Nous avons lu pour vous   |   Bulletins   |   Manifestations   |   DVD

Nos manifestations

Programme des cérémonies, conférences et expositions.

> Prochaines manifestations
> Archives des manifestations

Soirées Auteur

Elles sont organisées en coopération entre le Mémorial Leclerc - Musée Jean Moulin et l’Association Mémoire et Espoirs de la Résistance, un jeudi par mois. « Soirée » au cours de laquelle un historien présente et dédicace l’un de ses ouvrages récents. La « Soirée Auteur » débute à 17 heures, dure 1 heure 30, avec un échange avec l’auteur.

Parallèlement à ces soirées un samedi par mois en matinée, Christine Levisse-Touzé, directrice du Mémorial Musée organise une conférence « Point de vue du Conservateur » qui commence à 10 heures et qui dure 2 heures.

Mémorial du Maréchal Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris / Musée Jean Moulin
23 allée de la 2e DB
Jardin Atlantique
75015 Paris
Tel : 01.40.64.39.44
fax : 01.43.21.28.30

Manifestations

"La Résistance familiale au quotidien"

Compte-rendu de ce colloque du Jeudi 21 février, à l’occasion de la journée internationale des femmes et sous le parrainage du Maire de Paris, le Mémorial du Maréchal Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris-Musée Jean Moulin organisait avec Mémoire et Espoirs de la Résistance, le Musée de l’Ordre de la Libération et le Musée de la Résistance nationale de Champigny-sur-Marne, un colloque sur le thème de la « Résistance familiale et quotidienne ». Tout au long de la journée, six témoins et cinq historiens au travers de leur témoignage, de leur parcours et de leur récit ont démontré comment, après le traumatisme de la défaite de 1940, les premiers actes de Résistance furent précoces tant dans les villes que dans les campagnes. Cette première Résistance qui n’avait pas d’arme – sauf celle de l’esprit et de la volonté – impliquait une société qui était celle de la famille dans sa quotidienneté ; d’où le rôle joué par les femmes et les jeunes qui fut primordiale. C’est à partir de ce noyau familial, comme l’ont décrit les témoins présents – Rachel Jaëgle, enfant caché, Michèle Agniel du réseau d’évasion Bourgogne, André Fournier, jeune carabin, Angilbert de Franssu, jeune exploitant agricole, Robert Pelletier, Résistant lycéen, Raymond Aubrac, le symbole même du Résistant, Christine Levisse-Touze rapportant le visage inconnu d’une famille de gardien de l’Hôtel des Invalides, Frédérique Neau-Duffour racontant Geneviève de Gaulle, Joëlle Boyer évoquant le réseau Marcel, Marie-Claire Dumas pour qui le poète Robert Desnos voulait vivre libre « parmi les personnes masquées », et Jean-Pierre Levert faisant revivre la Résistance au quotidien des parents et élèves d’un lycée de Paris pendant l’occupation – que sont venues se greffer des complicités de tous ordres et que sont nées en grande partie les chaînes de solidarité qui tout au long de l’occupation sauveront les pourchassés par l’occupant.

Au cours de son exposé Jean-Pierre Levert a montré des originaux de dessins fait entre 1942 et 1944 par des élèves de l’école de la rue Miollis (Paris 15°). Merveilleux et touchants dessins qui retracent les années d’occupation : les privations, les uniformes vert de gris, la Libération…..etc. (des photos de ces dessins sont sur le site de MER rubrique "Galerie Photos").

Jean Novosseloff

Dr. André FOURNIER

Nous étions un groupe d’étudiants en médecine et de Saint-Cyriens engagés dans la Résistance, d’abord à Défense de la France, puis unis en été 1942 dans « Ceux de la Résistance » avec le désir de constituer un « mouvement » autonome capable de s’organiser et créer un service de renseignement militaire, puis ultérieurement au moment du débarquements, des troupes d’action et de sabotages. Le chef en était Louis Pascano, étudiant en médecine, ayant déjà travaillé avecc D.F. depuis 1941, puis Pebeyre, chargé du renseignement en Bretagne, enfin moi-même, étudiant en médecine également auxquels s’allièrent en automne 1942, Paul Guilhamon revenu récemment d’Aix-en-Provence où se trouvait l’Ecole de préparation militaire de St Cyr avec un autre militaire, Jean Vivier. Ayant recruté en cette année 1942, des amis, parents, camarades, nous avons progressivement étoffé notre « mouvement » divisé en zones d’activités, dont la Seine et Oise Nord et ouest, la Seine et Marne, Paris, la Normandie et la Bretagne, avec des responsables locaux : le commandant de l’Armée secrète Robert Decamps pour la S et O, Camille Monel pour l’Oise, Maurice Toutant pour la S et M Guilhamon et Vivier ayant déjà des hommes l’un dans le Jura, l’autre en Normandie, et ont à leur charge les liaisons, Pebeyre toujours au renseignement Bretagne. Notre PC est le domicile de nos amis René et Alain Marguerite, avenue d’Orléans. Pascano a déjà recruté un groupe de Gardes républicains de la caserne Tournon (Paris) puis il rencontre un cheminot Clément Prudhon qui aura la charge du renseignement SNCF et ultérieurement des sabotages de chemins de fer. Après nos arrestations, celui-ci dirigera ce qui sera alors le réseau Libre-Patrie en attendant que Pascano, évadé, puisse revenir. Au début de l’année 1943, se constituera le réseau sous le nom précité, il est autonome et trouve en Pierre KAAN dit « Biran », Secrétaire du CNR, notre correspondant avec Londres, à qui désormais sont livrés nos renseignements. Auparavant, ils l’étaient par l’intermédiaire du réseau « Ceux de la Résistance ».

Ma famille et moi-même sommes membres à divers titres, puisque je suis l’adjoint de Pascano et que Camille Monel chef de notre secteur « Oise » est le seconde mari de ma mère, qui fait aussi bien entendu partie du réseau. Maurice Toutant est un camarade d’enfance.

Notre activité se trouve à cette époque de printemps 1943, obligée de tenir compte et d’ajouter à son programme l’aide aux jeunes réfractaires du STO que nous sommes nous-mêmes. Elle le fait d’abord pour les étudiants parisiens le plus souvent en fabriquant de fausses pièces de documents médicaux (en ajoutant par exemple sur des radios aux images pulmonaires suspectes ou cicatricielles des analyses d’expectorations positives en BK), elle le fait un peu plus tard en trouvant un moyen d’obtenir des cartes d’identités officielles vierges mais signées sur lesquelles il suffit de mettre un nom et une photo.

Pour ma part, outre ces activités, je recherche un passage vers l’Espagne par les Pyrénées, car certains et peut-être nous-même pourrions essayer de rejoindre l’Armée de la France Combattante. Je le trouve mais il est vite repéré et ne servira pas longtemps. Par contre, nous faisons connaissance d’un camarade d’un réseau d’évasion (ce réseau est-il anglais ? américain ? français ?) nous ne voulons pas le savoir mais nous retenons que nous pourrions avoir besoin de lui.

Ce sont ces activités là qui nous feront tomber dans les griffes de la Gestapo plus tard en septembre et octobre 1943.

En effet, trahis par des agents doubles, nous sommes repérés par les services allemands, à partir de septembre 1943. Pacano, se rendant à un rendez-vous avec un de ces agents et arrêté le 20 septembre, Vivier presque en même temps, Guilhamon échappe de peu. Mais quelques jours auparavant, j’avais accepté de m’occuper d’une autre affaire d’évasion. Notre fidèle et efficace agent, le commandant Decamps de l’Armée secrète, domicilié à Saint-Leu la Forêt (près de la forêt de Montmorency), m’a demandé si nous pourrions héberger des aviateurs américains tombés dans une mission au-dessus du Bourget, abattus par la DCA allemande et recueillis par plusieurs braves gens de la région déjà ou non résistants et réunis chez la famille Delcourt de St Leu. Maurice Delcourt est entrepreneur forestier et se propose de les transporter. J’avais accepté et alerté les membres locaux de notre réseau à Méru dont notre boucher, Monsieur Poulain, qu livrait dans toute la région. Après bien des difficultés, nous convînmes d’un lieu et d’une date pour le transport. Je me trouve alors seul à la tête du réseau, les autres étant arrêtés ou en fuite, il y a une dizaine d’américains à héberger, les volontaires du lieu choisi pour l’hébergement, le « moulin de Pouilly » ne peuvent en prendre que huit, deux devront rester à Méru.

Enfin, fin septembre, le transport a lieu, mais la nécessité de laisser deux hommes en ville oblige à traverser celle-ci. Le convoi se trouve arrêté par les Allemands et s’en tire sans dommage grâce au sang-froid et la connaissance de l’allemand de Delcourt. Finalement, tout le monde arrive à bon port .

La Gestapo est sur nos traces pour une autre affaire, celle des cartes d’identité pour les réfractaires. Un des agents double ou les deux ont peut-être été repérés à Méru. Je cherche à persuader Camille Monel de fuir, mais il ne veut rien savoir tant que cette menace n’est pas confirmée. Nous n’avons pas le temps, le 12 octobre, il est arrêté. Je suis alors à Paris au PC de l’avenue d’Orléans, le 14, c’est mon tour.

Les Américains ne seront pas inquiétés, ni leurs hôtels, malgré l’arrestation plus tard de Poulain. Cette affaire fait évidemment beaucoup de bruit dans la petite ville ; c’est la version des faits qui prévaudra dans leurs commentaires ultérieurs quand les langues se délieront. En fait ce n’est pas le cas. Mais les aviateurs s’en tireront et retrouveront leur pays, finalement c’est l’essentiel. Malheureusement, Camille Monel y laissera la vie, se suicidant dans sa cellule du siège de la Gestapo de Creil, torturé jusqu’à l’épuisement, par les sbires de la S.D.

Dr André Fournier