagnons la campagne. La nuit est sans lune. Nous enfilons des bas sur nos chaussures pour ne pas glisser sans cesse sur la glace et nous fonçons vers l’est, boussole en main. La marche est pénible sur un sol labouré dur comme pierre L’alerte est donnée, mais les gardes-frontière ne lâchent pas leurs chiens. Nous franchissons plusieurs réseaux de barbelés dont l’un planté sur la glace d’une petite rivière. Nos vêtements sont en loques. Nous marchons dix heures dans le no man’s land. Nous évitons deux fois des patrouilles. A l’aube, nous entrons dans un cimetière de campagne. Les noms n’y sont plus en allemand. Nous sommes libres. Nous nous embrassons.
Nous n’avions pas imaginé que, sortant du monde concentrationnaire allemand, nous entrions pour huit mois dans l’antichambre du Goulag. Arrêtés par des soldats rouges, nous sommes inculpés de passage illégal de la frontière punissable de 4 ans de camp ou de prison et suspectés d’espionnage, nous allons de prison en prison, Kaunas dans des conditions affreuses, train cellulaire pour Moscou, un placard sans fenêtres à la prison Loubianka, enfin, après deux mois, un espoir : les Russes reconnaissent qu’il y a un cas des évadés français.
Ils sont maintenant 70, enfuis de fermes de Prusse Orientale ou de Pologne. Sans que cessent les soupçons, on nous regroupe à la prison Boutyrka de Moscou, où je dirige une grève de la faim, on nous nourrit de force par le nez, puis au monastère de Kozielsk où ont séjourné avant nous 2 500 des officiers polonais massacrés à Katyn. Nous y creusons un tunnel d’évasion bientôt découvert. Le 22 juin, quand Hitler attaque l’Union Soviétique, nous sommes 218 dont 5 aspirants venus de notre camp et 6 officiers de l’OFLAG 2D ; parmi eux, le capitaine Billotte, un des futurs libérateurs de Paris et le lieutenant de Boissieu, futur gendre du général de Gaulle ; ils ont su que nous avions réussi, ils ont pris le même itinéraire. 186 d’entre nous se portent volontaires pour rallier de Gaulle. l’aventure individuelle est devenue collective.
Le 30 août 1941, sans avoir été libres un seul jour et après été transférés de camp en camp en wagons cadenassés dans l’immense pagaille de la Russie envahie, nous sommes livrés à un convoi britannique au milieu de la mer Blanche, au nord d’Arkhangelsk. Le 9 septembre, c’est l’Angleterre, nous devenons des soldats des Forces Françaises Libres. Une vingtaine d’entre nous reviendront en vainqueurs en Allemagne. Vingt-cinq tomberont au combat. Sur les douze volontaires parachutés en France, deux seront fusillés, deux déportés.. J’ai raconté dans un livre l’extraordinaire somme d’énergie, d’endurance, de persévérance, de flair aussi qu’avaient mobilisée certaines de leurs évasions, tels cultivateurs, ou encore un camionneur de 20 ans, brisant les barreaux de la ferme où ils travaillaient, marchant de nuit parfois deux, voire trois semaines en uniforme, sans savoir l’allemand, sans carte, sans boussole, bientôt sans vivres, dormant à même le sol le jour dans des fourrés, se nourrissant de pommes de terre déterrées, de fruits volés, arrivant titubant à la frontière, l’un d’eux étranglant un garde frontière allemand au passage. A l’Oflag 2D, au printemps 41, par deux fois des tunnels d’évasion avaient été creusés sous le plancher d’une baraque, les complices se relayant pour ramper dans le sable qui s’éboulait sans cesse, qu’ils devaient étayer de planches et dont ils devaient cacher les déblais ; les deux tunnels furent découverts par les Allemands qui jetèrent dans l’un une grenade, tuant l’officier qui s’y trouvait.
La plus brillante évasion du printemps 1941 est celle du lieutenant et futur général d’armée Leray, gendre de François Mauriac, alpiniste éprouvé. Une première évasion manquée de notre Oflag lui vaut la réclusion dans le château-fort à triple enceinte de Colditz, près de Leipzig, d’où nul n’est censé pouvoir s’échapper. Pendant que ses camarades simulent une bagarre pour détourner l’attention des gardiens, il escalade les pierres légèrement disjointes du premier mur d’enceinte de plus de trois mètres de haut, passe les deux autres poternes et parvient hors du village en volant au passage un manteau ; il atteint par le train la frontière très gardée ; il la franchit en se couchant dissimulé dans son manteau noir, sur l’avant d’une locomotive qui passe en Suisse.
L’évasion, phénomène de grande ampleur
L’image du prisonnier de guerre affecté à une ferme, progressivement admis à partager le repas des fermiers et bénéficiant même des faveurs de la patronne n’est pas fausse. Elle ne répond que très partiellement -très minoritairement- à la réalité vécue ; l’accommodation des prisonniers à leur état s’est d’autre part progressivement érodé à mesure que passait le temps.. Dans l’été 1942, la victoire allemande devient douteuse tandis que la captivité s’éternise : les tentatives d’évasion se multiplient ; en 1943, elles sont deux fois plus nombreuses qu’en 1942. Des comités d’évasion se constituent dans un bon nombre d’OFLAGS ; quelques filières informelles d’évasion s’improvisent même à travers le Reich grâce au relais de travailleurs du STO.
Le secrétariat l‘Etat aux Anciens Combattants chiffre à 71 000 le nombre total des évasions réussies, soit 4,5% de l’effectif maximum des 1 560 000 prisonniers outre-Rhin de 1940. C’est relativement peu. Mais le taux de réussite est de 4, ou au maximum de 5%, ce qui implique 350 000 tentatives d’évasion. Dans l’été 1943, le grand état-major allemand estime qu’il y a journellement 10 000 prisonniers de guerre en mouvement à travers l’Allemagne. C’est beaucoup.
La plupart se dirigent vers la France, éventuellement par la Suisse. Quelques dizaines réussissent à atteindre la Suède en se cachant, grâce à la complicité d’équipages, dans les soutes de bateaux suédois amarrés dans les ports de la Baltique. 1200 évadés passent en Hongrie, où ils bénéficient un temps de la neutralité du pays. Si la plupart des évadés qui atteignent la France n’ont d’autre désir que reprendre le cours d’une vie normale, certains, qui avaient été des activistes dans leur camp, s’engagent dans la Résistance. Michel Caillau, neveu de De Gaulle, et animateur de la Résistance à Fallingbostel, rentré en France fin 41, crèe un premier Mouvement de résistance des prisonniers évadés ; de même François Mitterrand, évadé d’une ferme en décembre 41. Le communiste Robert Paumier, évadé de son Stalag, crée un troisième organisation avant de devenir l’un des chefs FTP de Bretagne. Le lieutenant Le Ray, évadé, je l’ai dit, de Colditz, sera l’un des chef du Vercors, puis commandant des FFI de l’Isère. Le lieutenant André Rondenay, qui, après plusieurs tentatives manquées, s’est évadé le 26 décembre 1942 par la porte du camp de représailles de Lübeck, il a gagné dans des circonstances incroyables la France, puis rejoint l’Angleterre par l’Espagne et le Portugal est parachuté, il devient délégué militaire de la région de Paris, et animateur des sabotages de la zone nord, il sera arrêté et fusillé quelques jours avant la libération de Paris. Les évadés communistes deviennent en grande partie des résistants.
Colditz, Lübeck et le bagne de Rawa Rouska.
A partir de 1942, la Wehrmacht doit multiplier les contrôles, renforcer les postes de garde et la surveillance aux frontières et va juqu’à mobiliser pour ce faire des Allemands âgés. La répression se durcit. Déjà des officiers récidivistes de l’évasion ou catalogués « hostiles à l’Allemagne » (deutschfeindlich) ont été reclus au château fort de Colditz où les 500 détenus, soumis à une discipline de fer, sont surveillés jour et nuit par des gardiens armés prêts à tirer. Le 28 mai 1942, les Français classés deutschfeindlich sont envoyés dans un camp très dur, l’OFLAG XC de Lübeck ; 200 officiers de Colditz récidivistes de l’évasion les y rejoignent en juillet 1943. Fin 44, le camp héberge plus de 1300 Français. Une intense activité politique clandestine s’y organise ; 20 tunnels d’évasion sont creusés dans les sables. 11 évadés de Lübeck, repris entre janvier et mai 1944 sont envoyés à Mauthausen où 3 sont pendus.
Entre temps, le 22 mars 1942, le commandement suprême de la Wehrmacht a ordonné le transfert au camp de Rawa-Rouska en Pologne, aux confins de l’Ukraine, de tous les prisonniers de guerre français et belges évadés et repris depuis le 1er avril 192 ou particulièrement soupçonnés de vouloir s’évader, ainsi que de sous-officiers qui refusent de travailler pour le Reich. 24 000 prisonniers de guerre Français et Belges sont ainsi déportés. Rawa Rouska est dans une zone dite « Judenkreis » placée sous le contrôle non de la Wehrmacht, mais du Reichssicherheitshauptamt, 700 000 juifs ont été exterminés dans cette zone. Au camp même de Rawa Rouska, .12 000 prisonniers soviétiques ont été précédemment massacrés. Rawa Rouska et surtout certains de ses Kommandos sont, en violation des conventions de Genève, l’équivalent de camps de concentration. Il n’y a dès lors guère de différence entre la résistance des déportés de France dans les camps de concentration nazis et le résistance des PDG de Rawa Rouska..1200 calories par jour, des jours parfois sans pain, un litre à un litre et demi d’eau non filtrée par homme pour sa toilette et sa boisson. La Croix Rouge qui apprend après six mois l’existence du camp y envoie deux missions. Ses rapports accablants seront cités à Nuremberg : des prisonniers souvent en loques, dépourvus de vêtements chauds, en « claquettes » de bois pour qu’ils ne tentent pas de s’évader, parfois soumis aux coups, ou contraints de rester une nuit debout dans la neige et de repartir au travail le matin. La mortalité est forte. Un comité de résistance s’y constitue pourtant, qu’anime un futur professeur à la Sorbonne, Durandin. Une résistance ouverte a lieu dans une annexe du camp en décembre 1943 ; elle est brisée dans le sang. Le moral reste très bon. Patriotisme et solidarité : « On serre les coudes : camaraderies d’hommes sui ont souffert, qui ont le même courage, le même idéal ». Plusieurs Français réussissent à s’évader, l’un traverse à pied la Slovaquie et atteint la Hongrie où il est caché par des patriotes antifascistes, plusieurs autres rejoignent les partisans slovaques.
La répression envers les évadés dans les camps de prisonniers culmine également avec ce que les Britanniques appellent « La Grande évasion » et qui a donné lieu à un beau film. Les aviateurs anglais prisonniers au camp de Sagan, à 150 kilomètres au Sud-Est de Berlin organisent le 24/25 mars 1944 une évasion de masse simultanée par 3 tunnels longs de 110 mètres qu’ils ont creusés à 10 mètres de profondeur. Sur 76 évadés, 73 sont repris, dont certains ont atteint Mulhouse et Sarrebruck. Trois seulement parviendront en Angleterre. Hitler ordonne que 50 des évadés repris soient fusillés.
Les sous-officiers réfractaires
L’évasion n’est pas la seule forme de résistance des prisonniers de guerre. Une deuxième est leur attitude devant le travail. Les sabotages repérés par les Allemands sont rares, mais le mauvais vouloir, l’inertie, la résistance passive, voire le freinage de la production deviennent patents à partir de 1943, non pas dans les fermes, mais notamment parmi les prisonniers qui sont affectés en nombre croissant à des entreprises travaillant pour la Wehrmacht où ils sont soumis non seulement à la discipline militaire, mais au contrôle de la police et même de la Gestapo. Des industriels déplorent l’effet « démobilisateur » que leur nonchalance peut avoir sur les ouvriers allemands. Certes ces comportements souvent sanctionnés n’ont pas d’effets vraiment sensibles sur la production de guerre.
Mais dans les camps eux-mêmes s’affirme un refus de travail totalement oublié aujourd’hui, qui vient d’une fraction des sous-officiers. La Convention de Genève stipule que « les sous-officiers prisonniers ne pourront être astreints qu’à des travaux de surveillance, à moins qu’ils ne fassent la demande expresse d’une occupation rémunérée ». Cette clause n’est connue des prisonniers qu’à partir de février 1941. Un bon nombre de sous-officiers, impossible à chiffrer, refusent le travail, se considérant comme tenus par leur devoir de soldats. Ils sont rassemblés dans leur Stalag, strictement isolés, soumis aux pires brimades, astreints aux besognes les plus avilissantes des camps, contraints à des garde-à-vous interminables par tous les temps dans la cour du camp ou à de longues séances de « pelote », des heures de marche tour à tour au pas de l’oie, en station courbée ou accroupie avec une charge de 35 kilos sur le dos ; ils se voient en même temps offrir des contrats rémunérateurs que la mission Scapini les encourage, au nom du gouvernement de Vichy, à accepter. Une minorité s’obstine. Au printemps 1942, la menace de déportation dans l’est s’ajoute aux. menaces habituelles. Effectivement, sur un effectif total de 150 000 sous-officiers prisonniers en 1940, 5 900 réfractaires au travail sont transférés et internés au camp de Kobyerzin, à 3 km. de Cracovie. Rien de commun, certes, avec les camps voisins d’Auschwitz ; les conditions sont affreuses, mais les officiers restent sous la dépendance de la Wehrmacht. Ils persistent dans leur refus. Evacués à l’approche des troupes soviétiques vers d’autres camps disciplinaires, ils restent jusqu’au bout des réfractaires.
Indépendamment des évasions et du refus des sous-officiers, une véritable résistance se manifeste à partir de 1943 dans certains camps de prisonniers. Dans plusieurs Stalags se structurent des groupes d’opposition, parfois d’inspiration communiste, qui, occupant les postes de secrétariat à la Kartei, transforment celle-ci en officine de faux papiers, font des dossiers pour une réforme sanitaire ou un rapatriement pour soutien de famille et prônent le freinage dans le travail. Dans les Oflags, on parvient souvent à écouter en secret la BBC, un journal parlé clandestin en diffuse les nouvelles, une petite minorité d’opposants devient agissante ; dans deux Oflags, des loges maçonniques se reconstituent. En octobre 1943, deux officiers deutschfeindlich sont arrêtés et condamnés à mort par le tribunal de Torgau, peine commuée en travaux forcés à perpétuité. A l’Oflag 17A, les opposants entrent en liaison avec la Résistance française et la résistance autrichienne ; en décembre 1944, 13 officiers sont arrêtés après la découverte par les Allemands de documents clandestins dans une baraque.
Au printemps 1945, dans plusieurs camps de l’Est, des groupes d’officiers s’échappent à l’approche des forces soviétiques. C’est le cas du lieutenant Fournier-Foch, petit-fils du Maréchal, qui rejoint les troupes soviétiques, remporte un brillant succès à la tête d’une compagnie de chars, ce qui lui vaut d’être promu lieutenant-colonel de l’Armée rouge et décoré par le maréchal Joukov.
Parmi les 1200 évadés en Hongrie, 195 sont repassés clandestinement en Slovaquie lorsqu’en août 1944 le pays a été occupé par la Wehrmacht et se sont joints aux maquis slovaques. Ils forment en 1945 une unité française qui combattant en liaison avec l’Armée rouge sous le commandement de deux officiers évadés.
La résistance des prisonniers de guerre, très inégale et si remarquable qu’aient été certaines de ses formes, ne se situe donc pas sur le même plan que celle des déportés, sauf dans les cas extrêmes des bagnes de Rawa Rouska ou Kobyerzin. Elle est restée dans l’ensemble sous la coupe d’une logique militaire brutale mais exempte de la volonté de déshumanisation et du constant arbitraire qui mettaient en jeu la vie et la mort. Elle est cependant sous-estimée ; le passage des années, la mise en évidence de la Shoah font qu’elle a été progressivement oubliée. Or, elle a exigé prises de risque et courage de la part de dizaines de milliers d’hommes et été vouée parfois à la prise répression. Elle a une place dans la rubrique de « la résistance dans les camps nazis », ne serait-ce que pour éclairer comme en contre-point ce qu’a pu être la résistance des déportés dans les camps de concentration.
SOURCE PRINCIPALE : Yves DURAND, Prisonniers de guerre dans les Stalags, les Oflags et les Kommandos, 1940-1945, Hachette, 1994.
Intervention de François PERROT
Comment taire l’émotion de se retrouver à Janson après une si lointaine scolarité. Il s’agit de délivrer des informations vécues aux lycéens d’aujourd’hui en vue de les aider éventuellement à préparer le thème du CNRD à savoir : la résistance dans les camps nazis.
Mais, pour commencer, je voudrais vous dire les motivations qui ont fait de moi un résistant, car il y a un commencement à tout.
Pour moi, donc, il y a eu trois motivations principales :
Tout d’abord, le fait que j’ai grandi dans le souvenir de la participation de mon père et de mes trois oncles à la « Grande Guerre » et que je me suis placé d’emblée dans cette tradition en voulant m’engager dans l’armée dès la déclaration de guerre.
Évidemment j’ai reçu de mon père la réponse suivante : « Passe d’abord ton bac. On verra après ! » On obéissait à son père à l’époque d’autant plus qu’on n’était majeur qu’à 21 ans !
Ensuite, Janson a joué un rôle dans cette vocation, ou, plus exactement Monsieur Denis, professeur d’allemand, qui ne se contentait pas de nous enseigner Goethe, Schiller, Heine, Storm et quelques autres, mais qui nous parlait de l’Allemagne contemporaine, de l’Allemagne nazie, d’Adolf Hitler.
Je me souviens encore d’une phrase de Mein Kampf qui m’avait beaucoup frappé : « Der unerbittliche Todfeind Deutschlands ist und bleibt Frankreich ». « L’ennemi mortel et impitoyable de l’Allemagne est et demeure la France ».
Enfin, il se trouve que j’ai eu le privilège d’entendre l’appel du 18 juin du Général de Gaulle.
Dans un tel contexte, comment ne pas être résistant ?
Après ces prémisses, passons aux conséquences !
Les conséquences, se furent une première arrestation en mars 1941 à Marseille par la police française alors que je tentais avec quelques camarades de rejoindre les FFL. Puis, une deuxième arrestation en mars 1943 à Paris par la Gestapo pour ma participation à la Résistance étudiante. Ensuite, ce fut l’enchainement classique des événements ! La prison de Fresnes, le camp de Compiègne-Royallieu, puis un long séjour à Buchenwald, suivi de deux évacuations, que l’on a appelé les Marches de la mort en direction du camp de Flossenbürg.
Le décor étant planté, nous pouvons passer au sujet ! La résistance dans les camps, comme en France, était multiforme et, bien entendu, de nature très différente compte tenu des caractéristiques de l’univers concentrationnaire. Elle pouvait être active (sabotage, radio, solidarité….) ou passive (morale, spirituelle….)
En ce qui me concerne, j’ai été affecté au Kommando de Berlstedt qui consistait en une carrière d’argile (ou glaisière) et une briqueterie de la DEST. A cette briqueterie, était annexé un atelier de céramique. Après une année très dure passée à la carrière, où il était évidemment impossible de saboter quoi que ce soit, tant nous étions surveillés par les Kapos, j’ai été affecté à l’atelier de céramique où étaient fabriqués des vases pour les femmes des dignitaires nazis, des urnes funéraires et des candélabres S.S. Si j’en avais le temps, je vous raconterais l’étonnante histoire de ces candélabres ! Nous ne travaillons donc pas pour l’effort de guerre, ce qui nous convenait parfaitement.
Cela ne nous empêchait pas de saboter de temps en temps…pour le plaisir ! Mais, le souvenir majeur c’était la résistance spirituelle grâce à un réseau catholique polonais, clandestin bien entendu. Un détenu polonais, Jerzy Langman, nous approvisionnait, je ne sais par quel miracle, en hosties consacrées. Je vous laisse imaginer le réconfort apporté dans cette ambiance infernale ! Où toute manifestation religieuse était passible de mort. Cela aidait à « tenir le coup », ce qui constituait une forme de résistance.