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Soirées Auteur

Elles sont organisées en coopération entre le Mémorial Leclerc - Musée Jean Moulin et l’Association Mémoire et Espoirs de la Résistance, un jeudi par mois. « Soirée » au cours de laquelle un historien présente et dédicace l’un de ses ouvrages récents. La « Soirée Auteur » débute à 17 heures, dure 1 heure 30, avec un échange avec l’auteur.

Parallèlement à ces soirées un samedi par mois en matinée, Christine Levisse-Touzé, directrice du Mémorial Musée organise une conférence « Point de vue du Conservateur » qui commence à 10 heures et qui dure 2 heures.

Mémorial du Maréchal Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris / Musée Jean Moulin
23 allée de la 2e DB
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75015 Paris
Tel : 01.40.64.39.44
fax : 01.43.21.28.30

Manifestations

L’Esprit de la Résistance face à la crise mondiale

Lundi 19 octobre à 14 heures : Colloque sur le thème « L’esprit de la Résistance face à la crise mondiale » à l’Assemblée nationale, Palais Bourbon - Salle Colbert

Sous le haut patronage des Ministres Mme Valérie PECRESSE (Recherche et Enseignement Supérieur) et Patrick DEVEDJIAN (Délégué du Premier Ministre à la Politique de Relance)

Animé par M. Michel AMBAULT, administrateur de M.E.R.

Orateurs : MM. les Députés Loïc BOUVARD et Hervé MARITON, le Bâtonnier Francis TEITGEN, les économistes M. Nicolas BAVEREZ et Jacques LESOURNE.

Conclusion M. Jacques VISTEL Président de la Fondation de la Résistance.

COMPTE RENDU DU COLLOQUE

Le texte de M Teitgen est la transcription d’après la K7 audio, dès que j’aurai reçu la version corrigée je remplacerais le texte actuel

L’ESPRIT DE RÉSISTANCE FACE À LA CRISE MONDIALE

En présence d’anciens Résistants mais aussi et surtout d’enseignants et d’élèves des lycées Janson-de-Sailly et Blomet et ainsi que de jeunes filles de l’Institution de la Légion d’Honneur

François Archambault

Le Président de M.E.R. François ARCHAMBAULT

lit le message d’accueil du Président de l’Assemblée Nationale Bernard ACCOYER :

Mesdames, Messieurs, Je n’ai pu être parmi vous aujourd’hui pour ouvrir le colloque sur l’esprit de la résistance face à la crise mondiale. Croyez bien que je le regrette. Toutefois, j’ai tenu à vous adresser un message. La France traverse une crise profonde et mondiale. L’histoire de notre pays, riche et ancienne, nous a enseigné que l’unité et la souveraineté françaises se sont toujours imposées. Alésia, Crécy, Bouvines, Valmy, Verdun… Notre pays ne s’est jamais abandonné au découragement. Il y a, en France, un fait national fondé sur notre langue, sur notre Histoire, sur la conscience de valeurs partagées. Il y a, en France, une capacité de sursaut, une détermination, aux heures les plus graves, à choisir son destin, à rester libre. Mélange de courage et d’humanité, de romantisme et de rationalisme, de modestie et de grandeur, ce caractère, parfois moqué mais plus souvent admiré, distingue notre pays et fonde notre identité : être Français, c’est moins sans doute une question de sang qu’une question d’esprit. La crise économique que le monde traverse a donné à notre pays l’occasion de tracer de nouvelles perspectives. Contrôler les spéculations folles, dénoncer les paradis fiscaux, réglementer les bonus choquants… C’est à l’initiative de la France que la communauté mondiale s’est engagée dans cette voie. Il y a un an, lorsque les économies mondiales ont vacillé, lorsque chaque pays a eu la tentation de céder aux sirènes de l’égoïsme, aux démons du protectionnisme. C’est la France qui a rappelé à chacun le devoir de la responsabilité. Et rien n’était gagné ! Souvenons-nous, la position de la France était plus un pari qu’une espérance. Il fallait croire en la responsabilité des dirigeants des vingt plus grandes nations. Mais nous avons convaincu. Nous avons convaincu que ce qui était raisonnable c’était d’être courageux. Nous avons convaincu que le pragmatisme commandait l’audace. Nous ne sortirons de la crise qu’en nous unissant pour relever de nouveaux enjeux. L’avenir ne peut qu’être bâti sur l’innovation, sur l’imagination, sur l’effort. L’avenir est à inventer. Rien n’est acquis, mais rien n’est fatal. Si les enjeux ont changé, si le monde évolue, il appartient aux femmes et aux hommes de s’élever ou bien de plonger dans le même esprit de courage, d’audace, de liberté – en un mot de résistance - qui doit nous guider. Cet esprit de la résistance, que le Général De Gaulle a incarné si haut, c’est refuser le découragement, le conformisme, la résignation. C’est inventer les voies nouvelles. Ces derniers mois, au plus fort de la tempête financière, la France a fait montre de courage, d’imagination, de pragmatisme et d’espérance. Rien n’est facile mais tout reste possible. L’urgence, c’est de reconquérir les moyens de notre ambition. Le génie de la France est là. Nous en sommes les dépositaires. Nous avons le devoir de le transmettre. Je vous remercie.

Michel AMBAULT, administrateur de M.E.R., animateur du colloque.

Les crises économiques ne se traduisent pas uniquement dans une baisse des marchés, en général la baisse des valeurs boursières s’accompagne souvent d’une baisse des valeurs morales qui structurent nos sociétés. Tout a basculé le 15 septembre 2008, quand la banque Lehmann Brothers a déposé son bilan. Les images vues à la télévision des files devant les banques dans certains pays ont pu nous rappeler ce qu’on été certaines paniques. Les gouvernements et les banques centrales ont réagit. Avec efficacité. Si au cours des années 30 leurs prédécesseurs avaient agit de la même façon, la ruine des classes moyennes et le chômage de masse n’auraient pas pavé le chemin de certains totalitarismes et le pacifisme aurait moins pollué l’esprit de Résistance des démocraties. . On a pu dire que la seconde guerre mondiale était la fille de la crise de 29. Qu’en sera-t-il demain ? Nous avons demandé à des parlementaires, des économistes, des juristes de tracer des pistes et de réfléchir au sujet de notre colloque d’aujourd’hui : « l’esprit de Résistance face à la Crise mondiale ». En gardant en perspective le fait que les engagements dans les combats de la Résistance et le programme du Conseil National de la Résistance ont structuré notre société au cours des soixante dernières années. Je n’oublie pas le titre de notre association « Mémoire et Espoirs de la Résistance ». Je voudrais dire que l’espoir ne réside pas seulement dans les techniques à mettre en œuvre mais aussi dans des individus. Nous avons eu la chance que Roosevelt siège à la Maison Blanche au lieu de Hoover – isolationniste – D’avoir vu arriver Churchill remplaçant Neuville Chamberlain qui a attendu 1938 pour découvrir qu’Hitler n’était pas un gentleman et nous avons eu l’espoir avec le Général de Gaulle. Je vous présente les intervenants :
-  Nicolas BAVEREZ que l’on voit très souvent donner son opinion sur l’évolution de l’économie, je vous rappelle le titre de son dernier livre « Après le déluge » qui parlera de la crise économique et de la Résistance comme reconstruction républicaine.
-  Jacques LESOURNE qui vient de publier un livre sur les crises et le XXI° siècle, polytechnicien et qui a été un des directeurs du Journal Le Monde.
-  Loïc BOUVARD, député du Morbihan, ancien président de l’Assemblée de l’OTAN. Comme c’était un garçon qui écoutait bien sa maman avant de rejoindre la Résistance à 15 ans il lui a demandé la permission. Loïc Bouvard a eu la Croix de guerre à l’âge de 15 ans c’est le plus jeune Croix de guerre de l’histoire.
-  Le bâtonnier Francis TEITGEN, parlera de l’héritage moral de la Résistance face à une crise de civilisation.
-  Jacques VISTEL, Président de la Fondation de la Résistance conclura ce débat après vous avoir donné la parole et d’écouter vos remarques

Nicolas Baverez

Maître Nicolas BAVEREZ

LA CRISE DE LA MONDIALISATION ET L’ESPRIT DE RÉSISTANCE

Churchill rappelait qu’ « il faut prendre l’événement par la main avant qu’il ne vous saisisse à la gorge ». Les grandes crises comme les grandes guerres appartiennent à ces événements qui, par leur caractère de surprise stratégique, prennent à la gorge les dirigeants mais aussi les citoyens et obligent chacun à se déterminer dans des circonstances extrêmes.

Le capitalisme est une sorte de caméléon qui a muté plusieurs fois depuis qu’il est apparu au XVII° siècle. Ces mutations s’effectuent à travers les crises économiques. Elles amènent non seulement des chutes brutales de production et des vagues de chômage, mais transforment le mode de régulation du système économique. Ceci renvoie à l’étymologie du mot crise qui vient de krisis en grec : krisis désigne le moment décisif dans une maladie où le destin du patient s’oriente vers la guérison ou l’issue fatale. Ainsi se trouvent éclairées les deux faces des crises du capitalisme qui mêlent la disparition d’un mode de production et l’émergence d’un autre.

Ce fut le cas dans les années 1930 avec l’apparition de la production et de la consommation de masse qui s’imposèrent à partir de 1945. Ce fut le cas dans les années 1970 avec la fin de la régulation keynésienne puis la mise en place du régime de la mondialisation. C’est encore le cas aujourd’hui avec la crise de cette même mondialisation et la recherche d’un nouvel ordre économique mondial

Pour autant, 2009 diffère fortement et des années 1930, et de 1945. En 1945 le monde sortait de deux guerres mondiales et de la grande déflation. l’Europe était dévastée matériellement, divisée politiquement, ruinée moralement. La France avait perdu 600 000 de ses citoyens et le quart de la fortune nationale avait disparu. En 2009 la mondialisation est certes en crise mais nous ne sommes pas confrontés à un péril extérieur imminent ou à une menace de conflit mondial ouvert. L’Europe est réunifiée et vit en paix - à l’exception de l’ex-Yougoslavie -. Quant à la France, si elle est en déclin, son état n’est en rien comparable à la situation de 1939 ou de 1945, qu’il s’agisse de la vie politique, du développement économique ou de son statut international.

Certains points communs existent cependant entre les crises des années 1930 et de la mondialisation.

Tout d’abord, elles constituent les deux plus grands chocs déflationnistes de l’histoire du capitalisme avec l’éclatement de gigantesques bulles spéculatives, sur les marchés d’actions des Etats-Unis en 1929, sur le crédit à partir de l’été 2007 – jusqu’à provoquer un blocage complet du système bancaire et financier au lendemain de la faillite de Lehman Brothers, le 15 septembre 2008 -. Or Jacques Rueff rappelait à juste titre qu’il n’est pas plus grand risque pour une économie de marché que l’inflation, sinon la déflation.

Deuxième élément commun, sous la violence de la récession pointe l’implosion d’un modèle, avec des déséquilibres majeurs dans les échanges et les paiements mondiaux mais également l’épuisement d’une forme de régulation : le capitalisme libéral et la norme de l’Etat minimal dans les années 1920 ; la mondialisation aujourd’hui, telle qu’elle a émergée depuis 1979, mêlant l’expansion du marché et le recul de l’Etat, l’ouverture des frontières, la déréglementation, les innovations financières.

Au-delà du modèle économique, la crise marque un changement de monde. Les grandes crises sont aussi des chocs politiques parce que la hiérarchie des nations et des continents se trouve bouleversée. Ce sont des chocs intellectuels et moraux, car des principes, des croyances, des normes de comportement se trouvent brutalement remis en question. Aujourd’hui, par exemple, les idées de l’autorégulation des marchés, du primat absolu de la politique monétaire ou de la capacité des Etats-Unis à réassurer en toutes circonstances l’économie mondiale sont prises en défaut.

Trois grandes propositions me semblent devoir être soulignées concernant l’esprit de résistance face à la crise de la mondialisation. 1/ L’expérience et les enseignements issus de la grande déflation des années 30 ont joué un rôle fondamental en 1945 mais aussi dans la gestion de la crise de la mondialisation. 2/ La sortie de crise passe aujourd’hui comme en 1945 par une transformation profonde de la régulation du capitalisme. 3/ L’héritage des réformes de l’après guerre peut éclairer certains des changements à effectuer dans le capitalisme universel du XXIème siècle.

1. Les leçons des années 1930 furent décisives pour gérer la crise de la mondialisation

Sans détailler les deux crises, il est permis de rappeler brièvement leur déroulement. Le 24 octobre 1929 intervient le krach de Wall Street, avec une réplique encore plus violente le 29 octobre. A partir de ce moment, les Etats-Unis commettent deux erreurs dramatiques de politique économique : la FED augmente ses taux d’intérêt ; l’administration Hoover cherche à forcer le retour à l’équilibre budgétaire. Le krach mute pour provoquer une grande dépression, alimentée par 10.000 faillites bancaires aux Etats-Unis. Dans le même temps, le Congrès vote une loi protectionniste, le Smoot Hawley Act, qui augmente de 50% les tarifs et les droits de douane. La crise devient mondiale avec le rapatriement des avoirs américains : la chute du Kreditanstalt exporte en 1931 la déflation en Europe. Puis, l’échec de la conférence de Londres, ultime chance de mettre en place une solution négociée et une sortie de crise concertée, débouche à partir de 1933 sur la course aux dévaluations compétitives et au protectionnisme, sanctionnée par un effondrement des trois quarts des échanges mondiaux au cours de la décennie.

A l’origine du krach de la mondialisation, on trouve également une faute de politique monétaire, la FED ayant maintenu trop longtemps une stratégie très accommodante après le krach de 2001 et les attentats du 11 septembre. D’où une succession de bulles : bulle immobilière, bulle du crédit, bulle bancaire. La spéculation s’enraye à partir du printemps 2007 ; les premiers blocages interviennent au cours de l’été ; puis la panique éclate avec la faillite de Lehman Brothers, le 15 septembre 2008. L’originalité du régime de la mondialisation se traduit par une vitesse sans précédent du choc ainsi que par sa propagation sur tous les continents. La crise de financière devient alors économique, avec la chute de l’activité, l’explosion des faillites, la remontée du chômage.

Les deux chocs présentent donc des constantes : erreurs de politique monétaire, éclatement de bulles spéculatives, déflation par la dette. Le drame des bulles, c’est que tant qu’elles durent, tous en profitent et donc nul n’a véritablement intérêt à en sortir. Au moment où la rentabilité des actifs devient insuffisante par rapport à leur prix, les premières fissures apparaissent qui se transforment en panique. Mais ils comportent aussi et fort heureusement des différences : la configuration de la mondialisation ; surtout la gestion du choc par la politique économique, beaucoup plus efficace en ce début de XXIème siècle, qui laisse espérer que l’issue sera très différente de ce qu’elle fut dans les années 1930. De fait, il n’y a pas eu de sortie de crise à cette époque. L’issue fut la seconde guerre mondiale et ce n’est qu’en 1945 que l’on réussit à moderniser le modèle économique.

L’expérience de la déflation des années 1930 a été fondamentale en 1945 mais aussi en 2008. En 1945 parce que la reconstruction a été d’emblée associée à la réforme de la régulation du capitalisme et à la recherche d’un ordre économique mondial, qui ont été effectuées à la lumière et en rupture avec la déflation qui avait jeté dans le chômage 25% de la population active aux Etats-Unis et 20% en Allemagne.

Le souvenir des années 1930 guida, au lendemain de la seconde guerre mondiale, la mise en place de la régulation keynésienne, fondée sur l’idée que la première responsabilité de l’Etat résidait dans la garantie du plein emploi. De même, la déflation justifia une modification drastique des structures du capitalisme avec un nouvel équilibre entre le travail et le capital, ainsi qu’une nouvelle gouvernance du système mondial. En réaction contre le nationalisme économique et le déchaînement des totalitarismes de l’entre-deux-guerres, il fut décidé de lier la liberté économique et la liberté politique et de chercher à les garantir à traverse des institutions multilatérales. Ce fut le système de Bretton-Woods, extrêmement novateur, qui nous a légué des institutions qui restent au cœur de la gestion des crises, notamment le FMI et la Banque mondiale. Le G20 réuni à Londres en avril 2009 s’est ainsi appuyé sur le FMI pour gérer la relance des pays les plus pauvres. A la seule exception de l’OMC, la gouvernance du capitalisme du XXIème siècle fait largement appel aux institutions multilatérales nées à la fin de la seconde guerre mondiale.

Les leçons tirées de la déflation des années 1930 ont été largement mises à contribution pour gérer la crise de la mondialisation. Sur le plan théorique, les deux grands modèles explicatifs nous ont été fournis par Irving Fisher qui a analysé la déflation par la dette en 1933, et bien sûr par John Maynard Keynes qui a explicité la trappe à liquidités et l’équilibre de sous emploi puis démontré le bien fondé de l’intervention publique pour soutenir l’activité quand les ménages ou les entreprises en peuvent plus ou ne veulent plus consommer ou investir.

Leurs enseignements on été mis en pratique pour la première fois à l’échelle de la planète. Les trois priorités essentielles en cas de déflation ont été poursuivies : sauver les banques ; enrayer la spirale à la baisse des prix, des salaires, des investissements, et de l’emploi ; éviter le protectionnisme. Vaille que vaille, c’est ce que la politique économique a réalisé avec succès depuis l’automne 2008. Le sauvetage des banques a mobilisé 17 000 milliards de $. Les stratégies de relance ont engagé 5 000 milliards de $ de dépenses publiques. Le G20 a limité les mesures protectionnistes, bloquant le risque d’implosion des échanges et des paiements mondiaux.

Sous la crise, pointe bel et bien un changement de monde comparable à celui qui sous-tendait le choc des années 1930. A cette époque, le Royaume Uni prétendait réassurer l’économie mondiale alors que les Etats-Unis la dominait depuis la fin du XIXème siècle mais refusaient d’assumer les responsabilités de leur leadership de fait. Aujourd’hui, se dessinent également des modifications fondamentales. Fin du cycle économique post-keynésien, qui débuta en 1979 avec le tournant de la politique monétaire américain réalisé par Paul Volcker qui éradiqua l’inflation dans les pays développés. Fin de la suprématie absolue des Etats-Unis, alors que les pays émergents assurent 50% de la production mondiale. Fin du monopole de l’Occident sur le capitalisme, dont le centre de gravité bascule vers l’Asie.

2. La sortie de crise passe par une transformation de la régulation du capitalisme La politique économique a bloqué la déflation et mis un terme à la récession, sans pour autant permettre de crise durable. Celle-ci a pour préalable une transformation de la régulation du capitalisme, qui résorbe les déséquilibres de la mondialisation. Soit des enjeux qui sont économiques mais aussi politiques.

Les réformes de l’après seconde guerre mondiale furent organisées autour de quatre volets : la régulation keynésienne de l’économie tendue verse le plein emploi ; la mise en place d’institutions nouvelles de pilotage et de gestion de l’économie - telles que le Plan, les nationalisations, la Sécurité sociale - ; l’élaboration d’un début d’ordre économique et monétaire international ; l’ouverture progressive des frontières à travers l’extraordinaire initiative du plan Marshall. Celui-ci voyait pour la première fois dans l’histoire un vainqueur consacrer 3% de sa richesse nationale à reconstruire les vaincus, tout en liant cette aide à la libéralisation des structures économiques et en favorisant la reconversion de l’économie de guerre des Etats-Unis.

La situation de 2009 est à certains égards comparable. Le pire est derrière nous puisque l’on a évité la mécanique des années 1930 avec l’enchaînement des faillites bancaires et la spirale de la déflation. Mais le plus difficile commence, car nous abordons une terre inconnue avec les réformes du capitalisme mondialisé, sans pouvoir nous reposer sur les guides du passé, Fischer ou Keynes. Comment piloter de manière concertée la sortie de crise ? Comment gérer les séquelles des interventions publiques, à savoir la transformation des banques centrales en gigantesques hedge funds et le surendettement des Etats gros de nouvelles bulles spéculatives ? Comment réformer la mondialisation, sortir de l’économie de bulle, réfléchir à un nouvel équilibre mondial entre le travail et le capital, l’épargne et l’investissement, la localisation des activités et des emplois ?

Ce programme de travail rappelle la négociation globale de Bretton Woods. Il s’agit bien d’imaginer des principes, des institutions et des règles nouvelles pour le capitalisme. Et aussi une nouvelle éthique. Car le krach est aussi moral. En même temps il faut repositionner les nations dans la sortie de crise, et notamment les pays développés qui sont les grands perdants du choc (croissance de 1,5% en 2010 contre 8,5% pour l’Asie). Nous devons reconstruire l’économie des pays développés, qui se sont détachés de la production et désindustrialisés. Les Etats-Unis doivent se réinventer et l’Europe faire face à la fois à son vieillissement, au surendettement, à la sous-compétitivité, à la surévaluation de sa monnaie. Pour leur part, les pays du Sud doivent convertir leur modèle de développement en fondant davantage leur croissance sur la demande intérieure : d’où la nécessité d’instaurer des débuts de protection sociale, seule à même de solvabiliser la consommation et donc de pérenniser une activité qui ne pourra plus reposer uniquement sur les exportations.

3. Esprit de résistance et réforme du capitalisme mondialisé

Les réformes du capitalisme universel peuvent être éclairées par les réformes de 1945. A la fin de la guerre, chacun était persuadé que l’on allait retourner aux années 1930, avec leur cortège de chômage massif et de sous-activité. En réalité, ce furent les Trente Glorieuses. Aujourd’hui l’histoire est de nouveau ouverte.

Le principe de notre époque réside dans la mondialisation. Trois scénarios sont envisageables. Elle peut survivre grâce aux réformes qui permettront de la stabiliser. Elle peut se désintégrer sous le choc des protectionnismes et des dévaluations compétitives, débouchant sur une régression de la croissance, de la prospérité et donc des risques pour la paix. Elle peut se fissurer et se fragmenter autour de grands pôles alternant coopération, rivalité voire affrontements.

Pour essayer d’aller dans la bonne direction c’est-à-dire la stabilisation et la réforme, l’expérience des crises passées nous dictent certains principes fondamentaux.

-  Premièrement, leçon cruelle issue de l’échec de la conférence de Londres, il faut absolument coordonner les stratégies de sortie de crise des différents Etats. Les Etats-Unis doivent cesser de consommer à outrance et se remettre à produire et épargner. L’Europe doit privilégier la croissance et l’emploi au lieu de se concentrer sur la force illusoire de sa monnaie surévaluée. L’Asie doit consacrer les fonds de la relance à la dynamisation de sa demande intérieure, créer un Etat-Providence, instaurer un grand marché du Pacifique, selon un processus proche de celui expérimenté par l’Europe dans les années 1950.

-  Deuxième grand chantier, la réforme du capitalisme : modèle économique de la mondialisation, modèle des banques. Il s’agit de mettre fin à l’économie de bulle et aux grands déséquilibres entre, d’un côté, des pays qui s’endettaient pour consommer et importer - Etats-Unis, Royaume-Uni, Espagne ou Irlande - et, de l’autre coté, des pays qui épargnaient pour investir et exporter - Chine, Japon, Corée ou Allemagne -. Ce système doit évoluer de manière progressive et concertée.

-  Le troisième grand chantier c’est la gouvernance de la mondialisation. Nos difficultés sont nées avant tout de l’écart grandissant entre une mondialisation financière fulgurante, une mondialisation économique rapide et une mondialisation politique embryonnaire. Il est impératif d’offrir une réassurance politique au capitalisme universel pour pouvoir gérer ses inévitables chocs. Des signaux positifs sont intervenus : la constitution du G20 et du Conseil de stabilité ; le G2 qui structure le dialogique américano-chinois ; l’éphémère réunion du gouvernement économique européen, le 12 octobre 2008. L’émergence d’une gouvernance mondiale est impérative pour préserver la dynamique et les acquis de l’économie et de la société ouvertes, dans un système international certes multipolaire, mais, pour cette raison même, hétérogène et instable.

* * * * * * *

Face à la grande crise de la mondialisation, l’esprit de résistance me semble s’incarner avant tout dans l’optimisme et le refus de la peur qui engendre la violence. Roosevelt avait placé le discours inaugural du New Deal autour de la maxime fameuse : « La seule chose que nous devons craindre c’est la peur elle-même ». Finalement cette peur n’a pas été conjurée dans les années 30 ; elle a engendré la déflagration et les tragédies de la deuxième guerre mondiale.

A l’âge de l’histoire universelle, il est impératif d’imaginer une issue concertée et pacifique à la crise, qui n’a aucun raison de conduire à des conflits armés. Les solutions économiques sont à notre portée, à condition de faire le choix de la réforme contre celui de la révolution. Les alternatives au capitalisme sont discréditées, ce qui est heureux car elles sont aussi dévastatrices pour la liberté politique que pour la liberté économique. Nous devons effectuer résolument le choix de la raison contre la peur. Ce choix de la raison est le meilleur antidote à l’économie de bulle comme aux passions collectives qui menacent régulièrement d’emporter la liberté politique.

Jacques Lesourne

Jacques LESOURNE

L’esprit de Résistance dans sa nature, c’est premièrement le refus de ceux qui sont provisoirement faibles d’accepter les conditions que leur imposent ceux qui sont provisoirement forts. Il en résulte aussi que l’esprit de Résistance n’est pas unique mais peut prendre des formes diverses. Il peut prendre la forme du refus immédiat, total de juin 1940, ou de la lutte lente, quelques fois sournoise, pour grignoter l’adversaire et finalement l’éliminer. Naturellement dans la Résistance au cours de la seconde guerre mondiale il y a cette seconde phase aussi. La Résistance peut aussi être officielle ou secrète. Elle est évidement toujours l’acceptation de la souffrance et de la mort. Si la Résistance est multiple il me semble que les défis que sont en train de nous poser les décennies prochaines et le 21ème siècle sont évidement multiples et tous ces défis il faut les concevoir dans le contexte. Quelles sont les trois grandes caractéristiques du contexte du 21ème siècle ? Vous les connaissez, mais je les rappelle.

- La première c’est la globalisation, globalisation qui résulte évidement des bouleversements dans les transports et dans les télécommunications. Entre les trois semaines qu’il fallait à Madame de Sévigné pour aller voir sa fille au château de Grignan, et la possibilité des hommes d’affaires actuels d’aller passer leur dîner à New-York et rentrer dans la nuit, il n’y a pas de commune mesure.

- La deuxième caractéristique c’est la multipolarité, c’est-à-dire la présence d’entités politico-économiques importantes autour du globe qui sont en relation les unes avec les autres. Tout le monde a entendu parler de la lutte entre les Etats-Unis et l’Union Soviétique, il y avait alors deux grands pôles dans la politique et l’économie mondiale. Ensuite pendant un certain temps les Etats- Unis sont apparus comme le pôle unique nous rentrons dans une période à plusieurs pôles les Etats-Unis, l’Europe, le Japon, la Chine, la Russie, le Brésil, je ne cherche pas à faire une liste en soi. Les systèmes multipolaires ont des caractéristiques que je n’ai pas le temps de développer, qui ne sont pas celles où deux blocs se heurtent. On en a connu au 18ème siècle et dans une partie du 19ème siècle.

- Le troisième aspect qui est dû aux communications c’est ce qu’on pourrait appeler le « mimétisme ». Quand des nouvelles arrivent elles se répandent immédiatement, Nicolas Baverez à expliqué qu’entre la crise des années 30 et celle de 2008 la propagation n’a pas été à la même vitesse, en 2008 cela c’est fait immédiatement. Tout le monde a compris ce qui était entrain de se passer. Les phénomènes de mimétisme sont des phénomènes dans lesquels les humains se copient les uns les autres, croient à l’information donnée par les autres, et cela peut donner des phénomènes comme les grandes marées d’équinoxe sur les bords de l’Atlantique. Dans ce contexte, les crises, pour moi, sont multiples, naturellement je ne contredirai en rien ce qu’à dit mon prédécesseur, il n’y a entre nous plus des nuances de vocabulaire que des nuances de fond.

Je pense que nous sommes dans trois séries de crises qui n’ont pas du tout le même tempo, la même durée de développement. La première est une crise conjoncturelle, qui s’est déclenchée en 2008 qui par beaucoup de côtés ressemble à la crise de 1929 et dont la source est bien connue des économistes (mais qui nécessiterai bien des développements pour l’expliquer). Elle se situe dans le domaine financier et monétaire et aussi dans les déséquilibres de taux de change. En 2007 il y avait beaucoup de sommes que les banquiers américains étaient susceptibles de placer à ceux qui voulaient qu’on leur fasse des prêts sur le marché américain et des ménages qui en même temps réduisaient leurs encaisses propres monétaires, ce qu’elles avaient dans leur comptes en banque, au minimum et étaient prêts à accepter des prêts. Ce phénomène n’était pas totalement invisible, et la banque européenne avait insisté sur ce risque. Il a entrainé le déclenchement de la crise conjoncturelle 2008-2009, on peut la faire partir de la faillite de la Banque Lehmann Brothers, comme parfois on rappelle la faillite du Kredit Anstalt autrichien comme un événement marquant importante dans le développement de la crise de 1929.

Cette crise a comme caractéristique une baisse rapide de la production, une hausse du chômage, des difficultés bancaires. Ayant le souvenir de 1929, les gouvernements ont eu la sagesse de la conjurer par une politique de soutien des banques, de soutien de l’activité, grâce à laquelle on voit commencer un début de croissance économique. Mais naturellement nous ne sommes pas au bout en ce qui concerne le chômage, parce qu’il y a des décalages dans la machine économique entre les différents effets.

Les décisions du G20, où la France a joué un rôle important ont été une réponse pour créer de nouvelles formes de régulation. Est-ce que ces réponses seront suffisantes pour qu’au cours du siècle il n’y ait pas de résurgence de crise de ce genre, je ne sais pas, parce que naturellement entre les décisions de principe et les applications il y a toujours un certain décalage. On croyait bien contrôler les banques aux Etats-Unis et il s’était créé un système bancaire parallèle et des mécanismes financiers que je ne décrirais pas, tels que les banques qui croyaient avoir un bilan de virginité totale, parfaitement propre, avaient en fait donné des cautions ou des engagements à des institutions extraordinairement fragiles ce qui fait qu’elles ont reçu le choc du « tsunami » en retour extrêmement vite.

Deuxième type de crise : nous sommes dans une période où la raréfaction progressive de certaines ressources et d’autre part les émissions de gaz à effet de serre, font penser que nous allons faire face à une modification du climat et que nous aurons à lutter contre le changement climatique. Phénomène global par nature, puisque que naturellement chaque pays ne contrôle pas son climat. Ce phénomène va demander, cette fois, une lutte sur des décennies, peut-être même que ce phénomène ne sera maîtrisé qu’au début du 22ème siècle. Pourquoi ? Parce qu’il impose évidement un changement de la place que l’on donne aux différentes sources d’énergie dans nos consommations, combustibles fossiles, nucléaire, énergies renouvelables, parce que ceci implique des développements technologiques, Tout le monde clame « vive le Solaire, nous aimons le Solaire », ils oublient que le développement du photovoltaïque qui est une des formes les plus intéressantes de l’utilisation de l’énergie solaire demande des progrès techniques considérables pour que les coûts soient très fortement diminués par rapport aux coûts actuels. Le changement climatique suppose aussi des changements de comportement des individus, des entreprises, des systèmes de protection sociale puisque dans certains pays l’un des moyens trouvés pour redistribuer le revenu, le plus commode, c’est de subventionner l’énergie ou de la rendre quasi gratuite, alors qu’il faut continuer à redistribuer par des formes qui ne soient pas l’utilisation privilégiée de l’énergie. En Inde par exemple les tarifs de l’électricité sont très sensiblement inférieurs aux coûts.

Vous voyez bien que ce deuxième modèle de crise est du type Résistance à long terme, cette détérioration grave du climat.

Troisième type de crise mais là je peux être bref : dans tout système politique et économique mondial, il y a des crises ethniques, des crises dues à des luttes idéologiques, à des luttes religieuses, à des guerres civiles, des guerres interétatiques, au terrorisme, à la piraterie, et naturellement le 21ème siècle ne sera pas exempt de crises de ce genre qui prendront des formes nouvelles puisque que l’on a redécouvert la piraterie qui n’était pas un élément majeur des problèmes et que la délinquance internationale est évidement beaucoup plus diversifiée et importante qu’elle ne l’était autrefois.

Nous sommes en face de ces trois types de crise et naturellement les solutions qu’on leur apporte conditionnent les structures sociales, la lutte contre le chômage, la lutte pour la croissance et le niveau de vie, dans lequel la bonne nouvelle des dernières décennies, c’est qu’un quart de l’humanité, pour simplifier la Chine et l’Inde mais il y aussi la Corée, le Viêt-Nam et d’autres pays, sont entrés dans une phase de développement économique donc nous avons l’espoir que lentement, progressivement, très lentement, de voir la pauvreté reculer, puisqu’il reste encore des problèmes, en Afrique en particulier. Aujourd’hui la pauvreté représente le même nombre d’humains mais diminuée très sensiblement en pourcentage par suite de l’augmentation de population mondiale..

Quelles attitudes demande cette situation ? C’est par là que je terminerai. La première attitude c’est de s’informer et de ne jamais perdre de vue les ordres de grandeur, soit dans le temps soit dans l’espace. La France est un pays important, elle représente néanmoins 1 % de la population mondiale. Imaginez-vous la disparition de la France, comme si dans un village de 500 personnes une famille de 5 personnes s’intoxiquait à l’oxyde de carbone, et qu’il y avait 5 morts il en resterait évidement 500 moins 5. Je ne dis pas que l’importance de la France est de cette nature parce qu’il y a son passé, la capacité intellectuelle de sa population, mais il faut avoir conscience de ça.

Quand on parle de durée également il ne faut pas oublier non plus que le climat actuel s’est établi vers 10 000 avant notre ère et qu’avant il y a eu 5 ou 6 milliards d’années de vie de la terre qui se sont passés. Dans cette période il y a eu des destructions de faune, notre espèce après s’être séparée il y a quelques millions d’années de l’espèce qui a donné naissance aux chimpanzés et aux grands singes, est apparue il y a à peu près 150 000 ans. Et par ailleurs naturellement nous sommes face aux nanosecondes, nous nous intéressons aux nanotechnologies, et à des durées de cet ordre.

Quand la presse nous explique qu’une maladie fait tant de morts par jour dans le monde, tout le monde se dit « c’est absolument désastreux » c’est évidement désastreux parce qu’on ne vous rapporte jamais le chiffre aux 6 à 9 milliards d’individus de la première moitié du 21ème siècle. Il est donc important de garder toujours ce chiffre en mémoire. S’informer est une nécessité pour tous les citoyens (en particulier je le dis à tous ceux qui sont jeunes ici), et de ne pas croire immédiatement ce que racontent les médias, (j’ai été directeur du journal Le Monde),

Une deuxième attitude doit être une attitude de compréhension

Par exemple en ce moment sur le changement climatique l’attitude de la Chine ou de l’Inde c’est de dire « nous, nous sommes en pleine période de croissance, nous avons besoin de consommer plus d’énergie, vous, vous avez eu votre croissance dans le passé, vous jouez un rôle très important dans les émissions existantes de gaz carbonique » et naturellement la réponse ne doit pas être celle de George Bush : « le mode de vie américain n’est pas négociable ». La réponse est évidement de dire « nous comprenons que les hiérarchies de priorité ne sont pas les mêmes autour du monde mais le climat est un bien collectif et il faut que tout le monde fasse des efforts compte tenu de sa situation ». Donc deuxième attitude une attitude de compréhension.

La troisième attitude c’est d’être ouvert aux compromis, ce qui ne signifie pas être naïf ! Donc l’humanité, comme toujours, devra œuvrer dans un mélange de coopération et de conflit tout au long du siècle, ce n’est pas nouveau c’est une constante de l’histoire du monde. Etre ouvert au compromis ne veut pas dire non plus que l’on ne tient pas compte de ses intérêts propres, des responsabilités que nous avons vis-à-vis de nos propres descendants.

Je pense qu’il est important de combiner ces différentes attitudes et c’est peut-être la forme que devrait revêtir l’esprit de Résistance de nos anciens, moi je suis juste à la frontière, puisque j’avais 15 ans en 1945.

Nous ne sommes pas aujourd’hui plongés dans la situation qu’ont connue nos aînés de 1939 à 1945, mais je pense que leur attitude peut inspirer notre réponse aux défis qui nous attendent.

Loïc Bouvard

Loïc BOUVARD

Monsieur le Président, vous avez évoqué tout à l’heure ce que j’ai pu faire en 1944, c’est bien peu de chose comparé à ce qu’ont fait ces grands Résistants et Déportés qui sont devant nous, et je salue du fond du cœur Monsieur SUDREAU -nous avons été députés ensemble- et Monsieur Stéphane HESSEL que je retrouve avec grand plaisir après bien des années. Mes chers amis, j’avais à peu près votre âge lorsque j’ai eu la chance, l’insigne chance, le privilège de me battre pour la libération de notre patrie. J’étais assis tout à l’heure non loin de ces jeunes filles et je leur demandais "pourquoi vous intéressez-vous à la Résistance ?". Elles m’ont dit "nous avons un oncle qui était dans la Résistance, un grand père, et puis notre professeur nous a dit qu’il fallait s’y intéresser". Comme il avait raison ce professeur et comme je suis heureux, chers amis, de pouvoir avec vous évoquer la Résistance, celle que j’ai vécue voici 65 ans. Si le Président Archambault m’a demandé de participer à ce panel, c’est évidemment pour vous parler de mon expérience personnelle et non pour vous dresser un tableau de la situation de la France dans le monde. D’autres le font mieux que moi ; nous avons entendu avec tant d’intérêt les deux orateurs précédents et, dans ce domaine économique, on ne saurait mieux dire que ce qu’ils ont dit. Je vais vous livrer un peu de ma vision de ce qu’a été la Résistance, de ce que j’ai ressenti et de la façon dont je peux avec vous entrevoir l’avenir. Certains d’entre vous ont seize, dix-sept, dix-huit ans ; combien de ceux qui sont ici -et dont on a peint les cheveux en blanc- vous envient car vous avez devant vous des décennies, des années passionnantes à vivre dans un monde combien différent de celui que nous avons trouvé lorsque nous avions votre âge.

Pour moi la Résistance c’est d’abord dire "non", c’est, en second lieu, vouloir et savoir se battre et, enfin, c’est se projeter vers l’avenir. 1. Résister c’est savoir dire non, non à l’inacceptable. Le premier qui a su dire non, le premier Résistant, c’est le Général de GAULLE lorsqu’il a refusé l’abaissement de la France par l’armistice en juin 1940. Je dois vous dire que le même jour, le jour de l’armistice, mon père, qui était officier dans l’armée de l’air, a démissionné pour créer le "service de renseignement Air" qui travaillait en zone libre pour les Alliés. En novembre 1942, il partit pour l’Afrique du Nord afin de se battre. Vous savez tous combien on peut être influencé par ses parents. L’exemple de mon père nous a beaucoup inspiré mes frères et sœurs et moi pendant ces années. Nous sortions d’une terrible épreuve : l’Occupation. Nous avions vu la France complètement effondrée, la France exsangue, envahie par l’armée allemande. Voir l’armée française en déroute en 1940, le jeune de onze ans que j’étais alors ne l’oubliera jamais. Me battre en 1944 pour libérer notre terre c’était la réponse à cette humiliation.

La Résistance c’est donc d’abord de ne pas accepter l’inacceptable : que la France soit dépecée, soit occupée, soit envahie et soit soumise. Retenez bien cela : l’esprit de la Résistance c’est savoir s’opposer et, avec beaucoup de détermination, se battre s’il le faut.

Il y en a d’autres qui ont su dire non, regardez un CHURCHILL qui a relevé le gant face à Hitler. Regardez aussi tous ceux -certains sont ici- qui ont pendant des années œuvré dans l’ombre. Il y avait ceux qui étaient à l’extérieur, "la France Libre" autour du général de GAULLE, et la grande figure de Jean MOULIN qui essayait d’unifier la Résistance à l’intérieur, Jean MOULIN qui a été capturé et qui est mort sous la torture. Le général de GAULLE et Jean MOULIN sont les deux grands visages de la Résistance et il ne faut jamais les opposer car ils travaillaient ensemble. Je l’ai bien compris en 1944 dans le maquis breton lorsque nous avons accueilli les parachutistes du colonel BOURGOIN, les fameux bérets rouges -dont vous avez sans doute entendu parler- qui sont venus d’Angleterre pour libérer la France. Pendant toutes ces nuits, nous voyions arriver les parachutistes de la France Libre et nous, les maquisards, les avons accueillis et nous nous sommes battus ensemble.

1. La première réponse c’est donc dire "non". Regardez ce qui s’est passé depuis la guerre : le pacte Atlantique c’était dire non à l’U.R.S.S. qui menaçait de nous envahir et nous nous sommes unis face précisément à cette menace. Je suis Député depuis 36 ans ; j’ai eu l’honneur de présider l’Assemblée parlementaire de l’O.T.A.N. qui a joué un rôle considérable pour préserver notre liberté, notre façon de vivre nos valeurs face à l’Empire Soviétique et au communisme totalitaire.

2. Résister c’est ensuite "se battre". Ce que j’ai vécu m’a profondément marqué, car il faut savoir risquer et même offrir sa vie pour défendre sa patrie. Je voudrais vous transmettre ce message sur "l’esprit de défense". Vous pourrez avoir dans votre vie la nécessité de revendiquer cet esprit. Nous nous sommes battus dans la Résistance aux côtés des parachutistes de la France Libre et je voudrais vous faire comprendre ce que nous ressentions à cette époque là. Il y avait une unité extraordinaire entre nous, une espèce d’euphorie, nous nous battions parce que nous avions une cause sacrée qui était de libérer la Patrie. Ce n’est évidemment plus le cas aujourd’hui. Le monde est entièrement différent. Nous avions été humiliés, nous relevions la tête, nous allions nous battre et nous avons participé à la libération de notre pays. Dans cette union de la Résistance avec la France Libre nous avons complètement dépassé tous les clivages politiques ou religieux ; il y avait cette unité, cette camaraderie entre les combattants pour une cause qui nous était chère : la libération de notre pays. Rappelez-vous, l’esprit de la Résistance c’est se battre en dépassant tous les clivages et toutes les différences, une fraternité dans le combat. Souvenez-vous : on se bat bien et avec force et détermination lorsqu’il s’agit de libérer son pays de l’occupant. Depuis la guerre nous avons connu un certain nombre de conflits de libération de peuples, je pense à l’Indochine, au Viêt-Nam, à l’Algérie et, aujourd’hui, à l’Afghanistan. Dans ce pays il ne faudrait pas que nos troupes apparaissent comme des troupes d’occupation et que les Talibans apparaissent comme des libérateurs de leur pays alors que nous nous battons contre des gens qui prônent le terrorisme. En 1944, on nous appelait des terroristes. J’ai beaucoup aimé la formule "les faibles contre les forts". Aujourd’hui, il faut savoir séparer ceux qui luttent pour la libération de leur pays et ceux qui propagent le terrorisme international. D’où la difficulté, en ce moment, que nous avons, nous les alliés, en Afghanistan.

L’O.T.A.N. est présent en Afghanistan et confronté à des gens qui se battent à la fois pour leur pays et également avec un idéal qui est contraire au notre. Les valeurs que nous représentons, nous l’Occident, ne sont pas forcément partagées par tous les peuples du monde, cette globalisation dont nous parlions. Il est très difficile d’exporter la démocratie telle que nous la connaissons. Nous devons prendre en compte les valeurs des autres peuples. Nous en arrivons au monde d’aujourd’hui qui est le vôtre.

3. Enfin, la Résistance c’est également se projeter dans l’avenir pour construire un monde meilleur. Nous avions, en 1944, l’idéal de libérer notre pays pour le reconstruire. Nous nous y sommes employés pendant des années et des années. On a dit tout à l’heure que la 4è République avait été un échec, c’est vrai sur certains points, mais il y a eu la reconstruction de ce pays qui était très difficile. Les Résistants ont fait passer un message ; il n’y avait pas que du négatif dans la 4è République. Aujourd’hui nous sommes dans un monde entièrement différent qui n’a rien à voir avec la France humiliée. Vous êtes à l’orée de votre vie, sur cette planète complètement rétrécie du fait de la communication ultrarapide et des moyens de télécommunication. Par exemple : cette nuit même, en 5 heures 1/2, j’ai rejoint New York à Paris en avion mais ensuite il m’a fallu 2 heures entre Roissy et le centre de Paris !

Pour votre avenir il est absolument essentiel que vous ayez un objectif. Nous avions pour objectif de reconstruire la France. Laissez-moi vous dire que, si en 1944 je me battais contre les Allemands, dès 1950 je militais auprès d’Henri FRENAY dans le mouvement "Jeune Europe" de l’Union Européenne des Fédéralistes. Vous voyez où je veux en venir : l’idéal pour vous c’est évidement de construire l’Europe. Il faut avoir un idéal, il faut avoir un objectif ; votre objectif à vous doit être de compléter cette construction européenne. Nous avons déjà mis cinquante ans à progresser vers une Union Européenne qui puisse s’imposer dans le monde. Mais le travail n’est pas terminé et c’est à vous de prendre la relève. J’espère que d’ici vingt ans l’Europe ne sera pas seulement une addition de nations et de peuples mais vraiment un continent uni qui pèsera encore plus dans le monde. N’oubliez pas que nous sommes 500 millions et qu’aujourd’hui, pour notre défense, nous dépendons beaucoup des 300 millions d’Américains et de leur puissance militaire. La construction européenne est, pour moi, essentielle et je veux croire qu’elle le sera aussi pour vous. C’est un objectif qui est à votre portée, c’est un objectif valable, qui va nous permettre de peser dans un monde où nous voyons des géants tels que la Chine, l’Inde et d’autres pays. Au sein d’une union occidentale que j’appelle la Communauté Euro-Atlantique entre les États-Unis, le Canada et l’Europe nous devons pouvoir peser dans les affaires du monde.

La France est un très grand pays. KISSINGER vient de dire que " la France est un des seuls pays avec l’Amérique qui ait une vision stratégique". Je suis toujours étonné lorsque je voyage dans le monde de voir à quel point la France, en dépit du fait que nous ne soyons que 65 millions sur 6 milliards et demi d’habitants, soit 1 % de la population mondiale, la France a un message, elle est porteuse de valeurs respectées dans un très grand nombre de pays. Un simple exemple : j’étais en Uruguay, il y a quelques années, dans le bureau du Président du Sénat de ce pays il y avait le buste de CLÉMENCEAU. La France essaime, la France a un message à donner au monde, à travers l’Union Européenne nous pouvons faire de très, très grandes choses. Je terminerai en vous disant que nous pouvons, que nous devons nous ouvrir aux autres, en nous arc-boutant sur le soc de nos valeurs, de notre héritage, de notre culture, mais surtout en ne renonçant jamais.

Hervé Martinon

Hervé MARITON Ancien Ministre, député de la Drôme

J’ai toujours quelque pudeur et quelques hésitations quand le mot Résistance est sollicité. Il y a évidement une grande différence entre Résistance avec une majuscule et résistance sans majuscule. Il ne vous a pas échappé que les mots sont parfois usés et parfois abusés. Il y a quelques années ce sont les intermittents du spectacle dans un conflit social où leur opposition avait sa légitimé rythmaient leur manifestation du cri de « Résistance ». On voit souvent dans le débat social, dans le débat politique aussi, le mot utilisé avec la volonté de confondre le R majuscule et le r minuscule, chacun sait ici que ce n’est pas la même chose. La question qui nous est proposée aujourd’hui m’amène juste à dire, quand on réfléchi à ce qu’est la force que les difficultés et les succès de la Résistance ont apporté à notre pays. C’est toujours un message d’immense respect, c’est aussi cette idée évoquée tout à l’heure, la Résistance puisait dans l’histoire et en même temps elle cherchait à agir. Elle cherchait aussi à tracer des voies nouvelles. Donc un rappel en bien des circonstances de l’histoire sans doute moins grandes en tous cas moins tragiques qu’il faut toujours avoir en l’esprit la fierté et l’invention. Refuser la soumission. Y compris dans une période de crise et quand on cherche la renaissance, Refuser la soumission à la fois au destin, aux drames, aux évidences et aux bulles. Il peut y avoir des bulles financières. Il peut y avoir des bulles intellectuelles. Il peut y avoir des bulles politiques. Comment est-ce qu’on trouve une bulle ? Assez souvent je pense et il faut avec un r tout petit résister à cela, lorsque l’unanimité pourrait faire croire qu’il y a une solution qui s’impose. Quand il y a unanimité cela vaut la peine de gratter un peu pour voir ce qu’il y a derrière cela. Y compris, mon voisin a évoqué dans les trois séries de crises, les crises écologiques, pour faire bref, y compris dans ce sujet là, sur un certain nombre de solutions qui sont proposées, probablement nombre d’entre elles sont fondées, utiles. Mais il vaut la peine de gratter un peu pour savoir ce qu’il y a dedans. Sauf qu’à un moment la bulle éclate, le consensus disparaît et on constate qu’on recule davantage que d’avancer. De manière un peu enflée, je dis souvent, je crois que c’est important, pour Loïc Bouvard et nous tous ici qui avons fait de la politique, nous tous ici citoyens attentifs à notre vie, que notre engagement de citoyen c’est bien d’écrire l’histoire, je l’ai dit bien des fois, je le redis là, considérez qu’il n’y a pas de sens de l’histoire mais qu’il s’agit pour nous de donner un sens à l’histoire. C’est une modeste responsabilité de chacun d’entre nous. Résister et refuser la soumission c’est être fort mais être fort à sa manière. Il y a quelques mois je discutais avec le Président Israélien Shimon Pérès, c’est à l’occasion d’une visite que celui-ci rendait en France et à Lyon. Shimon Pérès venait de faire un discours dans lequel il avait exalté la France de la Résistance Lyon, Il est revenu s’asseoir à table et j’ai eu la chance d’être a côté de lui. Je lui ai demandé « Monsieur le Président vous savez sans doute qu’en France il y avait pendant la guerre, je suis né bien après la guerre, mais je comprends bien cela, il y avait beaucoup de Français qui n’étaient, ni collaborateurs, heureusement, ni Résistants cependant ». Shimon Pérès me dit « oui ! oui ! Je sais très bien cela », Shimon Pérès connaît très bien la France, je ne sais d’où vient cette image, il me dit « quand dans un seau vous le remplissez avec beaucoup d’œufs, vous mettez une pierre, vous agitez le seau au bout d’un certain temps avec certitude, c’est la pierre qui gagne » La fermeté de la conviction, la fermeté de l’analyse, la fermeté de la volonté, est plus forte que bien des œufs.

En face des crises en face desquelles nous sommes et pour prendre la description des catégories assez proches de celles de Jacques Lesourne : Crise économique, cette crise économique nous pose sur le partage de la valeur non au sens des valeurs sur lesquelles nous travaillons souvent mais au sens de la valeur économique. Je discutais avec un journaliste tout à l’heure d’un amendement, je donne des exemples immédiatement dans l’actualité politique, que nous aurons les heures, les jours qui viennent à l’Assemblée Nationale sur l’éventuelle augmentation des Impôts des sociétés des banques. Une des justifications de cet amendement c’est bien la réflexion sur le partage de la valeur, ce n’est pas la valeur au sens où mon exposé était prévu et au sens où nous l’entendons là. Mais c’est important pour dire que la crise nous amène à réfléchir à un autre partage de la valeur au sein du monde économique et que sans vouloir opposer la finance et l’économie réelle, ce qui n’aurait pas beaucoup de sens, il y a cependant probablement aujourd’hui un partage de la valeur qui ne se fait pas très bien et au fond le mot valeur en réalité a sans doute là les deux sens. Partage de la valeur économique et c’est aussi valeur ce qui se joue derrière.

Crise économique, crise écologique, ce que disait Jacques Lesourne est exact, j’y ajoute un point, dont je crois le gouvernement aujourd’hui est assez bien conscient, mais il ne le dit pas assez à mon point de vue, c’est que la crise qui peut se trouver devant nous crise des ressources, crise du climat est une crise qui s’y nous n’y prenons garde peut conduire à des décisions un jour, qui du fait de l’ampleur des enjeux, des urgences, soient des décisions qui ne puissent plus être prises dans un cadre démocratique. Il est important que notre réponse à la crise, soit une réponse apportée en préservant les valeurs de la démocratie. Cela exige alors une capacité et un calendrier de décisions.

Pour répondre à la crise il faut avoir un peu de conception et un peu de valeurs, je le disais sur la crise économique, je le disais sur la crise écologique, plus largement. Nous voyons aujourd’hui un certain nombre de dégâts conjoncturels, écologiques, de difficultés historiques. En même temps nous sommes en train de régler les réglages fins, techniques de la sortie de crise. Que nous n’en sommes pas à payer l’ardoise en termes de déficit public.

Nous ne sommes pas encore à en écrire une stratégie de l’après crise. Sans doute il faudra alors modifier fortement un certain nombre de politiques publiques. Si nous voulons le faire dans des conditions qui n’écrasent pas les convictions, les valeurs, les références, il est important que nous sachions où nous sommes.

Dans le débat politique il peut être tentant d’opposer les progressistes et les conservateurs. L’autre jour Le Monde parlant de moi disait « le très conservateur Hervé Mariton » je ne crois pas nécessairement comme une insulte, je ne crois pas être conservateur au sens où la journaliste l’évoquait, elle m’a dit qu’elle avait cherché un adjectif pour me qualifier, c’est aimable. Je fais partie de ceux qui considèrent, c’est assez banal, je trouve qu’en France on ne le dit jamais assez, que pour savoir où on va, il faut savoir où on est et d’où on vient. Assez souvent quand je reçois des gens je leur pose de manière très directe,, cela peut paraître curieux, mais c’est une manière d’avancer et de se connaître réellement et pas faire semblant, comme il ne faut pas faire semblant de régler les problèmes. Je leur demande « OK !, vous venez me parler d’un certain nombre de choses mais qui êtes vous et d’où venez-vous ? » Je le leur dis aussi simplement et aussi directement que cela car c’est ainsi que l’on peut connaître les gens et pas seulement faire semblant.

Donc il est important si nous voulons que demain notre pays ne soit pas agité sur l’Océan, tout sauf pacifique, de la réponse à la crise écologique, de la réponse à la crise financière, de la réponse à la crise économique, de la réponse à la crise budgétaire, il faut que nous ayons un certain nombre de valeurs pour éviter que la réponse soit individualiste, chacun cherchant à se protéger. L’autorité publique cherchant à répondre à des demandes individuelles comme si gouverner un pays c’était répondre à des demandes de consommateurs. Il me semble qu’il y a une différence importante entre citoyen et consommateur. Faire en sorte aussi de ne pas être mené par le bout du nez au fil des bulles que je décrivais tout à l’heure. Le faire évidement avec un grand sens de l’ouverture et de la curiosité, de la connaissance internationale. Internationale et régionale c’est-à-dire Européenne.

Je suis très frappé qu’aujourd’hui nous réfléchissons beaucoup aux progrès de la gouvernance mondiale le G20 et que nous sommes extrêmement courts sur les questions de la gouvernance régionale. Le pacte de stabilité est mort 3% de déficit 60% de dettes, tout ça n’ plus beaucoup de sens aujourd’hui. Qui réfléchi et qui parle actuellement de ce que peut être la gouvernance européenne demain Maastricht est mort que se passe-t-il après Maastricht ? Personne n’en parle. Il faut évidement beaucoup de curiosité dans l’espace et il faut aussi une certaine curiosité dans le temps.

Un de nos collègues, et pas le moindre, le Président du groupe UMP Jean-François Copé, dans une interview au Monde ce week-end, évoquait les questions de l’identité nationale prouvant qu’au fond dans la crise des valeurs et dans les tentatives de réponse à la crise des valeurs aujourd’hui on apportait peu de réponse sur ce sujet. Je crois qu’il est important de poser cette question et Jean-François Copé a raison de poser cette question. Je crois, il ne m’en voudra pas, que je le dise, qu’il n’apporte pas complètement la réponse et moi non plus, le sujet est immensément difficile. Cela a été dit tout à l’heure il faut que nous ayons à cœur et c’est une des forces de la Résistance avec un grand R, de n’avoir jamais oublié le message universel de notre pays.

L’Universalisme français ce n’est pas aussi évident que cela. J’ai beaucoup d’amitiés pour Jean-Pierre Raffarin mais quand sans beaucoup de détails se fait l’ambassadeur systématique des autorités chinoises en France je trouve parfois qu’une partie de notre message d’universalité est oublié. Quand nous assumons ce qui s’est passé en Géorgie l’été dernier probablement nous assumons ce qui était inévitable mais quand au delà d’assumer ce qui était inévitable nous en tirons fierté, je crois qu’il y a une part du message universel de notre pays qui est un peu oublié.

Je veux ajouter, en revenant sur l’interview de Copé dans Le Monde. Quand Jean-François Copé dit « ça n’a beaucoup plus de sens de dire nos ancêtres les Gaulois » Quand cela n’a plus de sens de faire référence à des dates historiques et comme le Président de la République l’évoque souvent « 1793, cette France complexe à la fois monarchique et régicide » Je ne suis pas tout à fait d’accord parce que la Résistance, si je comprends bien, c’est la capacité à comprendre la France dans sa diversité on rappelle beaucoup actuellement « l’affiche rouge ». C’est la capacité à inclure tous les Français. Tous les Français dans leurs opinions, dans leurs philosophies, dans leur ancienneté, c’est une compréhension très large de la France qui ne se réduit pas ou ne se résume pas au territoire de l’hexagone. Et en même temps je suis moi-même comme beaucoup d’autres pas complètement et pas parfaitement gaulois, si cela a un sens. Mais j’assume pleinement le fait qu’il y a des cas d’identité nationale, ce n’est pas simplement un contrat d’identité nationale ce n’est pas simplement une adhésion de celui qui dit « cela me va, et j’accepte et je signe ». Il ne s’agit pas simplement de signer, il y a des choses qui nous dépassent. Il y a un pays avec une inscription géographique, il y a une histoire. L’histoire ne se fait pas sans dates, il y a des dates. Il y a dans cette histoire un passif et des moments de drames, et parfois de honte, il y a un actif et des moments de gloire et de fierté.

Je crois que c’est important que c’est important qu’on ait tout ça en tête. Quand dans la crise aujourd’hui et qu’il ne faut pas oublier qu’il y a une crise de l’identité nationale, oui ! Il faut répondre à cette crise d’identité nationale en mobilisant tout un travail, toute une réflexion sur les valeurs cela me paraît indispensable, mais le fait même de travailler sur l’identité nationale ce n’est pas un témoignage de valeurs en tant que tel. Il faut regarder le contenu qu’on met dans le travail sur l’identité nationale je pense qu’alors la référence historique est tout à fait essentielle. On ne refait pas la Résistance à tous les carrefours de l’histoire et à chaque moment et à chaque difficulté qui se passe, ce serait à la fois outrancier, irrespectueux et dans le fond pas très efficace vu comme cela. Mais il faut constamment mobiliser ce qui est dans notre pays, dans sa géographie, car un pays c’est une identité nationale, une idée politique mais c’est aussi une identité physique, pas au sens étroit du terme, mais il y a une physique du pays c’est aussi une identité historique, parce si tous nos ancêtres, si tous mes ancêtres, ne sont pas nés en Gaule et de très loin, pour autant je me considère comme pleinement Français, en considérant en même temps que si cette histoire n’a pas toujours été celle, à un instant donné, de mes ancêtres, cette histoire est cependant toute entière la mienne.

Je pense que c’est cette réflexion qu’il faut que nous ayons. Je pense que d’autres de manière plus forte, plus intense, l’ont vécu à de grands moments.

Il ne faut jamais prétendre à trop de comparaison parce que je pense que l’outrance ne sert ni ceux auxquels on veut et on vaut mémoire ni ceux qui veulent s’’en inspirer. Mais en même temps rappeler qu’il y a des moments forts des moments grands. Il y a des hommes, des femmes, il y en a ici qui on servi ces moments difficiles je crois que cela peut et doit nous inspirer. Mon discours cet après midi évoque les crises. Cela permet aussi de relativiser les choses. Nous devons mesurer la difficulté de la tâche, l’importance des enjeux auxquels nous devons répondre. On peut aussi mesurer que dans l’histoire il y a eu, qu’il y a, qu’il peut y avoir, des moments plus intenses.et plus tragiques encore, mais cela ne nous dispense pas d’essayer de nous inspirer des meilleurs choix et de célébrer tous ceux qui les ont accomplit car les valeurs elles s’incarnent aussi par les Résistants. Il n’y a pas des Résistants à chaque heure, tout le monde n’est pas Résistant, il n’y a pas toujours des enjeux de Résistance. Il y a des Résistants qui ont écrit de belles pages sur de grandes choses et sur des choses plus modestes, il est heureux de pouvoir s’en inspirer.

Francis Teitgen

Maître Francis TEITGEN, ancien bâtonnier de Paris

Regardons-nous, nous dans cette salle Colbert, l’initiateur de la nation moderne. Au sein de l’Assemblée Nationale institution forte de notre République qui se renforce encore et qui je crois n’est plus en danger. Regardons-nous, un instant, il y a Pierre Sudreau, Stéphane Hessel, Loïc Bouvard, ces hommes sont des héros, Ces hommes se disent aujourd’hui « voilà, quand l’histoire était dure, quand l’exigence était extrême, j’étais là » Il y eux, il y en a beaucoup d’autres vivants ou morts, connus ou obscurs, ceux dont on ne dit jamais les noms mais qui sont dans cette histoire là. Peut-être pas les chefs mais en tout cas les soldats peuvent être même là. Il y a ma génération, née après la guerre, c’est la génération des trente glorieuses, génération qui avait dix-huit ans en mai 68. Pour qui la vie était à la fois facile et étrange et à certains moments un peu cruelle parce que l’on y comprenait plus rien et puis il y a vous. Et nous sommes tous là ! Vous vous êtes ici parce que vous êtes intéressés par cette histoire. Vous vous posez la question, que je me suis posée, pas dans les mêmes termes. Je me suis posé une question simple « Dis-moi Francis ! Dis-moi Francis ! Aurais-tu été un héros ou un salop ? » Je n’ai pas la réponse. Le fait d’être le fils de quelqu’un ne vous donne aucune espèce de droit de prétendre d’être dans un compte ou dans l’autre. Vous, cette histoire est loin, et cette question vous ne vous la posez pas. Et vous avez raison de ne pas vous la poser car c’est une mauvaise question. La question que vous devriez vous poser et que j’aimerai essayer de vous aider à vous poser, à défaut de vous aider à y répondre. C’est « dans le fond qu’est-ce que ceux-là nous ont laissé ? Quels types d’obligations nous ont-ils donnés en héritage ? » Car de la Résistance on hérite rien, hélas ! Si on pouvait être un héritier de la Résistance, mon dieu ! Que je serais heureux ! On hérite rien de la Résistance, vous avez raison on hérite sans doute une capacité de combattre. La question c’est « on combat contre quoi ? On combat contre qui ? Et on combat comment ? On combat également pour qui ? » Moi je dois vous parler d’un héritage moral, face à une crise de civilisation. Allez ! Acceptons comme acquise la crise de civilisation. Voila il y a une crise de civilisation, on a parlé de la crise économique, il y a sans doute une crise morale, il y a certainement une crise morale. Je suis assez étonné par ces étranges polémiques qui visent à la fois Frédéric Mitterrand et Jean Sarkozy, il me semble qu’il y a là une crise morale. Je ne suis pas juge, moi je suis avocat, je m’interdis de juger, trop difficile pour moi. Je pense qu’il y a une vraie crise morale je ne sais pas comment la traiter, cela ne m’importe pas, simplement je constate que le peuple, oui, le peuple de ce pays, mène cette crise comme étant une crise essentielle. Qu’on cesse de lui raconter des histoires mais peut-être qu’à certains moments la crise morale est plus importante que le chômage. Peut-être qu’à certains moments les Français se disent « je vis dans un pays en crise et ce n’est pas simplement parce que je n’ai pas de boulot qu’il est en crise, c’est aussi parce que ici et là les puissants ne se comportent pas comme ils devraient le faire ». C’est peut-être ensemble, sur cela, ce quoi on peut essayer de s’arrêter un instant. Moi je crois, que l’héritage moral de la Résistance, il est un héritage de valeurs, parce que fondamentalement les Résistants ils sont comme vous, divers dans leurs origines, à la fois sociales et géographiques, ils sont divers dans leurs convictions politiques, divers dans leurs convictions religieuses, y compris sans doute divers dans leurs convictions républicaines. Il y en a eu certains dont le républicanisme était incertain et qui ont été des vrais Résistants. La question n’était sans doute pas de sauver la République, la question était de sauver la France. Pour d’autres peu importait sans doute que l’on sauvât la France il fallait sauver la République et pour les troisièmes il fallait sauver la démocratie et c’était encore évidement une autre histoire. Ils étaient divers et pourtant, vous l’avez tous dit, ils ont combattu ensemble, mais ils ont combattu pourquoi ? Ils ont combattu pour refuser l’inacceptable qui était probablement une exigence de rigueur dans les valeurs.

Mon père était, curieusement, professeur de Droit constitutionnel, il avait commencé son premier cours sous l’occupation en disant « Je ne peux pas faire un cours de droit constitutionnel sous le régime de Vichy, parce que j’ai fait un cours de droit constitutionnel, et que le régime de Vichy ce n’est ni du droit, ni constitutionnel, nous allons donc parler d’autre chose ». C’était une manière de venir dire simplement un prof. comme vos profs, venir dire à un moment voila au nom au nom de la matière que j’enseigne, au nom du message que je vous transmets à vous, à vous qui êtes mes enfants au nom de ce message que je vous transmets à vous je n’accepte pas un certain nombres de choses. Alors qu’est-ce que je vais faire ? Je vais vous dire d’abord ce que je n’accepte pas, d’abord je vais vous dire que je n’accepte pas, je pense qu’il est du rôle essentiel des politiques, des journalistes, pourquoi pas des avocats, en tout cas des intellectuels, des ouvriers enfin de tous ceux qui peuvent un jour parler en leur nom ou celui des autres, de venir dire « Je n’accepte pas » Je n’accepte pas pour mes convictions mais surtout en raison de quelque chose qui est au dessus de moi, qui me transcendance. Je crois qu’il y avait dans cet acte de résistance qui venait dire « je ne vous enseigne pas ce qui est ni du droit ni constitutionnel, parce que je suis un prof. de droit constitutionnel ». Une manière de venir dire « vous avez comme moi la possibilité de refuser, vous n’êtes pas obligés, personne ne vous y contraindra »

Aucun de ces hommes là n’a jamais exigé de personne d’être un héros – sauf votre maman Loïc Bouvard – Je disais tout à l’heure à Loïc Bouvard qui est le plus heureux des deux, est-ce la mère ou est-ce le fils ? C’est difficile pour un fils d’oser demander à sa mère « maman ! maman est-ce que tu m’autorise à aller mourir à 15 ans » et maman lui dit « oui ! ton père serait fier de toi »

Voila ! D’abord dire non et pourquoi vous n’acceptez pas, au nombre d’un certains nombre de valeurs. Quelles sont les valeurs qui dans cette collectivité où nous sommes sont des valeurs probablement à défendre : la démocratie bien sûr, la République sans doute, la France évidement, comment j’ai traduit ça moi, je suis juriste, j’écoute les économistes avec une infinie admiration, je ne comprends pas tout de ce qu’ils disent, mais rassurez-vous quand je parle mon sabir juridique ils ne comprennent rien non plus. Je suis juriste et j’essaie de dire est-ce qu’il y a une manière, est-ce qu’il y a un héritage de la Résistance dans le droit, est-ce que ça c’est une crise de civilisation. Est-ce que le droit peut être d’une utilité ? Alors je vais tenter de vous donner quelques traductions de sens de ce que vous avez entendu tout à l’heure. La Résistance du faible contre le fort ça une traduction juridique ça s’appelle « Primauté du droit » c’est une valeur essentielle à mes yeux, fondamentale, la valeur qui fonde la civilisation. C’est la primauté du droit. Lorsque le mécanisme juridique celui de la régulation qu’on peut prévoir à l’avance qui est démocratiquement fabriqué, en tout cas pour les droits démocratiques. Lorsque ce droit là l’emporte nécessairement sur tout conflit et notamment sur tout conflit armé. Alors vous l’accepterez avec moi l’humanité fait un progrès de géant. Vous pouvez être dans bataille de la primauté du droit même si vous n’êtes pas juriste. Vous pouvez penser que la cour internationale de justice de La Haye c’est mieux que le conflit armé. Vous pouvez penser que quand le petit Tchad se bat contre la grande Lybie pour la bande d’Aouzzou, qu’il y a des principes juridiques qu’une juridiction internationale va mettre en œuvre et qu’elle va finir par dire à qui …/…

Changement de K7 il va peut-être manquer une phrase ou plusieurs.

Alors nous avons évitée une guerre, et la force est restée au droit. Voilà une formidable valeur je crois que la primauté du droit c’est un héritage de la Résistance. Je pense que les Résistants même quand ils n’étaient pas juristes ce qui devait au plus profond d’eux-mêmes ce qui devaient les révulser c’était l’idée que c’était la puissance des armes, la puissance de la botte des occupants qui fabrique un nouveau droit français, qui n’était ni un droit et probablement pas français non plus. Je pense que cette primauté du droit elle s’exprime partout. Regardez ! Je vous ai donné un exemple du droit international. Regardez le droit régional elle s’est appliquée comment l’Europe à votre avis. Elle s’est d’abord fabriquée par un formidable souffle politique, et cher Hervé Mariton, ce qui nous manque, vous avez raison, aujourd’hui, ce ne sont pas des spécialistes de la complexité économique, financière ou industrielle. Ce qui nous manque aujourd’hui ce sont des hommes et des femmes qui aient du souffle et du charisme. On a besoin de politiques qui crient fort, qui parlent dur, qui parlent haut et qui aient un joli verbe. Un verbe qui nous fasse vibrer. Un verbe qui nous donne envie d’aimer l’Europe. C’est ça qui nous manque aujourd’hui ! Faisons l’Europe et faisons là comment ? Par le droit comme elle s’est toujours fait. Un formidable souffle des pères de l’Europe et puis quoi, des juristes modestes. Ils ont pris leur petit triomphe et puis ils ont écrit. Ils ont écrit quoi ces gens là ? Après la guerre, qui était d’abord la guerre sidérurgique, ils ont écrit le traité de la C.E.C.A.. Ils ont écrit le traité Euratom. Ils ont écrit le traité du Marché commun. Ils ont même eu l’envie de faire la communauté européenne de défense entre qui et qui : entre l’Allemagne et la France. C’est-à-dire que l’on fabriquait par le droit une paix profonde, une paix presque irréversible, puisque les armées étaient solidaires, les armées étaient ensemble. Je me serais battu à côté d’un jeune allemand, cela aurait été ma fierté, cela aurait été magnifique. J’aurais préféré me battre auprès d’un jeune allemand, plutôt qu’au petit matin ou le soir appuyer sur une gâchette, et me dire en face de moi il y a peut-être un type de 22 ans, il a mon âge, une fiancée, il a un avenir et c’est peut-être moi qui l’ai tué. Le droit c’était juste pour arrêter ça. On a fabriqué ça, on a fabriqué la Convention Européenne des Droits de l’Homme, et cette convention européenne des droits de l’homme ce n’est pas tout à fait rien, voila une immense arme de lutte contre une crise de civilisation. Enfin quelle que soit votre nationalité, qui que vous soyez, si vous résidez sur le territoire français de manière régulière ou non, et si un de vos droits fondamentaux est violé alors au nom de la convention européenne des droits de l’homme vous pouvez obtenir une condamnation de la République française et de l’Etat français à réparer le dommage qui vous a été causé et a vous respecter en tant qu’être humain. Attendez ! on ne réserve même plus parce que c’est ça l’héritage de la Résistance, on ne réserve même plus la protection juridique des Etats par la protection diplomatique uniquement à ses nationaux. On réserve la protection juridique du droit international à tous et à chacun parce qu’il s’agit d’un être humain et qu’en tant qu’être humain sa dignité est absolue. Alors vous êtes un être humain avant d’être un national. Ca c’est l’héritage de la Résistance parce qu’en effet dans les F.T.P., dans les M.O.I. et dans les partisans il y avait des gens qui ne parlaient pas français, ils parlaient Yiddish, et ceux là ils sont morts pour que nous, nous soyons libres et libre de parler comme on le veut dans une enceinte de la République.

Alors moi je vais vous dire le Français pour lequel j’ai le plus d’admiration, il s’appelle Cesare Beccaria et il est italien. Cesare Beccaria c’est quelqu’un comme vous. Je vous raconte son histoire en 3 secondes. C’est un type, lui c’est un Résistant, Cesare Beccaria il va écrire en 1766 à l’âge de 24 ans un tout petit bouquin, 124 pages in quarto « Le traité des pays et des peines » Un bouquin de droit, remarquez c’est un économiste qui écrit un bouquin de droit. Dans ce bouquin il écrit « on ne peut condamner quelqu’un que si l’acte qu’il a commis peut être considéré un crime ou un délit, on dit qu’il est présumé innocent, » 1766 ! Nous sommes en 1766. Nous sommes bien avant la Révolution française. Il dit que le suicide n’est pas un crime. Il dit que la peine appliquée à quelqu’un doit être proportionnée au trouble que le crime a causé à l’ordre public. Voila ce que dit Cesare Beccaria c’est le fondateur du droit moderne, c’est le fondateur des principes de la Révolution française. Cet homme à 26 ans il a tellement peur quand il écrit son livre, il a tellement peur qu’il ne va pas le signer, il ne va pas mettre le nom de l’éditeur, pire que ça il a écrit ce livre à Milan et il a fait semblant que le livre était publié à Bologne pour brouiller les pistes. Quand il écrit à son ami Véry il écrit « quand j’écris ce livre, j’entends le bruit du cachot, j’entends le bruit des chaînes » Imaginez cet homme, seul, ce n’est pas un fils de famille, il est seul et il écrit et dans cet acte solitaire de l’écriture il est en train de changer le monde. Il est en train de résister à l’abomination qu’était la justice d’ancien régime. Seul il le fait et seul il va inventer tous les principes du droit moderne. Seul il va fonder les principes de la Révolution française. Seul il va inventer en réalité ce qui est contemporain aujourd’hui chez les lumières. Il y a une personne au monde qui l’aime autant que moi, même peut-être plus : Voltaire. En effet Voltaire va vouloir rencontrer Beccaria en lui disant « Monsieur je voudrais que vous corrigiez le Mémoire du Chevalier de la Barre que j’écris pour sauver la tête du Chevalier de la Barre » Voltaire ! Le grand Voltaire ! Devant ce gamin de 26 ans. Vous êtes des Beccaria, allez soyez sympa, soyez des Beccaria !

Pierre Sudreau

Le Président Pierre SUDREAU

Je suis aujourd’hui très impressionné, par le climat et par l’ambiance et je tiens à remercier Monsieur Archambault d’être l’initiateur de ce genre de réunions qui sont essentielles pour la transmission des vérités historiques et en même temps de faire passer des messages aux jeunes générations. Cette réunion se tient dans un lieu historique, il est excellent que dans l’enceinte de l’Assemblée Nationale un certain nombre de vérités soient dites. Je voudrais aussi remercier les différents orateurs qui ont élevé le débat dans des conditions exceptionnelles. J’ai l’habitude de ce genre de réunion mais j’ai rarement entendu des exposés aussi bons, aussi élevés et aussi importants, pour l’avenir. Je crois que ce genre de rencontre est fondamental et je regrette qu’il n’y en ait pas plus de ce genre. Il faudra vraiment continuer et faire en sorte que l’on puisse faire passer des messages. L’histoire est un bon véhicule, mais l’actualité doit faire l’objet d’analyses strictes, essentielles pour les jeunes générations

Jacques Vistel

Le Président Jacques VISTEL

La synthèse que vous me demandez, m’incite à beaucoup de modestie car il s’agit de faire la synthèse des interventions très profondes, brillantes et importantes que les personnalités de la tribune ont faites tout au court de l’après midi. Cependant j’aurai souhaité qu’il y ait un peu plus de va et vient entre la tribune et la salle. Mémoire et Espoirs de la Résistance et son président François Archambault, qui ont organisé cette réunion qui entre évidement à plein dans la mission de la Fondation de la Résistance. Nous devons en tant que Fondation de la Résistance veiller à la Mémoire. Mais veiller à la Mémoire c’est, pour moi, faire qu’elle soit vivante. Donc aujourd’hui nous nous posons la question en quoi le message de la Résistance est vivant ?, notamment dans la crise que nous connaissons. Je crois que les exposés qui ont été fait d’abord par M. Baverez et par M. Lesourne montrent bien combien le contexte dans lequel nous vivons et à fortiori le contexte dans lequel vous allez vivre votre 21° siècle est très éloigné de celui de la Résistance avec des phénomènes entièrement nouveaux, comme la mondialisation et l’Europe. Lorsque l’on parcourt le programme du Conseil National de la Résistance de 1944, il n’en dit pas un mot et pour cause. Mais l’Europe et la mondialisation sont deux points dominants de notre vie d’aujourd’hui. L’Europe c’est venu très vite et M. Teitgen l’a marqué. Ce qui m’a beaucoup impressionné avec le recul c’est la rapidité avec laquelle les hommes de la Résistance, dont certains revenaient des camps de concentration, ont tout de suite dit « il faut changer de monde, rien n’est possible sans la réconciliation Franco-allemande et il faut commencer à unifier l’Europe » Avec le cheminement de Jean Monnet qui avait deux objectifs et deux missions : à la fois promoteur des premières institutions européennes supranationales une nouveauté à l’époque et désigné par le Général de Gaulle pour créer quelque chose qui allait s’appeler le plan. On a bien pu voir en quoi l’inspiration de la Résistance était vivante. Je dirai quelques mots pour terminer l’après midi d’abord « l’optimisme », mis en avant par M. Baverez. L’optimisme c’est que lorsque la France est au creux de l’abîme nous gardions la certitude qu’elle se redressera. La défaite de 40 ne signe pas définitivement le déclin de la France. Que la misère due aux spoliations allemandes et aux restrictions etc. ne nous empêcha pas de construire ensuite les 30 glorieuses. Optimisme aussi parce que la Libération a aussi inventé le monde nouveau, on a évoqué cet après midi l’O.N.U., l’O.T.A.N., le F.M.I. tout ça, ce sont des créations de la Libération. On a daubé sur l’O.N.U. mais quand même l’état de droit se construit, il y a eu la convention européenne des droits de l’homme, dont M. Teitgen à parlé. Il y a aussi le tribunal pénal international qui a du mal à se mettre en place mais qui est un pas en avant de l’humanité. C’est un événement considérable dans l’histoire humaine et tout cela vient est un héritage de la Libération.

Je dis optimiste, le revers, c’est le refus de la faiblesse, dire non, M. Bouvard l’a exprimé avec conviction, avec force, du fond de son cœur et de son vécu : la possibilité, le devoir de dire non. Une des autres choses que nous a apportées la Libération et le programme de la Résistance, c’est fortement, l’idée de solidarité, Cette solidarité nous a conduits à bâtir ce qui fait notre société d’aujourd’hui. On a dit récemment que pour la France tout ce qui avait été construit dans ces années là avait servi d’amortisseur de crises depuis un ou deux ans. Tout cela il ne faut pas l’oublier.

Il y a un mot aussi qui a été prononcé à plusieurs reprises c’est le mot de « valeurs » je ne reviens pas sur les valeurs de la Résistance, elles ont été diverses, correspondant parfois, comme il a été dit, à des diversités d’origines, de convictions, mais il y a un socle qui est évidement le refus de l’inacceptable. La solidarité, le renouveau et la reconstruction de la France.

On a parlé de valeurs avec un petit v, j’ai bien aimé lorsque l’on a parlé de Résistance avec un grand R ou un petit r. Je me disais qu’il y a peu de mot dans la langue française qui sont à la fois en minuscule et en majuscule. J’en trouve deux qui sont les grands phares de la France moderne : c’est Révolution et Résistance.

Les valeurs, c’est une chose que la crise nous enseigne, aujourd’hui, il y a une chose qui m’intéresse beaucoup, qui m’interpelle c’est la hiérarchie des valeurs d’aujourd’hui ; quelle hiérarchie avons-nous bâtie par exemple dans nos revenus et dans les rémunérations ? Nous avons des traders, des patrons dont les entreprises périclitent et qui s’en tirent fort bien, des joueurs de football et en face d’eux il y a des grands médecins qui prolongent la vie humaine, il y a des professeurs qui transmettent le savoir, il y a des soldats qui risquent de mourir ; ils ne sont pas payé selon la hiérarchie des valeurs. On doit s’interroger sur la hiérarchie de l’argent et des revenus.

On a terminé par l’Europe, ce sera évidement la grande affaire de votre génération au 21° siècle, quelle gouvernance, quel avenir commun entre ces 27 peuples peut-être 33 un jour sans entrer dans des débats trop difficiles et trop houleux. Il faudra beaucoup d’imagination parce qu’en réalité il n’y a pas de précédent. En tout cas il faudrait, ensemble, que l’on lutte pour qu’il n’y ait pas de recul. M. Mariton a parlé de la fin de Maastricht, il a surement raison lorsque l’on voit ce qu’était le traité de Maastricht et ses contraintes, encore faut-il pouvoir le remplacer par quelque chose d’autre.

Je termine en faisant deux petites allusions : une question portait sur la Médiacratie, je ne peux rien faire d’autre que de me référer au programme du Conseil National de la Résistance de 1944, où il est dit ; « Il faut défendre la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’Etat, des puissances d’argent et des influences étrangères ». La seconde allusion, pardonnez-moi je n’y résiste pas, toujours en réponse à une question, toujours dans le programme du Conseil National de la Résistance, qui évoque : « Afin que les fonctions les plus hautes soient réellement accessibles à tous ceux qui en auront les capacités requises pour les exercer et que soit ainsi promus l’élite véritable non de naissance mais de mérite et constamment renouvelé par les apports populaires. »

Ces textes ont vieilli par certains aspects mais je crois vraiment que certaines des valeurs très profondes qui les ont inspirés la Résistance peuvent toujours nous guider et j’espère vous guiderons au cours du 21° siècle.


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