Programme des cérémonies, conférences et expositions.
Ils sont organisées en coopération entre le Mémorial Leclerc - Musée Jean Moulin et l’Association Mémoire et Espoirs de la Résistance, un jeudi par mois à 12h30. " midis " au cours de laquelle un auteur présente et dédicace l’un de ses ouvrages récents.
Le " midi de l’histoire " débute à 12h30 heures, dure 1 heure 30, avec un échange avec l’auteur.
- Parallèlement à ces soirées un samedi par mois en matinée, Christine Levisse-Touzé, directrice du Mémorial Musée organise une conférence " Point de vue du Conservateur " qui commence à 10 heures et qui dure 2 heures.
Mémorial du Maréchal Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris / Musée Jean Moulin
23 allée de la 2e DB
Jardin Atlantique
75015 Paris
Tel : 01.40.64.39.44
fax : 01.43.21.28.30
" Mémoire et Espoirs de la Résistance,
l’association des Amis de la Fondation de la Résistance " a le plaisir de vous inviter au colloque annuel sur
" La Résistance, 65 ans après : un héritage pour l’avenir... "
-le lundi 18 octobre 2010 de 14h à 17h
Salle Colbert du Palais Bourbon
126, rue de l’Université -75007 Paris
Sous le haut patronage de M. Bernard ACCOYER Président de l’Assemblée nationale,
avec
M. Bernard de GAULLE Résistant évadé de France
M. Yves GUENA
Président de la Fondation de la France Libre,
Ancien Ministre du Général de Gaulle
Mme Gisèle GUILLEMOT-TOGNI
Résistante-déportée
Mme Danielle LECOQ
Historienne
M. Jean-Pierre LEVERT
Historien et Professeur de Lettres Supérieures
Mme Odile de VASSELOT
Résistante et historienne
M. Jacques VISTEL
Président de la Fondation de la Résistance
Compte rendu de François Archambault :
LA RÉSISTANCE FRANÇAISE, UN HÉRITAGE DE 65 ANS POUR DES GENERATIONS...
Le rendez-vous annuel de " MER " dans la salle Colbert du Palais Bourbon devient une tradition décennale instaurée par M. Jean-Louis DEBRE,
lorsqu’il était Président de l’Assemblée nationale et pérennisée par son successeur le Président Bernard ACCOYER.
Le 18 octobre dernier, le défi à relever pouvait se formuler, 65 ans après la Libération, en une question : quel héritage laisse la Résistance pour l’avenir ?
Une fois de plus, malgré les changements de générations et les perturbations " logistiques ", quatre Résistants, deux historiens et le Président de la Fondation de la Résistance ont traité leur sujet devant une audience de Résistants, d’étudiants et de lycéens " intégrant " les Grandes Ecoles littéraires ou politiques.
M. Jean-Pierre LEVERT, Vice-Président de " MER " et Professeur de Lettres Supérieures à Janson de Sailly a introduit ce sujet délicat avec sagesse et rappelé les principaux fondements de la Résistance française.
Mme Odile de VASSELOT, Résistante à 18 ans, puis historienne a rappelé ses souvenirs d’avant guerre où elle avait eu la chance de rencontrer Charles de GAULLE, jeune Officier supérieur, grâce à sa famille militaire. Elle a souligné sa réaction " viscérale " face à l’invasion nazie. Mais cette sauveteuse de parachutistes alliés n’a évoqué qu’avec pudeur et discrétion sa foi dans la patrie, la solidarité humaine et le Ciel , dont sont " tombés " ces héros...
M. Bernard de GAULLE était étudiant à Grenoble quand les vichystes ont commencé à se montrer indignes de la France et de l’humanité en persécutant les minorités. Ce neveu du Général a participé à la manifestation du 11 novembre 1940 dans la capitale de l’Isère. Puis il a pris le maquis très jeune, a réussi à s’évader de France et a rejoint les Forces Françaises Libres à Alger. Son oncle, qui y était installé, lui a montré les chemins de la dignité nationale et individuelle.
Mme Gisèle GUILLEMOT-TOGNI fut Résistante également très jeune et déportée politique pour ses opinions. Elle a rappelé en termes émouvants et synthétiques la fraternité née dans la Résistance et la Déportation.
M. Yves GUENA a rejoint Londres dès juin 40 de sa Bretagne natale et c’est le jour de ses 18 ans, le 6 juillet 1940, qu’il pu s’engager volontairement dans les Forces Françaises Libres et rencontrer, avec ses jeunes camarades, le Général de GAULLE. Cet ancien Ministre du fondateur de la 5ème République a traité ,devant l’audience de MER, de la fidélité d’une part du Général de GAULLE à la France, d’autre part de la France Libre à son Chef. Le Président GUENA a fait toute la guerre et a été blessé dans la Sarthe après avoir débarqué en Normandie. Il a été Président de la Fondation de GAULLE, puis de la Fondation de la France Libre.
Mme Danielle LECOQ, historienne, a traité en termes émouvants de liberté défendue par les Résistants. Cet idéal a fait l’objet de poèmes et d’essais de la part de Résistants et d’écrivains connus et méconnus.
Enfin, M. Jacques VISTEL, Président de la Fondation de la Résistance, a réalisé une synthèse brillante et émouvante de tous les exposés. Avec discrétion,
il n’a pas évoqué personnellement son propre père, Alban VISTEL, Compagnon de la Libération et auteur de " La Résistance spirituelle ".D’autres l’avaient évoqué avant lui. Le Président Vistel a tracé avec volontarisme et optimisme l’avenir des vertus héritées de la Résistance. Les nouvelles générations présentes l’ont bien compris. Les moins jeunes en avaient déjà témoigné...
François ARCHAMBAULT

Intervention de Danielle LECOQ
Héritage de la Résistance : La liberté.
Il n’est pas question pour moi de retracer ici l’histoire de la Résistance, à la fois parce que je ne m’en sens aucune légitimité face à tous les " acteurs " qui m’ont précédée, mais aussi " car il s’est passé, quelque chose (...) un fait moral, absolu, suspendu et pur " qui n’est pas réductible à une relation exhaustive des faits survenus. Je me propose plus simplement de mettre en avant, à partir de quelques exemples précis,
Comment au coeur de toute démarche résistante sourd le désir profond de liberté.
Et comment cette volonté de " liberté " nous a été léguée en héritage
Résistance et Liberté
Que ce soit
contre l’acceptation de la défaite,
contre la soumission au joug de l’ennemi de l’extérieur
ou celui plus perfide de l’ennemi de l’intérieur,
la liberté a été l’un des moteurs qui ont conduit des individus, des groupes, soit à rejoindre ce qui allait devenir " la France libre ", puis " la France combattante ", soit à " résister " de l’intérieur
Le 6 juillet 1940, depuis Gibraltar où il s’apprête à gagner l’Angleterre, Jacques Bingen qui sera l’un des collaborateurs et un ami très proche de Jean Moulin, écrit : aux autorités britanniques : " Me voilà échappé sain et sauf de la terre nazie et prêt à rejoindre l’Empire britannique et à combattre Hitler jusqu’à la fin " Il évoque " Le dégoûtant armistice français " Et poursuit : " J’ai perdu tout ce que j’avais, mon argent (plus un sou vaillant !), mon travail, ma famille qui est restée en France et que je ne reverrai peut-être jamais, mon pays, mon Paris bien-aimé [...] Mais je demeure un homme libre dans un pays libre et cela compte plus que tout. " Une liberté revendiquée contre le nazisme, contre l’armistice, la collaboration, pour vivre libre, en homme libre. Jacques BINGEN
Une aspiration à la Liberté qui commence, par une rupture : qui peut-être un départ ou une " prise " de parole, le Verbe : " Et même dans les commencements il n’y eut pas d’autres (armes) que la parole, le Verbe. Qu’il fut chuchoté ou écrit, du seul Verbe allait naître l’action. " écrit Alban Vistel
Paroles des poèmes comme celui d’Eluard en 1942. Installé chez des amis près de Vézelay, au moment où il demande sa réinscription au parti communiste, Paul Eluard compose les 21 strophes du poème Liberté qui ouvre le recueil Poésie et Vérité, un poème qui sera parachuté dans les maquis par les avions anglais :
" Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable de neige
J’écris ton nom
[...]
" Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom
[...]
Et sur le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer
Liberté "
Paroles reprises en 1943 dans le chant des partisans, d’Anna Marly, Joseph Kessel et Maurice Druon, composé à Londres et qui va devenir l’indicatif de l’émission de la BBC, " Honneur et Patrie ", introduit en France par l’intermédiaire d’Emmanuel d’Astier, et largué à son tour sur la France occupée, devenant une sorte d’hymne de reconnaissance des combattants de l’ombre :
" ...Sifflez compagnons dans la nuit la liberté nous écoute "
- Parole diffusée par les journaux clandestins, l’homme libre de Jean Lebas, Libération, Valmy, fondé par Raymond Burgard qui lance, en juillet 41, un vibrant appel à la liberté : " Vous êtes d’une race au sens droit, à l’âme libre. Vous n’êtes pas un peuple de chiens couchants ; laissez aux maitres de l’heure le soin de lécher les bottes prussiennes ! Levez la tête et serrez les poings ! Vous êtes forts parce que vous voulez vivre ! Et demain les ennemis trembleront, et trembleront les amis de l’ennemi, quand vous crierez avec nous " Vive la République ! Vive la Liberté. "
Tous ces journaux, autour desquels vont se former des mouvements souvent isolés, " unis par des fibres à la fois dissemblables et fraternelles " que soude un même désir de liberté.
Une liberté liée à ce que Alban Vistel, dans L’Héritage spirituel de la Résistance, publié en 1955, désigne comme " la vertu d’intransigeance " qui va jusqu’ à l’essentiel, c’est-à-dire jusqu’à la peur surmontée, jusqu’à la mort acceptée :
En 1943 a la veille d’un départ pour la France si souvent retardé, Jacques Bingen, écrit deux lettre datées du 14 et 15 août 1943, l’une a ses amis, l’autre à sa mère. Deux lettres souvent citées qui permettent de comprendre : comment et pourquoi, cet homme, plus très jeune, 32 ans en 1940, qui a fait carrière, s’engage dès juin 40 dans la France Libre, et pourquoi en 43 il tient absolument à venir se battre en France :
" Si cette enveloppe est ouverte, c’est que je serai mort pour la France et pour la cause de la Liberté. Je désire que mes amis sachent que je suis tombé en mission volontaire. C’est la pensée de mes amis qui a dicté mon choix, amis de toujours, prisonniers ou déportés en Allemagne, amis anciens et nouveaux déjà tombés en France sur le front intérieur ou y poursuivant un combat dangereux et inégal où je crois pouvoir les aider. "
Il termine : " Enfin accessoirement, j’ai la volonté de venger tant de juifs torturés et assassinés par une barbarie dont l’histoire n’offre pas de précédents. Il est bien qu’un juif de plus [...]prenne sa part dans la libération de notre patrie. "
Tout est dit :
l’engagement volontaire " Je pars volontaire, et cela je veux que tu le saches bien et le dises à chacun ", c’est-à-dire prise de conscience et retour sur soi. Résister c’est surmonter la défaite, répondre à l’humiliation et à la trahison, refuser ce qui semble inéluctable
La fidélité dans l’amitié à ces compagnons de guerre, ceux qui sont restés dans les stalags et les oflags allemands, à ses nouveaux compagnons de combat en particulier à Jean Moulin, Max, Rex, arrêté à Caluire, le 21 juin 1943
La volonté de servir autant physiquement qu’intellectuellement :
" Je pars servir dangereusement après avoir servi à Londres de toutes mes facultés intellectuelles " " Je trahirais l’idéal pour lequel j’ai quitté la France en juin 40 si je restais à Londres assis dans un fauteuil jusqu’à la victoire [... ]Je veux lutter dangereusement pour les idéaux de liberté qui, tu le sais, (il écrit à sa mère) m’ont toujours inspiré ".
Continuer à se battre parce " que c’est mon Devoir, au sens général du mot que d’y aller " se battre pour sa patrie, la France : " J’ai acquis dans l’épreuve un amour de la France, plus fort, plus immédiat, plus tangible que tout ce que j’ai éprouvé autrefois ".
Et Claude Bouchinet-Serreules intitulera son livre dédié à la mémoire de Jacques Bingen, sur la Résistance avec De Gaulle et Jean Moulin, " Nous étions faits pour être libres ". Et l’on pourrait ajouter : libres et heureux !
Dans une lettre écrite en avril 44, un mois avant son arrestation, sorte de chronique d’une peur avouée et d’une mort annoncée, Jacques Bingen laisse percer ce sentiment de bonheur inouÏe :
" Que les miens, mes amis sachent combien j’ai été prodigieusement heureux pendant ces huit derniers mois. Il n’y a pas un homme sur mille qui, durant une heure de sa vie, ait connu le bonheur inouÏe, le sentiment de plénitude et d’accomplissement que j’ai éprouvés pendant ces mois. Aucune souffrance ne pourra prévaloir contre la joie que je viens de connaître si longtemps [dans] cette paradisiaque période d’enfer. "
Cette soif de Liberté, quelle qu’en soit la source se trouve retranscrite dans le programme du CNR, Conseil national de la Résistance, qui a fini par regrouper, non sans mal, sous la houlette de Jean Moulin " les représentants des mouvements, groupements, partis ou tendances politiques " dont la première séance s’est tenue le 27 mai 1943. Dans leur programme défini le 15 mars 1944, les membres du CNR affirment vouloir rester uni après la libération :
" Afin d’assurer :
l’établissement de la démocratie la plus large en rendant la parole au peuple français par le rétablissement du suffrage universel ;
la pleine liberté de pensée, de conscience et d’expression ;
La liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’état, des puissances d’argent et des influences étrangères ; La liberté d’association, de réunion et de manifestation ;
L’inviolabilité du domicile et le secret de la correspondance ;
Le respect de la personne humaine ;
L’égalité absolue de tous les citoyens devant la loi. "
Et ils proposent pour que cette liberté ne soit pas formelle, un certain nombre de réformes économiques et sociales qui sont les fondements démocratiques de notre République.
Que reste-t-il de cet héritage ?
Ou plutôt qu’en avons-nous fait ? En effet cette liberté revendiquée était une liberté active qu’il convient de poursuivre.
Dans L’héritage spirituel de la Résistance, Alban Vistel le dit très bien : " La Résistance est née du combat d’une poignée d’hommes, elle a grandi dans le combat incessant, elle va vaincre dans un long combat où se seront affrontés les puissances de vie et les puissances de mort. Le jour " J " n’aura pas lieu parce que notre combat pour un monde meilleur ne cessera pas avec la fuite de l’ennemi. Il cessera, nous l’espérons d’être sanglant, mais nous savons bien que nos générations ne sont pas vouées au repos. La Résistance est une révolution permanente contre l’attentisme .... La Résistance va au-delà de la guerre parce qu’elle est le refus des compromis qui abaissent l’homme. Le jour " J " n’aura jamais lieu " Alban VISTEL
Au moment où au temps de la Mémoire doit succéder le temps de l’histoire
Une histoire nécessaire pour que la mémoire vive, pour éviter qu’elle ne se fige dans la sacralité ou qu’elle ne tombe dans l’oubli, qu’elle ne s’use ou se stéréotype. L’héritage de la Résistance doit demeurer pour nous un travail :
Un combat incessant pour la Liberté jamais acquise, toujours à conquérir ;
Un travail sur soi :
[...] Je vous en supplie, écrit Charlotte Delbo
Faites quelque chose de votre vie
Apprenez un pas
Une danse
Quelque chose qui vous justifie
Qui vous donne le droit
D’être habillé de votre peau de votre poil
Apprenez à marcher et à rire
Parce que ce serait trop bête à la fin
Que tant soient morts
Et que vous viviez
Sans rien faire de votre vie "
Une perpétuelle interrogation :
" Dis qu’as-tu fait toi que voilà pleurant sans cesse Dis qu’as-tu fait toi que voilà de ta jeunesse ?
Sources
" Cahier Jacques Bingen, Compagnon de la Libération 1908-1944 ", Espoir, octobre 1984, édité par l’Institut Charles de Gaulle.
Bouchinet-Serreules, Claude, Nous étions faits pour être libres. La Résistance avec de Gaulle et Jean Moulin, Paris, 2000.
Cordier, Daniel, Alias Caracalla, Paris, 2009.
Cordier, Daniel, Jean Moulin. La République des catacombes, Paris, 1999.
Douzou, Laurent, La Résistance française : une histoire périlleuse, Seuil, 2005
Vast, Cécile, " Alban Vistel et l’écriture de l’histoire de la Résistance " Faire l’histoire de la Résistance, sous la direction de Laurent Douzou Presses universitaires de Rennes, 2010, p.171-186.
Vistel, Alban, Héritage spirituel de la Résistance, Lug, 1955