Programme des cérémonies, conférences et expositions.
Elles sont organisées en coopération entre le Mémorial Leclerc - Musée Jean Moulin et l’Association Mémoire et Espoirs de la Résistance, un jeudi par mois. « Soirée » au cours de laquelle un historien présente et dédicace l’un de ses ouvrages récents. La « Soirée Auteur » débute à 17 heures, dure 1 heure 30, avec un échange avec l’auteur.
Parallèlement à ces soirées un samedi par mois en matinée, Christine Levisse-Touzé, directrice du Mémorial Musée organise une conférence « Point de vue du Conservateur » qui commence à 10 heures et qui dure 2 heures.
Mémorial du Maréchal Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris / Musée Jean Moulin
23 allée de la 2e DB
Jardin Atlantique
75015 Paris
Tel : 01.40.64.39.44
fax : 01.43.21.28.30
Cérémonie jeudi 6 mai à 17 heures au jardin du Luxembourg. au pied du monument de Watkin à la mémoire des étudiants et des lycéens tués par les nazis
Le Recteur de l’Académie de Paris, le Professeur Patrick GÉRARD, déposera une gerbe
.
Nous prévenons le Président du Sénat, M. Gérard LARCHER, et ses services.
Madame Jacqueline FLEURY, Résistante-déportée, Présidente d’honneur
de l’A.D.I.R., prononcera l’allocution annuelle en souvenir de nos martyrs, notamment Pierre ALVISET, brillant étudiant maquisard fusillé à 20 ans par les occupants nazis.
Allocution de Madame FLEURY

A la Mémoire des étudiants et des lycéens morts dans la Résistance
Peu d’endroits auraient pu mieux convenir que ce jardin du Luxembourg pour recevoir une statue dédiée aux Étudiants morts dans la Résistance. Nous sommes au cœur du quartier latin, proches de la Sorbonne qui, à l’époque, réunissait la faculté de Lettres et celle des Sciences. Face au Panthéon se trouve la Faculté de droit et nous avoisinons plusieurs lycées.
A l’automne 1940, les cours ont repris dans une atmosphère particulière, pesante, due à la présence de l’occupant. En effet « l’ordre allemand » règne, le conquérant s’est installé : les drapeaux à Croix gammée flottent sur les monuments, les plus beaux immeubles sont réquisitionnés. Comment imaginer aujourd’hui ce qu’étaient les difficultés de la vie courante : rationnement des denrées essentielles, rues sans lumière, chauffage inexistant, circulation souvent interdite.
A l’approche du 11 novembre un tract s’est propagé parmi les lycéens et étudiants. Il était très court et manuscrit : « Pour ce 11 novembre tu n’assisteras à aucun cours, tu honoreras le soldat inconnu à 17 heures 30 à l’Étoile. »
Et ce fut la première démonstration publique anti-allemande à laquelle malgré les interdictions, les jeunes sont venus en masse, non seulement de Paris, mais aussi de la périphérie.
Les Allemands arrivés sur les lieux ont tiré, faisant des blessés. Il y eut aussi de nombreuses arrestations. Tout à l’honneur des jeunes, cette manifestation prit une valeur symbolique car elle a été connue dans toute la France. Bien au delà de la zone occupée.
A partir de cet événement certains étudiants réagirent vis-à-vis de l’occupant, formant des groupes avec pour seules armes celles de l’esprit, c’est-à-dire l’écrit.
C’est ainsi que des élèves de Khâgne de plusieurs lycées publièrent un journal sous le nom de « Les volontaires de la Liberté ». Début 1941 un autre journal est imprimé sous l’impulsion des fondateurs du mouvement « Défense de la France » -> deux agrégatifs de philo et une résistante au Laboratoire de Physique de la faculté des Sciences Hélène VIANNAY. Grâce à elle, les premiers numéros de D.F. sont sortis de la presse installée dans les caves de la Sorbonne ! Ceci durant une année, puis le tirage devenant trop important, il a été nécessaire de trouver des imprimeurs mieux équipés.
Un des tirages de D.F. a atteint 450 000 exemplaires. Ce fut le plus important de toute la presse clandestine.
La distribution du journal était presque exclusivement prise en charge par les jeunes membres du mouvement, dont j’étais moi-même à votre âge.
Naturellement il y a eu bien d’autres organisations dans lesquelles se sont impliqués étudiants et lycéens. Tout au début de l’occupation certains ont rejoint les filières d’évasion devenant convoyeurs de prisonniers évadés ou de pilotes alliés, tombés sur notre sol.
D’autres ont mis leur parfaite et exceptionnelle connaissance de l’allemand au service des Réseaux de Renseignement, dont mon propre frère.
Mais alors que la Résistance s’organisait et s’amplifiait la répression devenait de plus en plus féroce, impitoyable même envers les plus jeunes. C’est ainsi que Pierre GRELOT, Jacques BAUDRY, Pierre BENOIT, Lucien LEGROS, et Jean ARTUS - tous élèves du Lycée BUFFON - ont été fusillés sur le champ de tir d’Issy-les-Moulineaux. Leurs cendres ont été déposées dans la crypte de la Sorbonne.
Deux élèves du Lycée VOLTAIRE, Christian RIZZI et Pierre VALET, martyrs à 19 ans, furent exécutés au Mont Valérien. Parmi 80 membres de D.F. arrêtés sur dénonciation - 50 ont été déportés - plusieurs furent mes compagnes au camp de Ravensbrück - Pierre MARX, un de nos camarades qui tentait de s’enfuir a été abattu dans la rue.
Début 1943 au moment de l’instauration du STO nombreux sont ceux qui refusèrent d’aller travailler dans les usines de guerre du Reich. Les uns sont entrés dans la clandestinité, d’autres dans la lutte armée en rejoignant les maquisards.
Ce fut le cas, en Seine et Oise dans le maquis implanté près de Paris pour Pierre ALVISET, responsable de la jeunesse chrétienne au Lycée Louis-le-Grand, qui grièvement blessé lors d’un affrontement fut achevé par les S.S.
Hélène ROEDERER, résistante de la première heure occupait un poste important dans le même maquis où elle fut arrêtée. Hélène n’a pas survécu à la déportation, elle est morte à Ravensbrück après de longs mois d’une lutte courageuse contre une inexorable dégradation physique.
En Sologne, un important groupe de jeunes qui se préparait à participer au dernier combat fut dénoncé. Parmi eux, François BAYET est mort en déportation. Les Allemands abattirent, à la mitraillette la plupart d’entre eux.
Des étudiants parisiens ont subi le même sort dans une allée qui borde la cascade du Bois de Boulogne.
Bien des drames semblables se sont déroulés jusqu’au départ de l’occupant toujours aussi sadique.
Arrestations, interrogatoires souvent atroces se multiplièrent ainsi que les convois qui emportaient les détenus vers la « nuit et le brouillard » des camps - très souvent vers la mort.
Conclusion
Fallait-il que l’attachement à la France de ces jeunes fut grand et fort pour qu’ils disent non à la défaite et oui à la renaissance.
Fallait-il que leur foi en la France fut sincère pour qu’ils affrontent les risques de leur action courageuse et clandestine et pour qu’ils en engagent, de leur seule initiative, leur liberté et leur vie.
Il importe d’entretenir encore cette mémoire collective sans laquelle une nation n’a pas de passé.
Il faut continuer d’intéresser les jeunes générations à des évènements - graves - essentiels que l’on a un peu tendance à rejeter dans les oubliettes de notre histoire.
Dans deux jours nous serons appelés à nous souvenir de la fin d’un conflit qui avait mené la France au bord du gouffre, dont elle était sortie affaiblie, blessée - mais vivante et courageuse Nous nous souviendrons de tous ceux qui sont morts héroïquement et plus encore des jeunes que nous honorons, ici, aujourd’hui.
Jacqueline Fleury-Marié
Le 6 mai 2010
A la suite de cette allocution il a été demandé de préciser pour Pierre ALVISET :
qu’il a bien été responsable fédéral de la J.E.C.
qu’il a rejoint son poste au maquis dans la forêt de Carnelle, près de Domont dans l’ex Seine et Oise le 6 juin 1944,
qu’il a été capturé le 15 août 1944 et fusillé (à la mitraillette) après interrogatoire musclé le 16 août 1544 au lieu-dit les quatre chênes.